Psychanalye Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

mardi 1 juillet 2008

Chats

Curieux et insolite de parler de chats... et de chiens sur un blog consacré à la psychanalyse...
A la psychanalyse aujourd'hui !
Mais justement, ici on peut parler de tout, écrire sur tout ! Donc pourquoi pas sur les chats ?

Ce n'est pas seulement ma passion pour ces animaux qui m'incite à écrire cet article, mais aussi et surtout, la place que le chat, ou l'animal familier occupe dans la tête, l'esprit, la vie, le coeur des gens, des gens ordinaires, que nous rencontrons au quotidien, vous, nous, moi.
Mais aussi et surtout dans la vie des patients, des personnes âgées, (mais plus jeunes aussi) malades, que je rencontre à l'hôpital...

Le chat, l'animal familier est souvent au centre de leur préoccupations....Ainsi, ils deviennent parfois l'objet de conversations, de confidences, d'échanges...

Objet de toutes les attentions, de toutes les inquiétudes aussi, quand la "maitresse" ou le "maitre" de l'animal est hospitalisé... Parti pour plus ou moins longtemps, pour un temps parfois indéterminé, parfois pour toujours.

"Avez vous un animal ?"

C'est une question que je posais souvent aux Urgences quand une personne seule était admise. L'urgentiste, responsable du service s'enquerrait toujours s'il y avait un animal à bord du véhicule quand il se rendait sur les lieux d'un accident. Et prenait les dispositions nécessaires.
Une question que je pose souvent quand je rencontre une personne seule, isolée, hospitalisée, au hasard d'un malaise, d'une mauvaise chute....Au mauvais hasard d'un mauvais jour, qui l'a amenée jusque là.

Cela peut paraître surprenant, voire dérisoire, pour celui qui n'a pas d'animal familier.

Pourtant c'est important, voire essentiel pour celui qui blessé, malade, accidenté se voit privé de son compagnon, et le voit privé de lui... Brutalement. Et le voit privé de sa présence, et se demande qui va prendre soin de lui...


"Qui va s'occuper de mon chat ? de mon chien ? " me demandent parfois, les larmes aux yeux certains patients....A lzur demande, je me suis toujours employée à les aider à trouver une solution. Estimant que cela faisait partie aussi de ma fonction.
Une solution qui permettait de calmer une part de l'angoisse, de l'anxiété provoquée par cette inquiétude.
Une solution qui permettait au patient ou la patiente de se projeter dans un avenir, plus ou moins proche, mais d'envisager le demain : retrouver sa maison et son animal...Si possible.
"Il faut que je sois vite sur pieds, pour retrouver mon chien...." Un futur, l'espèrance d'un futur, une possibilité d'un autre futur.

Parfois il n'y a plus d'animal, pour se protéger de la perte, de la souffrance qu'occasionne la perte, pour se protéger de la peur de la perte, se protèger de la souffrance, car on souffre bien assez comme ça !
Pour éviter la perte, la sienne, et laisser l'animal, "Ce ne serait pas bien de reprendre un chat, à mon âge....Que deviendrait-il quand je serai morte ?..Qui en prendra soin" j'entends souvent ces mots, presques inaudibles, les yeux baissés, baignés de larmes.
Des mots scandant une fois encore, s'il en est encore possible, la solitude, la solitude d'être vieux, d'être seul, d'être loin, ou de voir et savoir les siens, ou ceux qu'on croyait tels, loin !
Ne pas leur infliger le fardeau de cet héritage dont ils ne voudront certainement pas...Déjà que ces autres là n'avaient guère à faire avec !
Des larmes, comme s'il y en avait encore à verser. De ces yeux qui pourtant ont déjà souvent tant et tant pleurés !

