Psychanalye Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

mercredi 5 novembre 2008

Ecrire la souffrance

C'est la lecture d'un article dans la salle d'attente de mon médecin, qui me donne l'envie de revenir sur cette écriture de la souffrance, de cette mise en mots de ces des maux là.
Il s'agissait d'un article sur la résilience, mettant en scène des femmes (encore....Mais les hommes aussi le sont) avec quelques commentaires de Boris Cyrulnick
J'apprécie beaucoup ce psychiatre, son tact, sa pudeur, l'extrême justesse et mesure de ses propos...
Il parlait de l'écriture, des écrivains (au féminin mais je n'aime pas ce féminin là il heurte mon oreille, ne résonne pas bien.) Il disait que beaucoup de ces femmes avaient souffert, qu'elles avaient beaucoup souffert, et avait écrit....
Comme si l'ecriture était un ex utoire, un moyen de sortir au dehors cette souffrance qui dévore l'intérieur. Pour justement, que cette souffrance puisse être mise à jour, mise à nu aussi par les mots, au travers des mots, grâce aux mots
Magnifiques et magiques instruments que ceux ci...
Au service de la souffrance et de la douleur
Mais, et je repose encore la question : La souffrance est-elle nécessaire à l'écriture ? Faut-il avoir souffert pour pouvoir écrire ? Pour pouvoir témoigner ainsi, liberer son corps et libérer son âme, du moins rien qu'un tout petit peu ?

Comment répondre ? En sachant qu'il n'y a jamais ni réponse ni vérité, que celles ci sont singulières...A chaque sujet sa réponse, à chacun sa vérité, et c'est heureux !
Je ne peux que tenter d'apporter quelques élèments à la lumière de mon expérience personnelle et professionnelle, de par les témoignages de ceux et celles qui ont fait de moi leur analyste, qui m'ont confié un instant de leur vie, de leur intime intimité et de leur confiance....

La souffrance m'a mené sûrement, sans aucun doute à la psychanalyse, elle m'a permis de comprendre, de vivre avec et surtout d'aller au delà de cette douleur morale, de ce mal de vivre....La psychanalyse ne guérit pas, ce n'est pas là son objectif, le symptôme ne doit pas être tu, tué, annhilé, le symptôme c'est le sujet, pour paraphraser....je pourrai ajouter avec une pointe d'humoir cultive le c'est toi !

L'écriture a toujours chez moi été un besoin, une nécessité, une nourriture, une source de vie, de vitalité, elle m'a permis enfant de dire, de confier, à un journal, à une amie, imaginaire ou non, ce que mon coeur, trop petit ne pouvait garder.
Elle m'a sauvée, peut-être,a été, peut-être un tuteur de résilience, comme le dit M. Cyrulnick.
j'ai toujours ressenti ce besoin d'écrire, de mettre des mots, peut-être parce que j'ai eu cette chance d'aimer les mots. Une sorte de rencontre réussie, un rendez-vous pas manqué, celui là !

Les mots sont des couleurs, des crayons, des pinceaux....
Plus tard, devenue historienne, et que mes recherches me conduisirent aux Archives, à la découverte des écrits de ces femmes du XVII° siècle, j'ai retrouvé ce gout et ce besoin de l'écrit, de la mise en mots....J'ai découvert qu'à cette époque aussi, l'écriture pouvait être un moyen de dire, de dire aux autres, mais aussi de dire à soi, de se dire à soi.

Mon travail de thérapeute et d'analyste me confronte aux mots, aux mots des patients, aux mots des analysants. Des mots qu'ils disent, qu'ils me disent, surtout qu'ils se disent
Des mots qui veulent dire, ce qu'ils pensent, ressentent, éprouvent, aiment, détestent, adorent ou aimeraient, souhaiteraient, désireraient...
Des mots qui donnent du sens ou pas, qui représentent, qui traduisent un sentiment, un affect, une émotion, une pulsion, un désir...
L'analysant parle, ou pas, parfois les mots font place au silence, aussi, et parfois plus éloquent que les mots lachés, dits, prononcés...
Le patient aussi,
Parfois analysant et patient écrivent. Ils mettent sur le papier des mots qu'ils ne peuvent dire, prononcer...Lacher de la sorte. Comme si le besoin de la plume ou du clavier s'avèrait un médium nécessaire,une sorte d'espace intermédiaire, une interface peut-être, une mise à distance de l'évenement, de ce qu'il y a justement à dire,, qui ne peut l'être, mais qui peut être écrit
Plus facile ?
Ca l'était et l'est encore pour plusieurs femmes traumatisées, gravement dans leur petite enfance ou adolescente, qui n'ont pu parler, dire se libérer des mots, qu'après avoir écrit, écrit leur malheur, leur douleur, leur souffrance sur de petits billets qu'elles me glissaient à la fin de la séance
"C'est pour vous"
Tristes petits bouts de papiers, griffonnés, chiffonés, pleins de larmes parfois, larmes de la peine, des souffrances qui enfin peuvent être libérées de leur cage, de là où elles étaient enfermées depuis des années...
Comme si écrire était plus facile "c'est plus facile pour moi" me dit D, qui lors de la prochaine séance n'abordait pas le petit papier, parlait d'autre chose, de la pluie, du soleil, de ses envies de nourriture, de la vie donc....Et qui au moment de partir me glissait un nouveau petit mot, décrivant son calvaire...
L'écriture l'a sauvée, c'est elle qui le dit, elle a toujours écrit, tenu un journal...Continue d'écrire et de m'écrire, alors que notre travail est achevé....

