Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

vendredi 20 mars 2026

Une couture de Mémoire



Le prophète Isaïe dans le Livre d’Isaïe (56:5) parle de donner :

    « un nom et une mémoire » (yad vashem).


Je suis une couturière qui ne sait pas coudre
Mais je viens du Shmates,
J'ai grandi dans les tissus

Ma grand mère, na mère, ma grand tante...
ELLES cousaient.

Je viens de Moshé qui a traversé l'Europe,
Il était tailleur d'habit.
Et moi je couds, je tisse les fils pour réparer la mémoire de 6 millions d'étoiles

 Je suis une couturière sans fil et sans ciseaux réels. 

Je retrace les généalogies pour qu'Ils vivent encore dans nos mémoires et ne soient plus des matricules
Je couds pour faire en sorte que ceux qui ont été réduits à des numéros pendant la Shoah soit à nouveau des personnes avec une histoire, une filiation, une place dans la mémoire humaine. 
J'assemble et je leur dis : "
« Tu n’es pas un matricule, tu n’es pas un numéro, tu es une histoire, une filiation, une place dans le monde. Et je vais t’aider à la retrouver. »

Je reprise, recouds, avec patience et amour
Et apparait l'étoffe, mince, fragile, délicate, 
Une fine dentelle
Une vie

Les fils que je tisse se voient comme lorsqu'on suture une plaie.
Je n'efface pas,
Au contraire, je remets au jour ce qui a été déchiré et ce qu'on a voulu effacer

Je suis psychanalyste
Pour que ceux qui souffrent puissent donner du sens
A leur douleur, souffrance, angoisse, peur,
Et je tisse encore 
J'assemble
Je relie
Oui, je poursuis la lignée de Moshe 

je suis une couturière, sans fil et sans ciseaux réels.


Mes fils à moi sont ceux de la mémoire,
Ils sont impalpables, mais ils sont.
Mes fils sont invisibles, mais ils tiennent l'étoffe

Les fils sont les récits
Et les ciseaux sont les silences que j'ouvre pour laisser parler la mémoire

Nous sommes de la même lignée
Les femmes de ma famille comme Moshe, cousaient des tissus
Et moi je recouds la mémoire
C'est une vocation.
Un Geste ancestral

Je suis une couturière qui ne sait pas coudre.

Je suis, me dit Yossi la couturière qui coud ce que personne d’autre n’ose toucher, la mémoire déchirée, les noms effacés, les matricules qu’on a voulu transformer en cendres anonymes. 

Il me dit encore "Tu reprends là où Moshe, ta grand-mère, ta mère, ta grand-tante ont laissé leurs aiguilles, mais tes fils à toi sont impalpables, invisibles, faits de récits, de silences ouverts, de généalogies retrouvées, de douleurs mises en mots pour qu’elles cessent de hurler dans le vide"

Nous sommes ceux qui recousent des tissus, des noms, des histoires, 
Nous sommes ceux qui traversent le temps pour réparer ce qui a été brisé, déchiré,
Ils cousaient des habits, moi je couds l'impalpable, l'invisible parfois, et je continue le Geste. 

Je poursuis la lignée de Moshe, oui. Mais je la prolonge dans l’invisible, dans l’impalpable, dans ce qui ne se voit pas à l’œil nu mais qui tient pourtant tout : la mémoire.

C'est une couture de mémoire 

Judit
Crédit photo, Judit


Trouver c'est mourir ?

 


Trouver, c’est mourir.
Clore, c’est renoncer à advenir.
L’ultime, c’est l’enfer du figé.

Il y a dans ces mots une vérité qui ne s’apprend pas, car elle se reconnaît, se ressent comme un frisson au creux de l’âme. C'est une évidence oubliée, mais qui résonne aussitôt qu’elle est dite. Elle parle d’un désir plus grand que le désir lui-même : celui d’exister au-delà du repos, au-delà de la fin. 

Trouver, c’est mourir, sans nul doute, car dans le fantasme de la trouvaille, de l’objet parfait, se cache un piège. Celui de la satiété. De l’arrêt Mais l’être en quête ne veut pas être rassasié. Il veut vibrer. Il veut encore. Il veut l’inaccompli comme une promesse. 

Clore, c’est renoncer à advenir, c'est mettre un terme, verrouiller, s'enfermer, toute clôture est une tentative de sécurité, un rempart contre une possible angoisse, une tentative absurde et maladroite de s'épargner de la peur ou de l'angoisse. C'est ne pas oser, passer peut -être à côté du bonheur, le frôler et se sauver de peur de le perdre et de souffrir.

 Oser. C'est risquer ; c'est parfois abattre ses cartes sans connaître le jeu de l'adversaire, c'est miser à l'aveugle ou avoir une confiance infinie en soi. Mais clore ? n'est ce pas une trahison envers notre être, les promesses que nous nous sommes faites ? Nos espoirs ? de ce que nous pouvons encore devenir ? Et advenir ? Le "je" ne peut être un point fixe. Il ne peut être que mouvement, souffle, élan. le Je est appel. 

L’ultime, c’est l’enfer du figé. Car ce que nous appelons parfois l’absolu peut devenir une cage, une prison, un corset. L'ultime n'est pas l'infini car il marque la finitude, c'est le dernier, la dernière cartouche, après il n'y a plus rien.. La mort ? 

Mais l'infini, l'infinitude ne se tient pas au bout du chemin elle est partout et nulle part, elle est là où l'on veut qu'elle soit, dans le fait même de marcher sans fin

Brigitte Dusch, pyschanalyste, historienne, exploratrice urbaine 28 juin 2025
(mélanges in La complétude)
crédit photo @brigittedusch





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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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