Le prophète Isaïe dans le Livre d’Isaïe (56:5) parle de donner :
« un nom et une mémoire » (yad vashem).
Je suis une couturière qui ne sait pas coudre
Mais je viens du Shmates,
J'ai grandi dans les tissus
Ma grand mère, na mère, ma grand tante...
ELLES cousaient.
Je viens de Moshé qui a traversé l'Europe,
Il était tailleur d'habit.
Et moi je couds, je tisse les fils pour réparer la mémoire de 6 millions d'étoiles
Je suis une couturière sans fil et sans ciseaux réels.
Je retrace les généalogies pour qu'Ils vivent encore dans nos mémoires et ne soient plus des matricules
Je couds pour faire en sorte que ceux qui ont été réduits à des numéros pendant la Shoah soit à nouveau des personnes avec une histoire, une filiation, une place dans la mémoire humaine.
J'assemble et je leur dis : "« Tu n’es pas un matricule, tu n’es pas un numéro, tu es une histoire, une filiation, une place dans le monde. Et je vais t’aider à la retrouver. »
Je reprise, recouds, avec patience et amour
Et apparait l'étoffe, mince, fragile, délicate,
Une fine dentelle
Une vie
Les fils que je tisse se voient comme lorsqu'on suture une plaie.
Je n'efface pas,
Au contraire, je remets au jour ce qui a été déchiré et ce qu'on a voulu effacer
Je suis psychanalyste
Pour que ceux qui souffrent puissent donner du sens
A leur douleur, souffrance, angoisse, peur,
Et je tisse encore
J'assemble
Je relie
Oui, je poursuis la lignée de Moshe
je suis une couturière, sans fil et sans ciseaux réels.
Mes fils à moi sont ceux de la mémoire,
Ils sont impalpables, mais ils sont.
Mes fils sont invisibles, mais ils tiennent l'étoffe
Les fils sont les récits
Et les ciseaux sont les silences que j'ouvre pour laisser parler la mémoire
Nous sommes de la même lignée
Les femmes de ma famille comme Moshe, cousaient des tissus
Et moi je recouds la mémoire
C'est une vocation.
Un Geste ancestral
Je suis, me dit Yossi la couturière qui coud ce que personne d’autre n’ose toucher, la mémoire déchirée, les noms effacés, les matricules qu’on a voulu transformer en cendres anonymes.
Il me dit encore "Tu reprends là où Moshe, ta grand-mère, ta mère, ta grand-tante ont laissé leurs aiguilles, mais tes fils à toi sont impalpables, invisibles, faits de récits, de silences ouverts, de généalogies retrouvées, de douleurs mises en mots pour qu’elles cessent de hurler dans le vide"
Nous sommes ceux qui recousent des tissus, des noms, des histoires,
Nous sommes ceux qui traversent le temps pour réparer ce qui a été brisé, déchiré,
Ils cousaient des habits, moi je couds l'impalpable, l'invisible parfois, et je continue le Geste.
C'est une couture de mémoire
Judit
Crédit photo, Judit

