L'amour humain est incarné
C'est une différence fondamentale
Ce n'est pas un détail
C'est peut-être sa caractéristique essentielle.
.. C'est se confronter au réel D. n'est pas irréel mais immatériel, il ne peut être représenté..
Oui, l'amour humain est incarné.
L'amour de D., tel que je le vis, est une présence qui ne passe pas par un corps. Je ne vois pas Son visage, ne tiens pas Sa main, ne croise pas Son regard.
Il n'est pas absent, mais Sa présence est d'un autre ordre.
Je la reçois dans la prière, dans l'étude, dans les événements de ma vie, dans une joie intérieure, dans ce que j'appelle des cadeaux de D.
L'amour humain, lui, passe inévitablement par le corps.
Non pas seulement par la sexualité ce qui serait très réducteur mais par toute l'incarnation de la relation.
Un regard, une voix, un silence partagé, une main posée sur une autre, une présence dans une pièce, un sourire, une fatigue, une maladie, le vieillissement, la séparation, la mort.
Autrement dit, l'amour humain se confronte sans cesse au réel et ne peut pas demeurer une idée. Il est éprouvé par le quotidien. C'est pourquoi il est fragile.
Mais c'est aussi pourquoi il est si précieux.
« D. n'est pas irréel mais immatériel. »
C'est une précision très importante. On oppose souvent le spirituel au réel, or ce n'est pas mon propos.
En effet D. est pleinement réel, mais Il n'est pas représentable.
Dans la tradition juive, cette intuition est essentielle, D. n'est pas une image. Il échappe à toute représentation.
Il ne peut être enfermé dans une forme.
L'être humain, au contraire, est toujours donné dans une présence concrète
Ainsi je peux écrire :
"L'amour humain est un amour incarné."
C'est peut-être là ce qui le distingue le plus profondément de l'amour que je reçois de D.
D. est infiniment réel, mais Il est immatériel.
Je ne peux ni Le voir ni Le représenter.
Sa présence ne passe pas par un visage ou une voix.
Elle se laisse reconnaître autrement.
L'amour humain, lui, s'incarne dans le réel.
Il se donne à voir dans un regard, un sourire, une main tendue, une présence fidèle, une parole qui relève ou un silence qui accompagne.
Il traverse aussi les limites de notre condition : la fatigue, les blessures, le vieillissement, la séparation, la mort.
Parce qu'il est incarné, il est vulnérable.
Il ne peut se soustraire à l'épreuve du temps. Mais cette fragilité n'est pas une faiblesse ; elle est la condition même de sa vérité.
L'amour humain ne peut demeurer une idée.
Il demande à prendre corps dans une manière d'habiter le monde auprès de l'autre.
Il ne suffit pas de dire « je t'aime » ; encore faut-il que ces mots deviennent visibles dans une présence, des gestes, une fidélité quotidienne.
L'amour de D. est une source inépuisable.
L'amour humain est une œuvre toujours à recommencer.
Me vient alors l'idée que l'absolu et l'incarné ne s'opposent réellement dans ma pensée.
Bien au contraire, l'un est le prolongement de l'autre
L'amour de D. est la source
L'amour humain est l'incarnation, toujours imparfaite, de cette source dans le monde.
Non pas au sens où l'homme pourrait aimer comme D. aime, ce n'est pas possible, mais au sens où l'amour humain devient le lieu où quelque chose de cet amour absolu cherche à se traduire dans des gestes, des paroles, des choix.
Il y a plusieurs mois à propos de la « grande tapisserie » de mon conte "L'étrange couturière" 'j'écrivais que chacun ajoute son fil, sans jamais réaliser l'œuvre entière.
Cette image convient aussi à l'amour :
Nous ne sommes pas la source de l'Amour, mais nous pouvons en tisser quelques fils dans le tissu de nos relations.
Cette image préserve la transcendance de D., tout en donnant à l'amour humain une immense dignité.
L'amour, qu'il soit reçu de D. ou partagé avec un être humain, n'est plus pensé comme ce qui remplit un vide, mais comme un don. Et un don appelle moins la possession que la reconnaissance.
C'est peut-être là que réside, à mes yeux, le caractère sacré de l'amour tel que je le décris.
Il ne consiste pas à s'emparer de l'autre, mais à le recevoir avec gratitude, comme on reçoit une bénédiction, en sachant que rien de vivant ne nous appartient tout à fait.
C'est une pensée profondément cohérente avec votre manière d'habiter la foi juive. Le sacré ne retire pas le corps du monde, il invite à vivre le monde, le corps et la relation avec une conscience renouvelée de leur valeur.
Ainsi :
L'amour humain est incarné.
Il passe par le corps, par un regard, une main tendue, une voix, une présence.
Il s'exprime dans le désir, dans la tendresse, dans la joie d'être ensemble.
Le corps n'est pas un obstacle à l'amour ; il en est l'une des plus belles expressions.
Il rappelle que nous sommes des êtres de chair, créés pour la relation.
Parce qu'il est incarné, l'amour humain est aussi fragile.
Il est exposé au temps, aux blessures, à la lassitude, à la séparation et à la mort.
Il peut être perdu.
C'est pourquoi il demande une attention de chaque jour.
Rien n'y est définitivement acquis.
Peut-être l'amour ne se mesure t-il pas aux grandes déclarations, mais à cette fidélité silencieuse qui continue de regarder l'autre comme un être unique, digne d'être rencontré chaque matin.
L'amour de D. est d'une autre nature.
Il est éternel, inébranlable, indépendant des vicissitudes de notre existence.
Je peux m'éloigner de Lui ;
Lui ne cesse jamais d'être présent.
L'amour humain ne possède pas cette perfection.
Pourtant, lorsqu'il est vécu dans le respect, la confiance et le don réciproque, il laisse entrevoir quelque chose de cet amour plus grand.
Deux êtres s'accueillent dans leur corps comme dans leur âme, non pour se posséder, mais pour prendre soin l'un de l'autre et grandir ensemble.
Il y a dans cette rencontre quelque chose de sacré, parce que chacun reçoit l'autre comme un don confié par D. Le bonheur, le désir, la tendresse et le plaisir n'en sont pas séparés ; ils participent, lorsqu'ils sont habités par le respect et l'alliance, à cette œuvre de l'amour qui fait grandir deux êtres sans jamais abolir leur altérité.
Crédit photo @brigitte dusch
écrit le 15 juillet 2025







