Psychanalye Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

jeudi 25 septembre 2008

La mort de l'autre

La mort de l'autre....

J'ai souvent, et j'évoque souvent la mort, la ou les problèmatiques qu'elle soulève. La douleur.
La mort, fait partie de la vie, elle en est une partie, elle en est la fin, l'issue. Irrémédiable.
Mourir est le destin de tous, un destin certain et incertain pourtant, car personne ne sait quand aura lieu cette fin, qui met définitement un terme à la vie, à notre vie....

Mais aussi à la vie de l'autre !
Mais surtout à la vie de l'autre !

Si nous pensons parfois à notre mort, sans toutefois pouvoir se l'imaginer, car c'est impensable, pas représentable, nous pensons aussi, parfois/ souvent à celle de l'autre, la mort de l'autre
L'autre aimé...
L'autre qu'on aime, et qui par là, par la mort un jour nous quittera, nous laissera, là, face à un vide, face au vide de l'absence, face au vide de son absence.
Car si on ne se représente pas la mort, on peut se représenter ses conséquences, c'est à dire l'absence de l'autre....Ce que la mort apporte, le résultat de son passage.
Elle fauche, tout !
Et nous laisse face à l'absence, face au corps de l'autre sans vie, puis à son absence...Face au vide de l'absence..
Un vide, un trou béant, qu'on ne pourra jamais vraiment combler, puisque l'autre, cet autre là, aimé est parti à tout jamais, pour toujours, sans aucun espoir de retour !

Certains s'en prennent à rêver qu'il existe peut-être, sûrement même, un espace, un paradis où on le retrouvera, où tous les êtres qui nous sont ou qui nous ont été chers, nous attendent....
Attendent notre venue, dans cet au delà....Au delà de quoi ? Au delà de qui ?

Au delà, c'est en quelque sorte quelque chose qui nous dépasse, que nous ne connaissons pas, une sorte d'espace inconnu, un territoire mystèrieux et magique peut-être aussi ?
Un espace autre, qui se situe dans une autre dimension, un autre champ que notre vision ne nous permet pas de voir, mais que notre esprit, avec un peu d'imagination, ou de la foi, nous permet d'envisager, d'entrevoir ou/et d'espèrer

Un espoir qu'on peut entretenir, pour moins souffrir, pour moins avoir mal, pour mieux supporter, la perte, la perte, de l'objet, de l'objet qui nous comblait, qui comblait notre solitude...

Sa perte ouvre le comble, la faille la terrible fissure... Le trou béant, vide et profond qui fait qu'une fois de plus peut-être on se retrouve, seul.
Seul face à soi même sans l'autre, qui nous était cher,
Cher, si cher, qui nous tenait chaud, chaud au coeur..
Qui nous tenait au chaud, éloigné du froid de la solitude, du froid glacial de l'être seul , qui nous réchauffait le coeur, qui nous réchauffait le coeur.
Face à nous même, face à notre propre solitude, face à notre être seul !
L'être cher, n'étant plus, n'étant plus là, nous sommes seul , définitivement seul..
Sans lui !
Jamais on ne s'était rendu compte hier à quel point cet être, perdu aujourd'hui, nous manque et nous manquera demain. Et nous sommes seuls !
Seul sur la route, seul sur le chemin, seul ! Définitivement seul, sans que rien ne puisse venir combler, remplir ce vide, cette solitude qui nous fait mal, qui nous terrasse, qui nous arrache, qui nous déchire.
Une partie de nous même semble partie, semble avoir été définitivement elle aussi, arrachée, déchirée, morte avec l'autre..Avec le disparu !
Quelques analysants décrivent cette perte, cet écartélement, cette amputation. "Une partie de moi est restée là, là bas, à cet endroit, à ce moment....Une partie de moi, est toujours là bas, l'autre continue, mais seule, car il manque quelque chose...Le temps semble s'être arrété là"
Arreté, laissé là... Avec l'autre qui est mort, ce temps, cette partie est morte elle aussi, partie à tout jamais avec la mort de l'autre
Cette mort qui l'a entrainée dans le gouffre terrible, dans le vide, dans ce trou sans fond, dans cet univers inconnu, ce terrain obscur, territoire inconnu et inviolé de la mort, non espace....

La mort de l'autre pétrifie, tétanise, traumatise.
Effraction terrible, qui par son intensité, sa soudaineté, son imprévisibilité pénêtre et intruse le moi, au risque de le détruire.
L'autre bout du moi, mort lui aussi avec l'autre, celui qui est parti.
Autre, membre fantôme, mais qui fait mal, comme le bras ou la jambe amputée qui continue à faire souffrir. Qui n'est plus, mais dont on sent la présence...Une présence absente.
Nulle morphine pour oublier cette douleur là...
Car l'autre n'est plus.
Disparu....
Mort !
Car disparu est un euphémisme, il ne dit pas vraiment, comme s'il n'osait pas...Il laisse presque suggérer, et c'est une erreur de croire ou de faire oou de laisser croire qu'un retour puisse etre possible
Mais la mort, signe bien cette disparition sans espoir de retour
Sans jamais revoir, retrouver, le regard, la chaleur, l'amour de l'autre, cet autre qui nous était cher. Qui parfois, était une partie de nous même "nous ne faisions qu'un" couple fusionnel, qui ne trouvait de sens qu'à travers, et grâce à l'autre, l'un et l'autre, l'un est l'autre, l'un sans l'autre ne peut être. Un presque indicible "parce que c'était lui, parce que c'était moi."