Une autre écrit lors de ses insomnies, "n'importe quoi, mais ca me soulage, ça fait du bien, je vide, je me vide..."puis je m'endors, le lendemain je déchire tout...
Soulage, retirer un poids, celui qui pèse et qui ronge en même temps...Celui qui fait mal et qui est là, niché au fond de soi...
L'écriture soulage alors, comme un rémède, un cataplasme, qui permet de mieux respirer, de mieux regarder, de mieux vivre un peu

La mise à distance, donner à l'autre, lui faire lire les mots, qui décrivent un peu cette souffrance qui le ronge, faire partager, faire don...Donner un peu à l'autre, celui en qui on a confiance, celui qui est supposé savoir, savoir quoi faire de cette souffrance là....
C'est aussi ne plus être seul, puisque c'est mettre l'autre, celui qui reçoit ce billet, ce petit mot chiffoné dans la confidence, dans "le coup"
Sale coup parfois, prise de coup et de risques, pour l'un et l'autre? Le mettre dans le bain, être dans le même bain. Faut-il jeter l'eau ?

L'écriture permet à celle ou celui qui l'a choisit de dre la souffrance autrement que par les mots, peut-être our en garder une trace...La parole s'envole les écrits restent dit l'adage.
Et c'est à méditer !
Vouloir en garder l'empreinte ? Peut-être pas, mais vouloir voir, sur le papier étalé l'ampleur de la souffrance tout d'un coup, d'un coup de crayon mise à nu, concrétiser, prendre forme et prendre sens ?
La voir, la regarder...faire des mots abstraits une matière concréte. Qui est là, devant soi, au regard de l'autre, à qui on la montre à voir, à regarder....Pour ne plus être seul, pour vivre peut etre un peu mieux ?

C'est en se sens, que je travaille avec ce support, que j'organise des ateliers d'écriture qui n'ont d'ailleurs et heureusement pas tous vocation à être thérapeutique. Car écrire est aussi un plaisir, un exercice à la portée de chacun d'entre nous. Un outil servant à dire, à s'exprimer, à exprimer pas seulement la souffrance et la douleur, mais aussi, ses joies, ses bonheurs, son bonheur
Ecrire c'est vivre, c'est la vie....
C'est mettre la vie en mots, mettre des mots sur sa vie.
C'est avoir en vie, c'est être en vie !
C'est l'en vie !

3 commentaires:

Cathy de Chartreuse a dit…

L'écriture est une fabuleuse mise en mots des maux, oui ... ensuite ça fait ressort pour avancer ds la vie en se sentant vivant.

Un grand bonjour de Chartreuse, amitiés,
Cathy

castor a dit…

Merci à vous chère Cathy d'être passée. L'écriture c'est aussi la vie, je crois, une manière de se sentir vivant, pour soi, mais aussi peut-être un peu pour les autres, en tous cas c'est un partage.
Bien amicalement
Castor

A.M. a dit…

« La souffrance est-elle nécessaire à l'écriture ? »

Il n’est pas nécessaire de souffrir pour écrire. Écrire peut se faire « dans » ou « avec » nos joies, peines, colères et autres sensibilités. En fait, l’écriture se fabrique à partir de tout ce qui nous constitue comme être humain.

Mais l’écriture est une réponse possible à la souffrance.

À ce sujet, j’aime bien le propos de Boris Cyrulnik : « Sans souffrance transformée en beauté, il n’y aurait pas de passion du Christ, pas de Radeau de la méduse, pas de films, pas de romans, pas d'essais philosophiques. Il y aurait de la souffrance, c'est tout. » (Autobiographie d’un épouvantail, B. Cyrulnik)

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