Psychanalye Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

vendredi 17 avril 2009

Les proches

Il convient qu'ils soient proches, dans le quotidien, mais aussi et surtout dans la maladie, dans le quotidien de la maladie, au jour le jour parfois.....
Les proches, les familles, conjoints, parents, enfants....
Qu'ils soient là, proches au sens propre du terme, là, présents, physiquement, pour assumer, assurer, supporter....
"Demander aux familles.... Sa femme se débrouillera....Elle peut bien s'occuper de son mari quand même..... Mais ce sont leur parents, sa mère, son père....."
Ce discours est récurrent, à l'hôpital, dans les maisons de convalescence, les associations etc.... On se décharge, on se déresponsabilise, sur les autres, sur les proches
Sous pretexte qu'ils sont proches, justement. Ils doivent, c'est un devoir, c'est d'ailleurs une obligation régies par la Loi, Celle des hommes....

Je rencontre aussi les proches, souvent à leur demande, parfois à la demande des soignants, je refuse parfois ces rencontres, à la demande des patients.
Qui ne veulent pas que les proches, leurs proches soient mélés à tout ça !
Soient au courant..
Sachent....
Ils en ont le droit, et heureusement...

Parfois, les patients abordent le difficile problème.... Des proches, de leurs proches, qui ne comprennent pas toujours, qui ne peuvent comprendre, qui n'ont pas à comprendre, parce qu'ils, eux, les patients, les malades, estiment, qu'ils n'ont pas à leur demander cet effort là....
Parfois, les plaintes, de ceux qui ne se plaignent pas et qui ne comprennent pas toujours que les proches ne comprennent pas, leur fatigue, leur souffrance, leur douleur, leur mauvaise humeur, leur moral bien bas, leur envie d'en finir... Leur envie de ne plus être là, puisqu'être là, c'est occasionner des soucis, des tracas....
Dialogue, échange, pas simple, souvent compliqué, complexe, parfois impossibles.
Un discours où se mèle les langues, les patois et les dialectes, sans parfois de traducteurs, ou de médiateurs....
Méconnaissance souvent, de l'autre, de la maladie... Il ne suffit pas toujours d'expliquer, de raconter, il faut vivre avec, vivre avec le malade ou le mourant au quotidien, l'accompagner dans les gestes de tous les jours, le voir désapprendre au jour le jour, les gestes qu'il ne peut plus faire, faire avec pour faire à sa place. Il faut le regarder devenir dépendant, invalide, perdre son savoir, son savoir faire, son autonomie, se perdre au jour le jour sans espoir de retour.

C'est lourd, très lourd, trop lourd, insupportable, épuisant, souvent, parfois....

Et pourtant on continue à demander, à exiger des proches.....De solliciter, d'hospitaliser à domicile car l'hôpital n'en peut plus, n'en veut plus, n'a plus de lits... Il faut de la place, faire de la place..Prix de journée, rotation, économie, gestion..
Je n'ai guère vu au cours de toutes ces années passées dans ces services, de retour à domicile effectuées vraiment dans l'intérêt du patient. Sauf dans certains cas, avec certains praticiens.. dans certains lieux...Une sortie, évaluée, préparée, assistée... j'ai eu la chance de faire partie de ces équipes...Et j'y ai tant appris... Surtout l'humanité, et l'humilité, qui fait tant défaut aujourd'hui sur ces plateaux techniques, deshumanisés, ou le sujet est instrumentalisé, objet de toutes les attentions médicales, gestes précis, concis.... Mais sans aucun échange, aucune tendresse !

Demander aux proches, c'est aussi leur demander de s'oublier, de mettre entre parenthèses, leur vie, leur liberté, leur existence... Pour s'occuper de l'autre,
C'est créer une sorte de dette, de créance, mettre en compte, sans jamais rien solder.
C'est de la part du tiers demandeur prendre une responsabilité, dont il ne mesure ni les conséquences, ni la mesure... C'est intruser la vie des autres, la vie du patient et la vie de ses proches
C'est prendre une décision, décider de ce qui sera bien, pas pour le patient, ni ses proches....
C'est oublier à bien des égards l'autre, les autres, ses semblables....
C'est une violence inouie, et une perversité incroyable... Comment ne pas faire culpabiliser, ne pas mettre l'autre en position de débiteur, de devant devoir, de devoir faire, aller, s'occuper.
Alors que parfois nul n'en n'a envie, nul ne le désire, ne le souhaite....
Etre de la famille, ne suffit pas à créer des liens, à faire du lien, un enfant, un parent peut être un étranger, et avoir envie de le rester


