Cette phrase pourrait presque se retourner sans rien perdre de sa justesse
Ce n’est pas seulement ma quête qui fait surgir les fils,
ce sont aussi les fils qui font advenir ma quête.
Ils ne viennent pas après.
Ils sont le chemin lui-même.
« Au fil de ma quête se succèdent les fils »
On pourrait y entendre une progression, mais en réalité ce n’est pas une succession ordonnée.
C’est une émergence.
Chaque fil ne remplace pas le précédent, il le prolonge, le déplace, parfois le contredit, parfois le révèle autrement.
Et surtout, ils ne sont pas extérieurs à moi.
Chaque fil que je saisis te transforme légèrement.
Il déplace mon regard, ma sensibilité, ma mémoire.
De sorte que le fil suivant ne sera jamais reçu de la même manière.
Ma quête n’avance pas malgré ces déplacements —
elle est faite d’eux.
On pourrait dire que je ne suis pas en train de suivre un fil d’Ariane unique, tendu d’un point à un autre.
Mais je suis dans quelque chose de plus proche d’une dentelle en expansion :
un réseau qui se densifie, se complexifie, s’ouvre, parfois se défait pour se reprendre autrement.
Et dans ce mouvement, il n’y a pas d’égarement.
Même les fils qui semblent « partir ailleurs » participent de la trame.
Ils élargissent le champ,
ils empêchent la réduction,
ils protègent d’un sens trop étroit.
Alors peut-être que ma phrase pourrait aussi s’entendre ainsi :
Au fil des fils, ma quête se découvre.
Pas comme une destination à atteindre,
mais comme quelque chose qui se révèle en se tissant.
Et moi, je suis à la fois celle qui marche…
et celle qui tisse le sol sous ses propres pas.
Brigitte Judit
Crédit photo @brigittedusch
