Psychanalye Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

mercredi 8 février 2012

L'absence présente

"Je pense souvent à maman, mais je ne sais plus très bien comment elle est"
Dit la petite fille..
"Je ne me rappelle plus sa voix, non plus, mais je l'aime maman"

L'absence !
Trop tôt !
Il est toujours trop tôt pour ceux qui restent
Pour ceux qui ont encore du chemin à faire
Seuls,
Du moins sans celui ou celle qui n'est plus
Qui n'est plus là.
Qui est parti, qui a hâté son départ peut-être....?
La mort emporte, enlève aussi tout projet, tout espoir, et tout futur, tout demain
La vie devient un calvaire, insupportable, insoutenable
Car justement ça ne tient plus !
Ca
C'est bancal, ça cloche, car quelqu'un manque, manque
L'équilibre vacille, l'édifice s'écroule !
Il manque
Ce quelqu'un qui faisait que ça tenait, du moins un peu
L'absence, la présence de l"absence, du moins celle là, celle qui est sans retour, car elle est, elle n'est que celle là, ou elle est celle là, cette absence là tue deux fois.
On ne peut s'y faire et plus rien ne sera comme avant. C'est justement parce qu'il y a un avant, que ça ne peut plus être pareil. Que ça sera autrement !
Peut-être, si c'est possible, si on veut, si on peut..
Car on veut toujours retourner en arrière, dans l'hier, faire comme si rien n'était advenu,
On veut continuer l'histoire....
Une histoire qui est finie.. Alors il faudra faire le deuil de cette histoire là, pour en recommencer une autre, essayer.. Tenter d'essayer ?
Se dire que peut-être on peut..
Qu'il faudra repartir, d'un ailleurs, d'un autre point, qu'il faudra prendre un autre départ, peut-être
Car quelque chose se sera arrêté, sera resté, là, définitivement.
On se demande alors, comme reprendre, là, à cet endroit même où la vie s'était arrêtée, là où il y avait un accroc, un raté, une absence qu'on ne pourra jamais combler.
Là où quoi qu'on fasse il y aura le vide, ce gouffre immense qui surgit d'un coup soudain et qui donne le vertige !
Un gouffre qui s'ouvre sur le vide infini...
Mais est-ce véritablement l'Infini, ce vaste continent obscur et sans limite ? Ce monde des Ténèbres d'où personne jamais n'est revenu ?
Le terme de l'ultime Quête ?
Infini ? Ou Chaos ?
Mais qu'est ce que cela change, puisqu'il faut rester, rester sans cet autre, dont les contours du visage, dont la voix se perd dans cet immensité, sans forme, sans fond...
S'estompe dans l'immensité, dans l'informe, dans les bruissements de l'inconnu.
Où plus rien ne raisonne.
Il ne reste que des souvenirs diffus, et confus, une confusion troublante et singulière. On ne se souvient plus très bien.
Mais de quoi ? Mais de qui ?
Ultime geste égoïste car on voudrait garder pour soi et pour soi seul, cette image là, cette image qu'on voudrait ne jamais voir disparaitre
Et pourtant tout se dissout, se fond dans cet obcsur et immense Infini. Un tout, indifférencié où tout et rien co-existent..
Ou rien et tout se rencontrent et se fondent....
Repartir alors ? Construire un pont ? Une passerelle entre cet avant et cet après à faire, à construire ?
Traverser ce vide ? Sans filet ? Se tenir sur le fil ténu tissant l'hier et le demain, pour essayer quand même malgré tout d'y installer une continuité, ravauder l'accroc ?
Retricoter un avenir, un demain, un futur.
Tâche ardue, complexe, terriblement douloureuse, car on ne trouvera jamais les fils de la même couleur pour retisser l'histoire. Les Parques ont fait leur oeuvre.
Pourtant il va falloir essayer..
Pouvons-nous alors nous inscrire dans cette discontinuité ?
Ou bien ?

Ceux que l'on aime partent toujours trop tôt, parfois même avant que l'on ait pu leur dire au revoir, parfois sans savoir à quel point ils nous étaient chers !
"Je ne lui ai pas dit je t'aime"
Combien sont partis sans avoir aimé, sans avoir raconté, sans avoir transmis ?
Celui et ceux qui restent n'en savent rien, ne savent rien ou presque de cette histoire là, d'une histoire qui n'est pas là leur, mais qui les touche quand même..
Ceux là, même qui sont partis ont emporté avec eux énigmes et secrets...Pour l'éternité !
Ils ne sont plus !
Partis, ils s'en sont allés.
Trop tôt ! On se demande alors pourquoi cette vie si brève ? Pourquoi ces quelques instants seulement ?
Ceux là laissent des traces, indicibles, insoupçonnables, ces pas que le vent ou la mer effacent mais qui restent gravés quelque part, au fond de nos mémoires.
Mémoire qui se livre elle aussi à un combat perdu presque à l'avance, celui de maintenir vif le défunt qui n'est plus que dépouille, corps sans vie, gisant, mais n'étant plus...
Il reste quoi alors ? La bougie qu'on allume le jour anniversaire, les photos qui jaunissent au fond d'un tiroir, clichés abandonnés des jours insouciants et heureux où jamais il ne serait venu de penser
Penser justement, mettre en acte la pensée c'est penser aussi sa finitude, mais la finitude de l'autre ? Intolérable, impensable car la mort relève de l'Impensé.
Il faut vivre et souffrir, souffrir pour vivre...Souffrir et mourir !
L'absence est venue tout soudain recouvrir de son ombre la vie du survivant, le plongeant dans les ténèbres d'une éternité sans fin...
Pour quoi ? Pour qui ?

2 commentaires:

Ney Giraldo a dit…

Très beau poème existentialiste et excellent Blog... très riche en information. Je travaille dans le domaine de la psychiatrie et de la philosophie... votre site est comble ma curiosité.

Ney

Je vous invite à visiter mon Blog et à me suivre s'il vous intéresse.

www.reflecritiques.com

castor a dit…

Merci, bien sûr, je vais me rendre sur votre blog, bien venue ici et merci d'avoir laissé trace :)
A bientôt "chez vous"
Brigitte

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Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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