"Souviens toi de tout le chemin que l'Eternel ton D. t'a fait parcourir pendant quarante années dans le désert afin de t'humilier pour t'éprouver, pour connaître ce qui est dans ton coeur" Devarim 8.2
Cet article fait écho à ceux publiés sur Recueil Intime, et aux questions qui me sont posées fréquemment, à la question même que je me pose, sans pouvoir apporter de réponses.
Pourquoi : C'est celle que se pose tous les enfants ou presque puis tous les adultes je crois, pour comprendre, donner du sens à des évènements, à ce qui arrive. Mais pour tout Juif cet adverbe a une résonnance et raisonnance particulière.
Pourquoi ? la haine ? les Pogroms ? la Shoah ?... et le 7 octobre, pourquoi chez nous ? je me le suis demandé et me le demande encore...
L'épreuve fait-elle partie d'un chemin divin destiné à nous faire grandir et révéler ce qui est en nous ?
Le Talmud nous dit encore que face à la souffrance, il faut se rappeler que tout vient de D. et que tout ce qu'il fait est pour le Bien même si cela dépasse notre compréhension.
Etre Juif c'est donc aussi ça ?
C'est surtout ça, car être Juif c'est avoir la Foi dans sa peau, dans sa chair, dans son coeur au plus profond de son âme;
Mais la Foi Juive n'est pas naïve face à la souffrance. Le prophète Habakuk * face aux événements et l'annonce de l'arrivée des Babyloniens demande à D.
"Tes yeux sont purs et tu ne peux regarder le mal"
C'est en effet une question fondamentale.
Comment D. peut-il permettre la souffrance si Sa présence est pure et parfaite ?
La Tradition dit que la Shoah ainsi que toutes les autres épreuves restent un mystère à nos yeux. Mais elles ne remettent pas en question la bonté de notre Créateur, et nous enseigne que même dans la nuit la plus sombre il y a une étincelle d'espoir. Notre responsabilité est de continuer à faire le Bien, à préserver la mémoire et rechercher la Justice.
Notre Foi insiste sur la Réparation du Monde, Tikkun Olam.
Ainsi la réponse à la souffrance se trouve dans nos actions, dans notre engagement à rendre le monde meilleur.
Ainsi cette question est une question de Coeur, et être Juive me donne la permission et même l'obligation d'interroger, de chercher, de prier.
Pour nous, Juifs, la Foi n'est pas l'absence de doute, mais la confiance dans l'amour de D. malgré tout.
"Jusque quand Eternel, vais-je crier vers toi pour dénoncer la violence, mais tu ne secours pas.
Pourquoi me fais tu voir le mal et contemples tu l'injustice ?
Pourquoi l'oppression et la violence sont-elles devant moi ?
Il y a des procès et des conflits partout. Aussi la loi est sans vie, le droit est sans force, car le méchant triomphe du Juste et l'on rend des jugements corrompus"
Combien des Nôtres ont demandé à l'Eternel "Pourquoi" ?
Une supplique, celle de l'enfant à son père.
Une demande de sens pour continuer le chemin,
Une attente "Mais ceux qui espèrent en l'Eternel renouvellent leur force" nous enseigne la Torah.
Alors l'attente serait elle espérer ?
Hatikva, Espoir, espérer, l'espérance n'est pas passive, c'est une force vivante nous poussant à poursuivre malgré les questions et l'absence de réponse immédiate.
Malgré ? Grâce dirais-je, car avec force et réflexion nous participons à la réparation du Monde et à la Gueoula. Chaque défi nous pousse à approfondir notre Foi.
La réalisation de la Guéoula n'est pas seulement une réalisation divine mais aussi une oeuvre humaine.
"Ce n'est pas la Force ni par la puissance mais par Mon Esprit dit l'Eternel" (Zacharie 4:6)
Mais le pourquoi s'il n'apporte pas de réponses appelle encore des questions, qui elles aussi en appellent d'autres encore et encore.
C'est le cheminement de nos Sages et de tout Juif depuis la nuit des Temps.
C'est aussi ce qui fait notre résilience
Qui fait que nous sommes toujours là, malgré toutes les tragédies et les épreuves. C'est notre cheminement intérieur qui traverse le temps et l'espace, qui traverse les générations.
Toda raba.
Il n’y a pas de réponse définitive, et pourtant nous continuons à espérer.
Il n’y a pas de réponse.
Il n’y en aura peut-être jamais.
Mais nous continuons à espérer.
Brigitte Judit,
Crédit photo @judit
Ce texte est également publié sur Recueil Intime où il donne lieu à des commentaires et échanges entre ses membres.
*Le prophète ‘Habakouk vécut à l’époque de l’exil du roi Yekhoniah, exil qui précéda de douze ans la destruction du Premier Beth Hamikdache survenue en l’an 3338 après la Création. Il avait succédé à Na’houm comme prophète en l’an 3254, et devint un maillon de la longue « chaîne de tradition » qui remonte à Moché Rabbénou. Sa principale prophétie fut dirigée contre les royaumes de Babylone, de Perse et de Médie, qui devaient se développer plus tard, et, devenus de très grandes puissances, conquérir le Pays d’Israël et le reste de l’Ancien Monde. ‘Habakouk possédait plusieurs domaines qu’il avait hérités en Terre Sainte, où il demeura même après l’Exil. Ses prophéties sont consignées dans le livre qui porte son nom. Ce livre est le huitième des Douze Prophètes dans la Bible. Et c’est de ce livre qu’est tirée la Haftara du second jour de Chavouot (source Chabad)