"Téléphoner à ma fille, mais pourquoi faire ? Cela fait plus de trente ans que nous ne nous sommes pas vues, nous n'avons rien à nous dire, je n'ai nulle envie de la voir... Va t-on m'y obliger maintenant parce que je vais mourir ?" me demande une patiente en fin de vie...
Elle souhaitait simplement mourir auprès de sa voisine, qu'elle connaissait depuis "toujours" qui venait la voir chaque jour.... Qui lui était proche .
Cette notion de proximité, puisque c'est bien de ça qu'il s'agit est interressante et surprenante, elle mérite d'être repensée... On parle à l'hôpital pudiquement de "personne de confiance" peut-être parce qu'on a trop saisi que les liens de sang, n'avaient guère de sens, plus guère de sens aujourd'hui.
Mais on continue paradoxalement à interpeller les proches, la famille donc, enfants, parents, petits enfants et cousins.. Pour prendre en charge, et c'est bien de charge dont il est question, d'un fardeau, d'un poids supplémentaire.. En terme de charge financière aussi. Car parfois, il faut "mettre la main au porte monnaie" pour reprendre l'expression d'un fils abandonné, qui n'avait nulle envie de donner un seul cent pour un vieux père qui ne s'était jamais soucié de lui, ou comme cette femme, douce, calme, plus très jeune, qui d'un coup se mit à crier "non, pas un sou, rien, pas un regard, pas un baiser, qu'il crève seul... Aprés ce qu'il m'a fait"
Et de s'écrouler en larmes pour dire l'inceste subi il y une cinquantaine d'années

Les proches ne sont pas toujours ceux que l'on croit, ni ceux qu'on pense être....
A mese patients agés, trés agés avec qui j'ai le bonheur de faire un bout de chemin, de partager un peu d'humanité dans ce lieu de violence qu'est devenu l'hôpital....

4 commentaires:

claudine citron a dit…

rester dans le respect des choix de l'Autre, du malade, du patient, du parent, de l'enfant, du conjoint, du membre de la famille, quelle drôle d'expression "membre de la famille", famille qui est très souvent démembrée....
Grande difficulté quand l'administrateur ne fait qu'administrer et n'a d'autre souci que l'équilibre de son budjet...
Monsieur Gineste(un grand monsieur) nous parle d'Humanitude et se bat pour la faire exister dans les établissements de santé...
Comment notre ministre de la santé va-t-elle procéder pour faire vivre cette Humanitude avec sa nouvelle loi???
Heureusement les Vieux ont leurs souvenirs et ça personne ne pourra leur voler...

Je anne a dit…

Quelle profondeur dans cette déclinaison du mot de "proche(s)"... Je viens d'une famille qui a toujours mis en scène une proximité évidente, passionnelle, exacerbée. Au point d'étouffer... Dès que j'ai dévié du "modèle" familial, nécessairement le meilleur possible, sans discussion possible, j'ai senti la distance, telle qu'elle est en réalité, l'incompréhension qui prouve à quel point nous sommes loin les uns des autres. Quand j'ai aimé ailleurs que dans le chemin tracé, on m'a expliqué que ce n'était pas de l'amour : "qu'est-ce que l'amour ?" a hurlé ma mère, en présence de mon père qui m'avait toujours dit que quoi que je fasse, ils m'aimeraient toujours.
Je me sens comme froide et détachée de toute cette comédie que l'on se joue de la "proximité", familiale notamment. Mes enfants, la chair de ma chair, comment ne plus les aimer ? Lui, mon amour en armure, comment ne plus l'aimer ? Je ne sais pas ne plus aimer, arrêter d'aimer. Comment aimer autrement que sans conditions ? Il n'y a pas d'autre proximité que celle-là. Tout autre chose est bavardage, obligations, intérêt.
Notre société met à nu la réalité des relations humaines. Je ne sais pas si l'on doit s'en plaindre ou s'en féliciter, mais on doit en tous cas s'en occuper, car l'amour des proches, c'est bien rare...

castor a dit…

Bonjour Claudine, j'aime ce que vous soulignez à propos de "membre" une famille à l'image d'un bonhomme (cela me renvoie à une sorte de grille en bonhomme que j'utilise avec des enfants petits. La famille une sorte de grand bonhomme avec tête et membres, chacun en serait une partie, un vrai casse tête ?
L'humanitude dont vous parlez, n'existe pas à l'hôpital, pas plus dans les plateaux techniques que dans les plus ou moins longs séjours
Rentabilité, turn over, prix de journée, point ISA, sont les seuls mots que les directions veulent entendre... Lors des visites, le patron demande "il fait encore quoi dans ce lit, cela fait trois jours déjà", on renvoit systèmatiquement le lendemain d'une intervention dite de routine un patient à la maison, sans se préoccuper du pourquoi ou du comment, on s'en remet à l'autre, au proche au mieux...
Un avenir sombre que celui là, désespérant souvent !

castor a dit…

Bonjour Je anne, l'amour inconditionnel, comme l'ici et maintenant, difficile, compliqué et complexe, mise entre parenthèse de soi, de ses attentes et de ses espérances... Mais peut-on aimer autrement. Aimer c'est justement ça sans condition aucune, aimer pour aimer.... Inconditionnellement.
La question de la norme, et plus précisément de la fidélité à la tradition familiale ou tout simplement la fidélité au clan que représente la famille est un point essentiel, facteur de toutes nos névroses ou schémas dysfonctionnels...Refuser cette transmission, c'est en quelque sorte, trahir, dire que ce qui a été posé ne convient pas, c'est aussi pour l'enfant et heureusement, grandir, s'affirmer et être lui. C'est dans cette optique là que nous nous devons d'élever nos enfants. Cadre, limites amour inconditionnel, lui permettre de s'épanouir de se découvrir, sans vouloir en faire une réplique, ou la continuité de nous même....

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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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