Psychanalye Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

samedi 27 juin 2009

Vivre encore ?

Sa fille est morte
Cela fait des années, bien des années
Mais il est resté là, fixé à cette époque, là, quand elle est morte, sauvagement morte
Il vit, mais ne vit pas vraiment, je dirai que c'est la vie qui le fait vivre
Il ne survit même pas, il vit parce qu'il faut, le faut, continue, avance, sans vraiment savoir quand, où il est ..
Tout ce qu'il sait c'est qu'il est
Qu'il est sans
Sans elle...
Qu'il est seul
Cette absence lui manque, cruellement, terriblement
ll ne peut s'y résoudre
Non pas qu'il dénie
Au contraire
Il dit, le dit, il sait, il souffre
Il pleure cette absence,
Il crie sa douleur
Depuis toutes ses années
Certains l'entendent
Ceux qui ont aussi cette douleur , au fond d'eux, mêmes, qui ont été un jour, confrontés à ce terrible malheur, de perdre un enfant. Qui souffre de l'absence éternelle
Une blessure qui ne guérit pas, qui est là, implacable, qui condamne celui qui en est atteint à la souffrance infinie....Au silence qui tue, à l'absence tellement présente chaque jour, à la place qui manque, à cette place vide pour toujours...
Le vide
Il est confronté au vide, à ce vide là, mais ne s'y résoud pas, il veut savoir, comment ? Par qui ? Pour quoi ?
Il ne sait pas, et il cherche, avidement, comme si savoir pouvait apaiser sa souffrance, lui permettre de faire son deuil...
Un deuil qui ne peut, ou ne veut pas être, car le deuil, donne un certain sens, celui de la fin, le sens que c'est vraiment fini, sans espoir de retour.
Qu'il n'y a plus d'après, comme avant, mais un après, simplement un après, qui ne sera jamais plus comme avant. Un après sans !
Faire ainsi le deuil.
Deuil n'est pas oubli, mais une sorte de mise en mots, d'acceptation de la finitude, de l'infini finitude. C'est se dire à soi même "c'est fini", il faut vivre, continuer, aller, sans, mais aller.
Se donner des raisons de vivre, pour les autres, ceux qui restent, qui ont encore besoin .
Vivre pour soi, sans l'autre, sans celui qui manque, sans l'enfant qui devrait grandir, être là.
C'est mettre au fond, mais très au fond, dans un coin de sa mémoire, de son coeur et de son âme, son infini chagrin, sa profonde peine et son insupportable douleur
C'est par être, devant les autres, ne plus leur infliger cette souffrance là... C'est être socialement sujet.. Un sujet social....Socialement social !
Ces autres qui sans le dire, se lassent, se font rares, de plus en plus rares, car ils ne savent plus quoi dire, comment faire, ne sachant pas apaiser la souffrance, de peur de la raviver encore, encore un peu plus, car leur présence se fait génante. Car ils n'en peuvent plus eux, de supporter ce chagrin, d'entendre cette peine, cette souffrance, car ils veulent vivre, sans plus penser à ça.
Faire le deuil ?
C'est garder pour soi, en ayant toujours, à chaque instant, chaque minute, chaque seconde, une pensée, fugace parfois, mais une pensée, un sourire, une larme pour celui qui n'est plus, qui n'est plus à côté , qui est parti avant, nous a laissé seul sur cette route pavée de pierres, sur ce chemin semé d'épines et de ronces...
Il faut défricher seul, déchiffrer le sens du reste à vivre seul, sans
Mais lui, il est là, fixé à cette époque lointaine, en a gardé l'apparence, comme s'il n'avait pas voulu changer quoi que ce soit des fois que....
Il est resté le même, vétu, coiffé, comme à ce moment là, à cette date là..
Comme si le temps s'était arrété, comme s'il avait lui même arrété le temps. L'horloge du temps.
Il cherche à savoir, à connaitre la vérité, qui l'apaisera....
En attendant, il est là, porté, sans trop savoir qu'en faire, par une vie qui ne l'interresse plus vraiment, sauf pour savoir
Mais savoir quoi ?

4 commentaires:

galoune16 a dit…

Je viens d'éffacer trop de banalités!!!
Ces parents, presque toujours morts en dedans...
Pfiu, vous avez un dur métier au croisement, visiblement de TOUTES les souffrances!
C'est bizarre, que certains de mes résidents ayant une (?)" psychose " infantile ne développent pas de pilosité virile, c'est déjà curieux, mais votre patient n'ayant pas "bougé" depuis...la tragédie de son existence...
Finalement elles sont nombreuses les souffrances qui arrêtent la vie!
Bouh, vivons! Tant qu'on peut!
Bonne soirée à vous.

castor a dit…

Je vous lis à mon retour chère Galoune, souvent, quand j'ai terminé ma journée, quand je sortais de l'hôpital, à Paris, où je travaillais en soins palliatifs, cancéro...Je me disais "qu'est ce que c'est bon d'être vivant"...Sentir la vie, profiter du moment, du présent
belle et douce soirée à vous aussi

galoune16 a dit…

C'est aussi pour ça que j'aime mon job, il me permet quotidiennement de me souvenir à quel point j'ai nombre de p'tits bonheurs!!!
Bon dimanche!

Carole a dit…

C'est trop déchirant, vraiment ! Cette douleur là on n'ose même pas l'imaginer !

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