Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
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dimanche 19 avril 2026

Brutalization, une tentative d'explication



La brutalization comme processus de déshumanisation et de désensibilisation ?

"La brutalization n'est pas une cause immédiate de barbarie, mais elle constitue un contexte où l'inhumain devient envisageable et plus facile à réaliser"
a brutalisation n’est pas une cause immédiate de barbarie, mais elle constitue un J'entends souvent ; "Comment en est-on arrivé là'

Comment l'homme civilisé, cultivé a t-il pu mettre en acte de tels crimes  ? à t-il pu se laisser à une telle violence, une déshumanisation telle que l'humanité de l'être a été à ce point niée ?
De réponses je n'ai pas.

Le processus de Brutalization peut-il nous éclairer ?

"La pulsion de mort qui s'oppose à celle de vie, cherche à réduire toute tension et à atteindre un état de stabilité dans la désintégration. Elle peut se manifester dans des actes de destruction où la jouissance provient du chaos et de la déchéance' Freud, 'Au delà du principe de plaisir" 1920


Zimmerman le voit comme un processus graduel, social et psychologique dans lequel la violence devient une norme acceptée, voire valorisée dans certains contextes et  qui se met en place selon différentes étapes. 


Tout d'abord une désensibilisation progressive où la répétition de la violence, la guerre, la violence institutionnelle conduisent à une perte de sensibilité morale, ainsi les actes de violence deviennent une partie intégrante de la vie quotidienne où de l'expérience collective. Puis elle ne s'applique plus à des individus mais à des catégories ou groupes considérés comme inférieurs ou dénués d'humanité. Il en résulte alors une perte, la différenciation entre le bien et le mal s'efface et la limite entre la civilité et la sauvagerie se brouille.

La Shoah représente à mon sens le franchissement de cette frontière tout comme le progrom du 7 septembre 2023.

La barbarie nait lorsque la brutalization collective mène à la mise à mort systématique des individus considérés comme dénués de leur humanité dans une logique de destruction totale. Dans ce contexte elle n'est donc pas seulement individuelle, mais devient un phénomène social et historique lié à l'idéologie, la propagande et aux mécanismes de groupe. La Shoah apparait comme une culmination où ces processus ont été systématisés et institutionnalisés atteignant un degré et une barbarie inouïe. 
Ainsi le concept de brutalization mis en évidence par Zimmermann prend tout son sens et peut nous  éclairer le passage progressif d'un état de guerre ou de violence ordinaire vers une barbarie extrême comme la Shoah et le 7 octobre. Il déshumanise, désensibilise et prépare psychologiquement et socialement à l'acceptation de crimes atroces. Elle pourrait ainsi être vue comme une forme ultime où la barbarie devient une logique institutionnelle.

Il importe cependant de souligner que ce n'est pas un processus inhérent ou inévitable à la guerre ou la violence, ainsi elle n'est pas à l'origine des Freikorps ou des groupes extrémistes suite à la Grande Guerre. Elle n'est pas non plus une cause directe de la barbarie, mais en est un facteur facilitant sa mise en oeuvre de ses actes atroces dans la Shoah et le 7 octobre.
Ainsi si elle n'est pas le seul facteur elle est sans nul doute une condition ou un contexte dans lequel la barbarie devient possible et plus facile à réaliser. 

Photographie et film, des actes performatifs ?

Les nazis ont utilisé la photographie et le cinéma pour documenter et aussi pour exposer leur barbarie. Ces images ne sont pas seulement des témoignages mais aussi une forme de mise en scène volontaire, la publication de celles ci permet de normaliser voire de glorifier la violence en transformant l'acte en un spectacle pour un public intérieur et extérieur.
Utiliser et publier prend une dimension symbolique dans le sens où l'auteur ou/et le bourreau trouve aussi une satisfaction liée à la transgression et à la domination totale  sur l'autre. Le tout s'inscrivant dans une logique de désinhibition et de désengagement moral où la visualisation et publication de la violence devient une manière de confirmer sa propre jouissance ou son identité dans un contexte de barbarie et de provocation.

La jouissance dans cette mise en scène ?

La transgression et la jouissance du déchainement.

"La seule façon de dépasser la limite est de s'y engager, de jouir de cette limite, de s'y ouvrir à l'inconnu. La jouissance peut résider dans la transgression même dans le fait de dépasser la norme."
Georges Bataille, "la part maudite" 1949.


La jouissance au sens freudien désigne une décharge pulsionnelle parfois liée à une transgression des interdits ou à une sublimation perverse. Les images de violence nazies peuvent également être vues comme une forme de désir de reconnaissance ou de test de puissance. L'auteur veut voir, montrer et partager sa victoire sur la vie et l'humanité. 
La mise en scène de la violence devient alors une performance de pouvoir où le bourreau tire une jouissance de la domination (à caractère sexuel également), à la destruction ou de la déshumanisation de l'autre.

Les réseaux sociaux : le montré à voir moderne.


Dans le contexte actuel la publication exponentielle des images ultra violente du 7 octobre sur les réseaux peut aussi témoigner de ce besoin de reconnaissance, de visibilité ou désir de provoquer. Certaines études psychanalytiques soulignent que cette mise en scène peut renforcer la sensation de maitrise ou de satisfaction, pulsionnelle chez son auteur qui peut éprouver une forme de jouissance comme s'il en était lui même acteur et spectateur
Ainsi comme l'a soutenu Pierre Legendre, la violence lorsqu'elle se systématise et se déploie à grande échelle entraine une déshumanisation progressive des victimes et des bourreaux. Elle inscrit l'humain dans un processus de réduction à un simple corps dépourvue de toute dimension morale ou subjective.

En tout état de cause, il convient de se demander si l'auteur de tels actes est entré un jour dans l'humanité ou est resté sur le seuil de celle ci .

Brigitte Judit 14 août 2025 18h19
Crédit photo @brigittedusch






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