Il y 81 ans ans
C’est un matin, le 3 janvier 1944 des
gendarmes français viennent à l’école primaire de la ville entrent dans la classe pour prendre Dora sous les yeux de ses camarades de
classe
Les enfants ne bronchent pas. Dora est
terrorisée.
L’institutrice impassible laisse faire et tient
des propos rassurants :
« Elle est avec les
gendarmes qui vont bien s’occuper d’elle, ils ne peut lui
arriver, continuer votre travail et c’est ce qu’on a
fait. » me dit en me regardant droit dans les yeux une dame
âgée qui était alors dans la classe de Dora.
« Non,
je n’ai pas eu peur, pourquoi ? Peur de quoi ?
c’était normal ils faisaient leur travail »
Je
soutiens son regard. Elle ne baisse pas les yeux.
Son petit
fils sentant le malaise me dit’ oui
la gendarmerie française ne pouvait pas leur faire de mal’
Je
reste impassible, je me contiens, je ne dis rien, j’écoute je
lui demande « et
maintenant qu’en pensez vous ?
‘Mais
rien de plus, il n’y a rien à penser de plus »
Je
ressens non la haine mais pire : l’indifférence…
Je
la toise avec un calme et un silence absolu et mon regard est
glacial, pire encore.
Elle baisse les yeux.
Je
lis parfois d’autres versions : fables ? Il
faut bien.. en examinant bien il y aurait à dire, cela viendra en
son temps.
Je
m’en tiens à ce qui m’est raconté par deux témoins directs.
Cette
vieille dame et Serge ce Monsieur âgé qui n’a rien oublié.
Dora
avait 13 ans.
Elle portait au revers de son manteau une Etoile
Jaune.
Les gendarmes français l’ont reconduit chez
elle au 14 rue Taine où elle vivait avec Renée sa maman. Abraham
son père avait été arrêté et gazé un an auparavant à
Auschwitz, le savaient-elle ?
Elle est restée toute
la journée avec sa maman sous la surveillance d’un soldat allemand
armé. On leur a dit de préparer une valise. Puis dans la soirée,
sous une pluie battante, un froid glacial, le froid de janvier en
Argonne un camion est arrivé.
Dans cette rue il y avait en face
de leur modeste demeure, une autre maison où vivait une autre
famille. Un couple âgé et leur fils… (cela sera une autre
histoire car je n’oublie personne)
Les allemands les ont
pris
Dora et sa Maman portant leurs maigres effets sont partis
sous l’escorte et la violence des soldats les menaçant de leurs
armes…
Les voisins terrifiés ont tout vu de leur fenêtre.
Serge a été témoin de toute la scène qui le terrifiaient encore
quand il me l’a relatée.
Une maman, des enfants, des
vieillards et leur fils avec des Etoiles Jaunes.
Serge
vous aviez 11 ans alors, voisin et camarade de Dora. Il y a 2 ans un
26 décembre vous avez accepté de tout me raconter en pleurant. Je
transcrit vos mots, tels que je les ai recueillis.
« Je
n’oublierai jamais, ces images, je les vois tous les jours, je les
verrai jusqu’à ma mort.. Dites le »
Serge vous
étiez le dernier témoin,
Aujourd’hui vous n’êtes
plus et quand je passe chaque jour dans la rue, votre maison est vide
elle aussi. Vous êtes parti… rejoindre Dorette comme vous disiez
et sa maman qui était l’amie de vos parents
Vous
étiez le dernier témoin
Der letzte
Zeuge
Il me raconte bouleversé, sa voix tremble. Il y
des larmes, il y a des silences.
« Vers 11h30-
minuit, il pleuvait, pleuvait, pleuvait! Si vous saviez.
Ils
ont pris Dora et sa mère et M. S, sa femme et leur fils
sont monté dans un camion sans bâche sous des cris et
hurlements SS dans la violence.
Monsieur L parti un soir
avant Noël il a été arrêté
Un soldat
allemand a gardé Dora toute la journée avec un fusil,
ils l’on emmenée avec sa mère, sur
une marche du camion… C’est une scène que je n’oublierai
jamais jamais jusqu’à ma mort, je reverrai… On était à le
fenêtre on faisait attention, je les revois encore.. Leurs
affaires ? ‘elle est partie avec une valise, un petit ballot
de linge… M. S était riche, il avait un commerce de bestiaux. Eux
non. Les L. ne sont pas revenu, quelqu’un est venu en 1945.. Notre
génération ne posait pas de question. »
Puis il me
dit
« Mme L a envoyé une lettre dans une
enveloppe avec un timbre de Pétain « Nous partons pour le camp
de Drancy, gros bisous à Serge…
Ils sont
partis vers Rethel puis pour Drancy comme l’a précisé Renée,
puis le convoi 66 pour Auschwitz
De Rethel Rénée à écrit à
votre mère
Une lettre dont vous vous souvenez de chaque mot
Serge
Une lettre que vous avez confiée à des gens dont vous
m’avez donné le nom
Une lettre qu’ils ne vous ont jamais
rendue
J’ai raconté tout cela à Henri votre frère après
votre décès
Serge, Henri, les frères ainés de mon Ami
Daniel qui n’a pas vécu rue Taine vous aviez déménagé mort lui
aussi depuis longtemps
A cette époque ni lui et moi savions que
nous étions si proches...
Et sous une pluie
battante, dans le froid de l’Argonne terre d’exil où ils
pensaient vivre en paix, Renée toi qui venais d’Alsace et toi
Abraham des Shtelts de Pologne, Dora votre fille, une famille.
Et
sous une pluie battante, dans le froid de l’Argonne, un soir de
janvier vous êtes parties dans un camion sans bâche, vous êtes
parties Dora et toi Renée vers la mort. Ils vous ont assassinées.
Vous êtes deux de ces 6 millions d’étoiles qui
scintillent dans le ciel
Nous ne vous oublions pas, nous ne vous
oublierons jamais.
Et vos noms sont inscrits sur le Mur des Noms
et votre histoire y est racontée
Ce soir deux exilés de
l’Est et du Levant viendront dire un Kaddish
Ce soir, une
Ashkenase et un Mizrahi sont venu dire le Kaddish et se
recueillir.
Ici une couturière qui ne sait pas coudre
mais seulement tisser les fils de la mémoire écrit votre Histoire à
tous les trois pour que jamais vous ne soyez oublié.
Nous
sommes unies par Moshe,
Toutes deux nous sommes les Enfants du
Tailleur d’Habit
Il y a quelques années j’aurai pu te dire
que… Mais Petite Soeur depuis le 7 octobre je ne sais plus quoi
dire. Sauf que rien n’a changé ils nous haïsse tout autant
Mais
nous avons toujours notre D. notre Foi, notre Kavod,
Et
maintenant nous avons Mossad, Tsahal, Israel
Nous avons chez
nous
Nous avons tout ça, et nous sommes debout.
Nous
sommes la Mémoire vivante de six millions d’âmes que nous faisons
briller dans le Ciel pour l’Eternité.
Je t’aime.
Puisses
tu reposer en paix.
Tikkun Olam
Brigitte Judit
Crédit photo @brigittedusch

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