Pas des larmes sur soi, sur sa mort, mais sur la perte, la perte que l'animal devrait vivre.... La privation de l'amour, celle que cette vieille dame lui aurait donné....Pour ne pas infliger ça à un éventuel compagnon, elle se prive de sa compagnie. Témoignant ainsi d'un amour inconditionnel,
un véritable amour que celui là. Impliquant le détachement, le dénument et la souffrance d'être seul encore un peu plus longtemps, sans même plus se donner la peine de partager, de partager le trop plein d'amour que malgré la maladie ou le grand âge elle pourrait encore donner.
S'interdisant ce désir...
Ne voulant être égoiste, car cet amour là, repose bien sur un échange, une présence contre un peu de chaleur....Humaine ?

La présence d'un animal auprès d'une personne seule, ou agée ou seule et agée est souvent réconfortante, rassurante. Celle n'est pas seule, n'est plus seule, ne se croit plus seule, face à la solitude, à la solitude de l'abandon, de l'abandon des proches, à l'abandon de tous quelquefois.
L'animal de compagnie est alors une présence...Quand celle des humains fait défaut, quand il n'y a souvent plus que l'absence..
Une absence, terrible parfois...Si l'animal n'était pas là, aucune parole, aucun mot ne serait prononcé !

Rien ne serait dit !
Plus de parole, plus de langage, plus de langue......Plus d'échange...

"On pourrait me prendre pour une folle, me confie un jour une vieille dame, mais s'il n'y avait pas Noisette (sa petite chatte) je ne parlerai à personne, ou je parlerai toute seule !"

Substitution, illusion ?
Se donner à croire, s'amener à croire, se plaire à croire...Que l'échange est là, encore et encore, que la parole est là, encore et encore, et que ce petit animal, objet devient sujet d'amour, d'affection.
Le seul lien...

Mais le lien avec quoi ?
Quand le lien social est défaillant, ou n'est plus ?
Quand l'amour, l'intérêt, la reconnaissance de l'autre fait défaut ?

Absence, solitude et abandon....Isolement, repli, perte du lien social
L'animal est là, témoin, auditeur, confident muet d'une vie qui s'amenuise, qui s'étire longuement, lentement vers la fin.
Seul témoin de cette longue marche, l'animal familier est là, impuissant, mais rassurant par sa présence, par le fait d'être là, seulement là...
Un peu comme la télévision que certains allument, pour entendre une voix, ne pas être seul..
Etre seul au milieu du bruit, de musique, de parole qu'on entend mais qu'on n'écoute pas, Seulement ce "fond", assurant, rassurant, qu'il existe autre chose, une sorte de dehors, un dehors dedans, un dehors auquel on n'accède pas.... Mais pour se dire et se redire encore que ce dehors existe !

L'homme est un être social, il a besoin de son semblable, pour vivre, penser, parler... L'un et l'autre. Le lien social.
L'autre fait alors défaut à l'un qui cherche à combler ce vide, cette béance qui ne cicatrise pas, qui s'ouvre comme une plaie à chaque effort....
L'un fait alors défaut à l'autre, mais parfois il ne le sait pas, il se plait ou s'oblige à croire qu'il est devenu inutile et n'a plus rien à faire, ni affaire dans ce dehors qu'il ne reconnait pas, ou qu'il ne reconnait plus. Qu'il n'y a plus sa place
Il s'isole dans son dedans....Loin du dehors, qui lui manque tant, qu'il essaie plus ou moins adroitement de reconstituer...Un semblant, faire semblant, sang blanc, exangue de couleur, de teinte....Neutre, vide !

L'animal peut combler ce vide, du moins il essaie de le croire, et il essaie de replanter le décor ce décor d'avant...Où la parole était
Quand le verbe était !
Mais il n'est plus...


A tous ces vieux et vieilles qui m'ont parlé tant et tant de cet amour là....A Dora et son canari.

2 commentaires:

Psychoanalyst.Spb a dit…

Hello! Did you receive my latest letter???

castor a dit…

Hello, yes, I've recevied your letter, and I answer back soon, but I was not at home....

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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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