Psychanalye Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

jeudi 18 juin 2009

Des rives

Il me faut le revoir....
Il est encore là, plus aux Urgences, où les patients ne restent pas, mais ailleurs dans un service de médecine interne
Ce "serait bien que vous reveniez, on a vu dans le dossier, que vous l'aviez déjà vu..."
Pourquoi? Nulle autre réponse. Rien
Il me faut donc le revoir.
Je le revois
Il va un peu mieux, il semble un peu mieux
Il me reçoit, se souvient de "notre entretien" où il a parlé, moi, je n'ai rien dit, il n'y avait rien à dire, tout à entendre, écouter, être là....
Il n'a pas grand chose à dire, prévient-il, ni à demander,
"Je ne demande rien, vous savez....Je me suis toujours débrouillé....Plus ou moins, mais ça le fait, des fois, ça le fait pas....Et je suis là....Je mange, je vais un peu mieux.."

Puis de se lever et me montrer
Qu'il tient debout, qu'il peut se baisser
Que c'est mieux....
Que finalement l'hôpital, ce n'est pas si mal... Qu'on peut manger un peu, qu'on peut dormir un peu..Qu'on peut se reposer un peu. Qu'on peut faire une pause un peu...
Un espace, un lieu, une sorte de parenthèse dans une vie pas facile, une sorte de no man's land, où le dehors semble être un ailleurs, un autre lieu, un réel....
Un réel, le réel, justement c'est bien ce réel qui coince, ce vrai, ce monde en vrai qui ne "le fait pas", des fois, souvent...
Il le sait, il le dit à demi mot.... Pas tout, juste un peu
Moi, je suis là, debout...J'écoute, je regarde, il parle, ne me regarde pas, regarde ailleurs, parfois me fixe.... Et continue...
Je n'ai pas grand chose à dire...
Il s'énerve, parle plus vite, semble vindicatif.... Sans véritable raison...
Je ne dis rien, j'écoute, je suis là, debout, à ses côtés....
Il va bientôt être l'heure du repas... Je vais prendre congé, le laisser manger.
Il me salue
"J'ai le papier que vous m'avez donné...Je l'ai sur moi... Aurevoir !"
Le papier....
Celui remis aux Urgences, avec mes coordonnées à l'hôpital....

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Oui j'attendais la suite, vous savez: quand, dans un ciel gris en cherchant bien, on trouve un tout petit coin de ciel bleu, même si c'est une parenthèse...
Christine

galoune16 a dit…

Ces patients à qui l'on n'a rien dit, si on leur dit que vous êtes psy(chanaliste), ils fuiront même si ils sont dans le besoin d'écoute, de sens, d'être investis et pas seulement leur maladie...
Si on leur dit qui vous êtes, ils fuiront alors que je suis sure que lorsque la porte s'ouvre, qu'ils vous voient, l'humanité dans les yeux, la compassion dans la douceur du geste, ils ont une petite chance de parvenir à fuir moins...
Voilà pourquoi on ne leur dit jamais qu'on leur envoit un pro-psy-etcie... L'étiquette les fait fuir, vous voir ouvre une porte.
Merci pour vos récits!

Edouard a dit…

AH ! La peur du psy !!!
De quoi avons-nous si peur ? D'une mise à nu sans doute ou d'un pas vers l'autre trop dur à faire avec le temps et l'habitude bien confortable de notre carapace.

Merci Castor, merci Galoune !

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Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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