Texte écrit le mardi 4 novembre 2025 dans le cadre de ma réflexion sur l'exil
Où est ma maison ?
Où est chez moi ?
Elle est partout et nulle part.
Je suis de partout et de nulle part.
Mais je suis.
L’exil, je le porte.
Mais il me porte aussi.
Tel le vent, il m’emporte parfois très loin de la rive,
et me ramène au creux d’une vague,
sur le bord de cette même rivière.
Mais rien n’est identique.
Tout est changé, transformé, déformé.
C’est une nouvelle mise au monde à chaque fois —
et c’est bon.
J’apprends, et j’avance.
Je vais, je reviens.
Ce retour est un nouveau départ,
avec une valise allégée,
mais remplie d’un nouvel espoir.
Alors j’avance.
Encore un peu plus loin.
Et tant pis, tant mieux, si je reviens.
Je suis en exil depuis toujours,
sans maison — mais pas sans origine.
Je suis Judit bat Janina bat Magda,
bat Macha, bat Esther, bat Bella…
C’est la plus grande des richesses.
Merci Hashem.
Je suis en exil —
souvent perdue au milieu de nulle part,
dans des contrées parfois hostiles, loin de tout.
Mais il me suffit de Lui parler,
et de me recueillir.
Je suis reliée aux Miens.
À des milliers de kilomètres,
dans les endroits les plus improbables,
il me suffisait de croiser un regard,
d’entendre quelques bribes de nos prières,
le son des violons juifs,
ou cette musique mizrahi
qui me colle à la peau et au cœur…
Et l’exil vole en éclat.
C’est un arc-en-ciel lumineux
et prodigieux.
Baroukh Hashem.
Je suis une étincelle.
Une petite poussière d’étoile.
Une lettre de notre Torah
qui s’envole et tourbillonne.
Alors oui, je suis tout ça.
Je suis un fragment de cette merveille,
de ce Peuple — mon Peuple —
de ma foi.
Moi qui parle à D.,
et Lui demande de me guider
pour être la meilleure possible.
L’exil coule dans notre sang
depuis des millénaires.
Mais nous sommes vivants.
Et nous le serons encore,
et encore.
Nous venons de partout, de tous les coins du monde, chassés lorsqu'on ne nous tolère plus, jetés sans ménagements, nous fuyons vers des lieux plus cléments, avant de repartir
Mes tailleurs d'habits avec leur vie sauvaient leurs fils, leurs ciseaux et quelques bouts de tissus sont les frères de tous ceux qui sont partis parfois presque nus. Nous ne parlions peut-être pas la même langue, mais celle qui nous unissait et nous unit est celle de la prière.
Nous n'avons pas besoin de bagages pour y mettre notre foi en l'Eternel .
L'exil .
C'est notre tragédie, mais aussi notre force, notre identité, et je suis infiniment fière et reconnaissante de faire partie de ce Peuple
L’exil est notre maison,
L'exil est notre demeure.
Alors je ne marche pas seule,
Car il est à mes côtés, à chaque pas que je pose, à chaque souffle il est là, sa présence m’enveloppe et traverse mon être, mon infatigable compagnon, je le sens un peu comme la présence de shekina,
Brigitte Judit
Crédit photo @brigittedusch
