Psychanalye Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

jeudi 16 avril 2009

Petite fille

Once upon a time...
Es war einmal...

Il était une fois une petite fille.....
Il est une fois une petite fille...
Au présent, présent historique, présent de narration....

Une petite fille qui, aujourd'hui a grandi, mais qui rêve qu'elle est encore une petite fille, toujours une petite fille..Tous les soirs elle rêve, tricote le même rêve, le reprend là où elle l'a laissé au matin, continue l'histoire...
Elle sait bien que c'était un rêve, mais elle attend chaque jour la nuit, pour se retrouver petite fille... Et retrouver son rêve, retourner dans son rêve, au coeur de son rêve, dans les bras de ce sommeil, salvateur.
Les rêves !
Ses rêves !
Une véritable histoire, dans un autre espace, un autre espace temps, un autre monde, qu'elle rejoint chaque soir.. Chaque nuit, pour vivre une vie de petite fille dans son monde de petite fille...
Un autre espace, une sorte de monde parallèle, qu'elle a crée, en imagination, ou qui existe peut-être vraiment. Ici, ailleurs, et maintenant, après... ?
Pourquoi pas ?
Et si c'était vrai ?
Si justement c'était ce monde du rêve qui était le vrai monde, et si le monde du jour n'était que simple vue de l'esprit ?
Un rêve, éveillé... Sans sommeil, une histoire à dormir debout ?
Elle s'interroge parfois, et cela la fait sourire ?
Qu'est ce que le vrai, le réel ?
Qu'est ce que le rêve ?
Peu importe, là n'est pas la question.... La nuit est le rêve et surtout le lieu d'une autre vie
Petite fille elle redevenait alors, dans la maison de petite fille où elle avait grandi, grandi si bien
Elle y était, vraiment, en chair et en os, respirait, mangeait, jouait courait, dans les pièces, le jardin.
C'était si vrai, comme dans la vraie vie, une autre vraie vie, en somme....
Avec ceux qu'elle aimait, qui l'aimaient
Que c'était bon !
Mais ce n'est pas seulement pour cela qu'elle accomplissait chaque nuit le voyage, ce grand voyage au pays du rêve...
Ce voyage tant attendu !
Pendant ce court instant, trop court instant, car le matin arrive tellement vite, pendant ce temps hors du temps, suspendu au temps, elle refaisait le temps, elle refaisait l'histoire.
Son temps à elle, son histoire à elle, sa vie à elle, la vie qui aurait du être la sienne. La vie qu'elle aurait aimé, qui aurait du être.
Elle écrivait le scénario, comme il aurait du se passer, comme elle aurait voulu qu'il se passe.. Comme elle aurait voulu que ce soit
Ainsi soit ! Ainsi soit-elle !
Ainsi soit le temps !
Un scénario sans histoire, banal, quotidien, une vie de petite fille, faite de vacances, d'école, de cahiers, d'encre, de genoux écorchés, de bonbons, de crème à la pistache, de jeudi dans la cour, des noisettiers, du petit vélo rouge... Des chatons, des.... De...
Alors elle vivait, car elle n'imaginait pas, non, elle vivait tout ça vraiment, intensément, et refaisait son monde, le monde tel qu'il est, serait si.... Si ça s'était passé ainsi...Normalement.

Si des adultes n'avaient pas brisé sa vie, cassé son bonheur, son insouciance, sa joie de vivre, cassé, démantelé, mis en pièces, saccagé.....
Si des adultes n'en n'avaient pas décidé autrement !

Le temps s'écoulait lentement, la vie s'organisait entre l'école et les devoirs, les goûters et les tartines, les rêveries dans le jardin....le grenier plein de trésors..
Lecture et écriture, elle aimait cette petite fille se raconter des histoires, changer la fin de celles qu'on lui racontait chaque soir, si elle avait été bien sage.... Rêvait aux petits chevreaux impatients et désobéissants qui attendaient leur mère, mais qui avaient ouvert au loup....
Fixait le ciel pour entrevoir cet oiseau bleu.. Couleur du temps...
Imaginaient les robes de la Belle aux bois dormant, et pensait aux malheurs de Peau d'Ane....
Comme il était doux le temps alors, comme les fleurs sentaient bon, elles sont toujours là, dans les massifs, tulipes et roses, marguerites et pivoines... En rêve... Dans son rêve, dans la vie de ses rêves, dans le rêve de sa vie...
Le jardin, la maison, les voix qui raisonnent, son nom dans le couloir...Les pas dans l'escalier. La vie, le soir, la nuit le jour, pas de rêve, tout était comme dans un rêve
Elle refait sa vie, rien ne s'est arrété, là, non, la vie, la sienne continue, elle grandit dans cette maison, doucement, avec ceux qu'elle aime, qui l'aiment, car elle n'a qu'eux, ne connait qu'eux, les autres, ceux qui viendront la chercher, l'emporteront dans un ailleurs, ne sont que des étrangers... Ne seront jamais que des étrangers...

