Déchirer le voile, la trame qui voile, le voile qui trame et qui se trame, qui tisse, tricote la camisole, la chemise qui masque, qui cache
Déchirer pour mettre à jour, pour mettre à nu, enfin l'histoire
Déchirer le livre, le cahier, la photo
Déchirer pour se raccommoder, se réparer, retisser, réecrire...
Déchirer !
Pour quoi, pourquoi ? Faire ? Etre ?
Un voile qui se tire, un rideau qui se lève, qui s'étire et qui se tire
Qui tend et s'étend vers un ciel flamboyant
Un ciel qui embrase l'avenir tant il a obscurci le présent...
Tordre le cou d'un seul coup a ce passé qui glace, qui bloque, à ces nuages chappes de plomb qui plombent et cadenasse toute possibilité d'avancer, de faire un pas, pas même à demi
Alors que reste t-il ? Rester bloquer ? Emprisonné dans la forteresse pleine d'angoisses, de peur et de fantasmes
Car quand on ne sait pas on s'imagine le pire, jamais le meilleur
On imagine, reprsente l'hydre rampante, parques vieillissantes reprisant et coupant le fil de la vie pour en finir une fois pour toute. Mais quand ?
On regarde peut-être, assister impuissant au spectacle de sa décadence, ballet infecte et danse infâme qui mène à la mort ou à la dissidence.
Quelle différence ?
Ou bien, on déchire ce voile, on dénude le fil tenu qui ne tient qu'à un fil, fil de fer et brin d'acier, qui ne se rompt pas à la première déchirure, qui résiste car tout s'écroule
Mais résistance et résister ne sert plus à rien car la souffrance et là, s'autorise d'elle même à torturer, empêcher!
Peut-être alors est-il temps de déchirer, déchirer toute cette mascarade, laisser tomber le masque de la bienséance qui ne sied plus, qui s'éffrite car elle ne tient plus, pas même lieu de l'imposture car mal postée, de guingois, de travers
Plus rien ne tient, ni droit ni debout !
C'est comme un voile, un rideau qui se déchire, écrivait-elle déjà il y a plus de 300 ans, et elle vit apparaitre le ciel plus clair, l'air plus léger, la vie peut-être ?
ADB duchesse de L...
Et à tous mes analysants qui franchissent le pas, et s'aventurent par là ...
L'Etre humain est unique, chaque rencontre est unique, c'est un éternel recommencement, une aventure nouvelle à chaque fois
Psychanalyse Aujourd'hui
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne
Accompagner le désir d'être Soi
"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir
Mon livre : "j'aime ma vie"
lundi 6 mai 2013
vendredi 26 avril 2013
Ecrire
Ecrire, écriture... Elle est au centre de ma pratique professionnelle, depuis de nombreuses années, presque depuis toujours... Ecrire, lire cet écrire.
Ecrire c'est dire, c'est vivre, c'est être et c'est faire
C'est prendre la distance, le recul de l'événement, de l'histoire, de l'action.
Ecrire, mettre, poser, déposer les mots, c'est offrir, c'est donner, c'est se débarrasser, c'est laisser, abandonner, se délester, se rendre plus léger..
C'est tout ça et ce n'est pas encore tout à fait ça.
Distance et recul, la parole laisse, casse, crée la rupture..
L'écriture laisse la trace, le passage, la cicatrice pour mieux peut-être dire, puis partir, car il restera témoignage du dit.
Dédit, se dédit et dédie cette écriture à soi, ou à l'autre, l'adresse, destinataire connu ou inconnu, étrange ou étranger, les mots sont lancés, c'est un coup de dés, parfois comme une bouteille à la mer, donner, faire croire, s'illusionner de l'insolitude, pour ne pas se perdre, se perdre dans les maux, se perdre alors dans les mots !
Peut-être ?
Aventure singulière que de coucher sur le papier, taper sur le clavier ces/ses mots qui s'inscrivent sur la page ou l'écran blanc.
Qui le déchirent, le recouvrent, l'imprègnent de la saveur, de l'odeur, du parfum de cette solitude, de ce désir du partage ?
Cri, SOS, j'é cris, le cri qui tue, tu ne l'entends pas, et tu le tues !
Cri encore, inscrit et décrit les maux par les mots qui se mettent ensemble alors que plus rien ne s'assemble, puzzle détruit, champ de ruines déconstruit encore ! Ravagé ! Ravages.
L'écrit
C'est tout ça et ce n'est pas ça, vraiment, parfois, peut-être ? L'écrit qu'on laisse derrière soi, avant de partir, pour peut-être ne pas revenir.
Partir sans laisser d'adresse, ni à l'un ni à soi, ni à l'autre...
Partir sans rien dire........
Dernières volontés, reconnaissances, explications, je te dis, je dédis ce message à ceux qui resteront peut-être pour ne pas qu'ils oublient ?
Qu'ils gardent peut-être dans les replis de la mémoire l'écrit chiffonné car il n'ont pas su entendre les cris.
Cris du vivant, écrit du survivant qui veut graver les mots et transmettre ses maux.
Ecriture, écris-tu ?
Ecris vain ?
C'est aussi sûrement le laisser passer cet ausweiss de l'au delà qui transcende les mots dits car ceux là ne sont pas assez forts pour marteler la pensée ?
Ce billet qu'on glisse au gardien des Enfers ?
"Je te glisse ce billet sur lequel je crie mes maux, car les mots que j'aurai pu te dire ne veulent pas sortir".
"Comme ça quand tu seras partie, tu me liras et tu penseras à moi, en lisant tout ça"
"C'est tellement dur et sale à dire, que de l'écrire je ne crie pas pour rien"
"Ecris, écris moi de temps en temps, moi je te donne ces mots, mais tu n'es pas obligée......."