La mort de l'autre...Qui fait qu'on se retrouve alors, face à soi même, pas seulement face à sa propre mort, mais, pire, face à sa propre solitude !
La mort on ne peut pas se la représenter.. La solitude, si, pour peu qu'on l'ai déjà vécue, éprouvée, dans notre chair, au plus profond de notre coeur, de notre âme.
Pour peu que les liens sécures nous ont fait défaut, plus ou moins dans notre enfance, dans notre petite enfance...
Défaut, défectibles, défaire....Des faire.
Souvenirs, cicatrices, indélébiles, conscientes, inconscientes....Pour toujours, refoulées, retour au conscient, revenues lors de ce deuil, réactivées... A fleur de peau, à fleur de mots, à fleur de maux.
Qu'il y ait eu des manques déjà...
Cet attachement, ces liens, qui ne sont pas, qui sont peu, ou qui sont, ou ont été toxiques
Ce manque déjà, ce manque, cette absence, cet oubli qui fait que nous avons été seul, trés tôt, si tôt, trop tôt !
Solitude, seul, face à notre être seul, insupportable, insurmontable,

Nous cherchons alors dans l'autre, sujet, un objet d'amour, sécure qui sécurisera notre peur d'être seul...Qui viendra combler ce vide. Un trou béant...
L'abandon...
Revivre encore cet abandon n'est pas tenable..Encore !

Abandon et solitude, c'est complémentaire, abandonné à sa solitude...
Etre seul, face à son Etre seul, sujet abandonné à lui même, à sa solitude, à sa propre solitude,
Une solitude qui lui est insupportable, une solitude qui ne peut être pour lui que synonyme d'abandon, puisque la solitude est le résultat de l'abandon.
Une solitude qui n'est pas choisie, cherchée, recherchée.
Sans être le fruit de hasard, cette solitude là est advenue dés sa venue à la vie. Venir au monde seul, dans un monde de solitude.
Ne pas avoir de réponse, ne pas avoir de signe, demander, pleurer, crier, parler, sans être entendu....Sans la mère, sans le père, sans le ou la qui va prendre en charge, prendre en compte, ce petit être qui ne peut être seul, car l'homme est un être social, sociable, qui a besoin de l'autre pour vivre
Mais cet autre, si cet autre justement cet autre là qui est attendu, ne vient pas, ne répond pas, n'entend pas, et laisse le nouveau né, le bébé, le petit enfant, l'enfant, l'adolescent, puis l'adulte devenu seul....Irrémédiablement seul... Si l'autre, cet autre là, est sourd, muet et aveugle....

Solitude de mort, solitude de non être, solitude maudite, sans mots dits, justement, sans mot à mettre dessus... Seuls les maux peuvent alors combler cette absence de mots.
Cette solitude qu'on remplit comme un vide effroyable qui ne peut le rester sans produire de l'angoisse, une angoisse qui serre, et qui ressere, à tel point qu'on en étouffe....
Une angoisse qu'on essaie de faire passer, en remplissant le vide, comme on remplit le gouffre, avec ce qui est là, ce qui passe par là, ce qui tombe là sous la main....
La nourriture, le tabac, l'alcool, la drogue, le sexe, le net, l'autre
Qui comble, qui bouche le trou, les trous, les orifices...qui colmate pour que ça ne fuit pas, que ça ne s'échappe pas.
On retient, on serre, on ne lache pas
Tout ce qui s'échappe est une perte, un abandon encore !
Parfois il faut vider, vider, lacher, laisser, pour remplir encore, et encore et davantage, jusque n'en plus pouvoir, jusque n'en plus vouloir...

Car on revit encore cet abandon, cette solitude, traumatisme cumulatif, cet abandon là, pas prévisible, vient nourrir encore la blessure traumatique originelle, celle où pour la première fois le moi a rencontré cet éprouvé de solitude, qui est devenu un sentiment de solitude..
Rencontre terrible, terribles rencontres encore !