La vie est un rêve.... Elle rêve si fort qu'elle croit le matin que c'est vrai ! Qu'elle a pu changer son destin, le destin de l'enfant, de la petite fille qui est restée, dans cette maison, là bas...Dans sa maison.
Que c'est comme ça que ça s'est réellement passé...

Elle ne sait plus très bien parfois, de la vraie vie ou du rêve, mais où est le vrai ?
Elle ne sait plus très bien si au collège elle prenait un bus qui la déposait devant la maison, le samedi, ou les autres jours.. Elle se souvient combien elle les a regardé les bus, et savait quand ils passaient devant sa maison, loin de l'arrêt, mais elle aurait demandé au chauffeur... qu'elle aurait pu, qu'ils auraient pu..
Et elle rêve encore de l'eau de la rivière qui déborde, qui est partout, dans les champs, qu'on regarde par la fenêtre....Qui fascine.
Elle rêve aux saisons qui défilent, l'été, les grandes vacances, où elle s'ennuie un peu, fait des cahiers de vacances pour avoir un prix à la rentrée, la fête au village en même temps que son anniversaire, l'automne et la rentrée, les vendanges sur le livre de lecture.... les débuts de novembre et les vacances de Noël, les enfants apprennent la poésies qu'ils réciteront fièrement devant le sapin de la mairie en échange des friandises....puis elle demandera à sa grand mère, en regardant par la fenêtre s'il y aura de la neige à Noël, car sans la neige ce n'est pas vraiment Noël... Le sapin et les repas, la fête et les cadeaux, les livres, contes et légendes, tant attendus et convoités, dévorés en quelques soirées
Les beaux jours arrivent vite, et le petit chemin en face de la maison, prend des couleurs, vert et églantines, ça sent bon... Comme elle l'aime ce petit chemin, qui mène dans les champs de blé et à la rivière enfin rentrée dans son lit
Elle rêve si fort, les voit, les sent si fort, parfums d'enfance collés à la peau pour toujours.. Jusqu'au bout, jusqu'à la fin. Collés si fort, qu'ils ne font qu'un, corps à corps avec elle, rempart contre l'oubli, contre la douleur !
Parfum d'enfance, tuteurs de résilience, qui font qu'on ne meurt pas tout à fait, qui font qu'on garde un brin de vie là où il n'y en a plus guère, qui font qu'une partie de soi est là, et l'autre là bas, à tout jamais, pour toujours !
Cela fait tant d'années qu'elle rêve, depuis tant d'années, qu'elle retourne dans cette maison, dans ce village, où pour elle rien n'a changé ?
Tant d'années de rêves !

La vie est un Rêve, elle aurait pu, si des inconnus n'en n'avaient pas décidé autrement
Comme moi, comme toi, cette petite fille rêve, rêve à sa vie,
Rêve si fort, que le rêve en est la vie...
L'aide à tenir, l'aide à vivre et à aimer
Petite fille.....

3 commentaires:

claudine citron a dit…

Le rêve c'est la liberté suprême et à l'heure où nos libertés sont de plus en plus menacées, nous pouvons et nous devons en préserver au moins deux: celle de rêver et celle de penser.
Nous n'avons rien à craindre personne ne peut avoir accès à nos tiroirs secrets si nous savons garder la clé, résister.
Ces deux pensées-soeurs sont les forces du monde à venir.

carole a dit…

OUI garder cette porte ouverte sur l'enfance... Une sensation : la madeleine de Proust, les parfums du printemps et de l'automne, quelquefois les mots d'une autre, nous ramène à nous même. Merci Castor ! Garder au fond de soi la petite fille, c'est être reliée en soi-même et aussi aux autres, par là ou nous sommes pareils.

castor a dit…

Quelle est la part de liberté dans le rêve ? Qui, quoi guide le rêve, quelle est la part de réel dans cette activité nocturne ? Que s'y passe t-il vraiment ? Qu'en savons nous ?
Et quid de ces rêves éveillés, pas vraiment endormis....Un continent inexploré, mais est-il explorable ?

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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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