Alors la mort de l'autre ? De l'autre aimé, qui peut-être servait de par être, de cuirrasse, d'armure pour affronter le monde et les autres.
Cet autre "besoin" fait nécessaire, qui permettait à la asolitude de ne pas être au rendez vous.
Si cet autre, s'en va, part, vous lache...S'échappe
Pour une destination connue, mais inconnue, car nul ne sait pour où il part...Et tout le monde sait qu'aucun retour n'est possible
Cette confrontation au non retrour, à la mort del'autre, à sa propre solitude, à son être seul et non seulement anxiogène, mais mortifère....
Elle montre et démontre, nos limites, celles qu'on ne peut malgré nous et malgré tous nos efforts border, cadrées, pour être dans un espace sécure, un espace qui nous sécurise, qui apaise nos craintes et nos angoisses, une sorte de no man's land, où rien ne peut arriver, puisqu'on a mis en place tout ce qui était nécessaire. On a sécurisé le périmêtre....
Mais la mort, n'a que faire de cette sécurité là, de ce périmêtre là. Elle va et vient comme bon lui semble et seul la mort est immortelle. Elle résiste à tout, et nous n'y pouvons rien
La mort de l'autre vient nous démontrer, si nous ne le savions pas, ou si nous l'avions un peu oublié qu'on ne peut rien, qu'on n'est pas tout puissant, qu'on ne peut pas tout prévoir, et que l'imprévisible existe, que nous y sommes soumis, sans être forcément responsable. Et surtout pas responsable
Que la vie est éphèmère, courte et ne tient qu'à un fil...Que celui ci peut être coupé ou peut se couper n'importe quand, n'importe comment à chaque instant.
Incontrolable, imprévisible....
Ce sont les lois (qui ne sont pas celles des hommes) qui régentent la vie, la mort.. La nôtre et celle de ceux qui nous sont chers ! La Loi donc, celle de l'universel, l'Autre !
On ne le sait que trop, et l'oublions pour pouvoir vivre, avoir la force de continuer, seul ou avec d'autres le chemin, dur souvent, agréable parfois.
Nous allons sourire, rire, aimer encore, et encore, car nous sommes vivants, et cela fait du bien de le penser ! de le croire.
Perdre l'autre est dur, terrible, terrifiant et parfois insurmontable...Rester seul est la pire des souffrances, vivre sans cet autre, est pour certains impossible !
Il parait que la vie nous apprend. A nous d'en tirer une ou plusieurs leçons, faire de notre ou de nos expériences, une force, un appui qui nous permet d'aller plus loin encore, dans notre vie, dans notre réflexion...Sur la route.

Résilience....Résistance...Survivance....Instinct.....Pulsion....De mort....De vie....De vivre...La rage de vivre....Le désir de vivre....La pulsion de survivre....L'instinct de survie !

Tel le voyageur, le pélerin nous cheminons, notre sac, notre fardeau s'alourdit de jour en jour....Il nous fait courber l'échine chaque jour un peu plus.
Les évenèments de vie, peuvent devenir que nous y prenions garde ou pas, de terribles traumatismes, ils peuvent se réfugier au plus profond de l'inconscients, refoulés, pour nous revenir en pleine figure, quand parfois on s'y attend le moins.
Bien que...
Le hasard n'étant pas, ce rendez vous là, impromptu, n'est peut-être pas si banal et si imprévu que ça.
La réactivation du trauma, arrive peut-être quand on ne s'y attend pas, mais quand on peut, où qu'on pourra en faire quelque chose, au mieux le surmonter, pour avancer....Encore plus loin, pas forcément plus vite....
Mais la mort de l'autre, la mort de l'autre aimé, la perte à tout jamais, celle qui nous confronte à la solitude, au vide, à l'abandon et forcément à notre propre mort, un jour ou l'autre ?
Que faire de cette mort là ?
Nous apprend elle à être plus fort ? A continuer le chemin ? Seul et in mémorian.... De l'autre perdu ? Pour lui ? Pour elle ?
En sortons nous grandi ?
Pouvons nous alors relever la tête, non pour allèger ce fardeau, mais le porter de telle façon qu'il en sera moins lourd, moins encombrant ?
En ferons nous le deuil ? Et que signifie faire le deuil ?

Pour Tao.

4 commentaires:

catimini a dit…

cher castor ,

juste un mot pour vous dire que j'ai lu attentivement ce texte qui semble très personnel mais qui est quand même de partage et de consolation, consolation pour essayer d'être "avec ce lui qui est seul" de marcher un peu à ses côtés...de mettre quelques lumignons d'amitié sur la route de celui qui souffre de ce mal irrémédiable de la perte d'un être très cher ...
je vous ai laissé un message au bas d'"histoires de mots" mais je n'ai pas encore lu "le mal dire" alors à très très bientôt

catherine

Cathy de Chartreuse a dit…

Ce texte est très beau, très dense, très riche, très fort. J'aime particulièrement le passage sur la solitude.
Je commence à peine l'exploration de votre blog ... j'y reviendrai, c'est sûr ! Merci à vous pour ces mots déposés sur la toile,
Bien à vous,
Cathy

castor a dit…

Merci à vous deux, d'être passées et d'avoir lu...
Texte dense et personnel, oui, chère Catherine.
Que la mort de l'autre est dure, inhumaine...
La vie le devient alors, parfois sous certains côtés...
Bien à vous
Castor

castor a dit…

Un texte relu, pour N

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