A Dora.
Ecrire c'est dire, c'est vivre, c'est être et c'est faire
C'est prendre la distance, le recul de l'événement, de l'histoire, de l'action.
Ecrire, mettre, poser, déposer les mots, c'est offrir, c'est donner, c'est se débarrasser, c'est laisser, abandonner, se délester, se rendre plus léger..
C'est tout ça et ce n'est pas encore tout à fait ça.
Distance et recul, la parole laisse, casse, crée la rupture..
L'écriture laisse la trace, le passage, la cicatrice pour mieux peut-être dire, puis partir, car il restera témoignage du dit.
Dédit, se dédit et dédie cette écriture à soi, ou à l'autre, l'adresse, destinataire connu ou inconnu, étrange ou étranger, les mots sont lancés, c'est un coup de dés, parfois comme une bouteille à la mer, donner, faire croire, s'illusionner de l'insolitude, pour ne pas se perdre, se perdre dans les maux, se perdre alors dans les mots !
Peut-être ?
Aventure singulière que de coucher sur le papier, taper sur le clavier ces/ses mots qui s'inscrivent sur la page ou l'écran blanc.
Qui le déchirent, le recouvrent, l'imprègnent de la saveur, de l'odeur, du parfum de cette solitude, de ce désir du partage ?
Cri, SOS, j'é cris, le cri qui tue, tu ne l'entends pas, et tu le tues !
Cri encore, inscrit et décrit les maux par les mots qui se mettent ensemble alors que plus rien ne s'assemble, puzzle détruit, champ de ruines déconstruit encore ! Ravagé ! Ravages.
L'écrit
C'est tout ça et ce n'est pas ça, vraiment, parfois, peut-être ? L'écrit qu'on laisse derrière soi, avant de partir, pour peut-être ne pas revenir.
Partir sans laisser d'adresse, ni à l'un ni à soi, ni à l'autre...
Partir sans rien dire........
Dernières volontés, reconnaissances, explications, je te dis, je dédis ce message à ceux qui resteront peut-être pour ne pas qu'ils oublient ?
Qu'ils gardent peut-être dans les replis de la mémoire l'écrit chiffonné car il n'ont pas su entendre les cris.
Cris du vivant, écrit du survivant qui veut graver les mots et transmettre ses maux.
Ecriture, écris-tu ?
Ecris vain ?
C'est aussi sûrement le laisser passer cet ausweiss de l'au delà qui transcende les mots dits car ceux là ne sont pas assez forts pour marteler la pensée ?
Ce billet qu'on glisse au gardien des Enfers ?
"Je te glisse ce billet sur lequel je crie mes maux, car les mots que j'aurai pu te dire ne veulent pas sortir".
"Comme ça quand tu seras partie, tu me liras et tu penseras à moi, en lisant tout ça"
"C'est tellement dur et sale à dire, que de l'écrire je ne crie pas pour rien"
"Ecris, écris moi de temps en temps, moi je te donne ces mots, mais tu n'es pas obligée......."
A Dora.
lundi 22 avril 2013
Vieillir
Vieillir ?
Ne pas vieillir surtout, comment masquer les marques de ce vieillissement terrible ?
Tout le monde s'y met, surtout à l'approche des beaux jours. Se montrer sous son meilleur jour. Montrer à voir un visage lisse, un corps svelte, une allure sans reproche
Un peu comme le bonheur !
Beaux, jeunes, bronzés et heureux
Les injonctions incontournables
Pourtant, vieillir c'est comme mourir, nous n'y pouvons rien
Alors bien sûr nous pouvons faire un effort, s'entretenir, faire de l'exercice, marcher, nager, garder un esprit sain dans un corps sain
Que le vieux ou la vieille soit acceptable, présentable
Beau et belle à voir !
Quand même !
Vieillir....
Vieillir sinon serait une insulte, une violence faite à cette société de jeunisme poussé à l'extrême, ou le vieux est encombrant, objet délabré dont il faut se débarrasser au plus vite, remisé dans les maisons de retraites perdues au fond des campagnes, loin de la cité, mais affichant des tarifs indécents.
Car vieillir a un prix, il faut avoir les moyens d'entretenir cette fin de vie, cette vieillerie qui non seulement dépouille le sujet de sa jeunesse, de sa beauté, de sa santé, mais aussi de ses économies : s'il en a.
Il y a quelques jours une de mes amies parlaient de la vieillesse, elle illustrait son message avec les propos de Marie de Henezel, qui proposait une certaine vision de la vieillesse, cette douceur peut-être de la vie vécue, l'assurance de l'expérience, la sagesse...!
Une vision idéaliste, irréelle de la vieillesse, souvent!
Une vieillesse comme la vie, réussie...
Mais l'épreuve du réel me semble tout autre, la rencontre avec le devenir vieux n'a rien d'idéal, de sublime, de magnifique, de magique, ni de serein
Du moins pas toujours, pas pour tout le monde ! Hélas
Ce qui est montré à voir de la vieillesse, antichambre de la mort n'a rien de magnifique.
Vieillir est un naufrage, inéluctable fin du voyage, sans aucune chance de retour en arrière
Tout comme la mort, nous le savons, mais n'y pouvons rien, rien n'efface les marques du temps, les ravages des ans.
Si certains vieux résistent à l'épreuve du temps, du chômage, de la maladie, de la souffrance, ils occupent alors un espace qui n'est plus fait pour eux !
Quelle place alors pour ces vieux, ces séniors, comme on dit pour ne pas choquer.. Comme les non voyants, mal entendants... On n'ose plus poser les véritables mots. Dire !
Comme on n'ose plus regarder le visage que le miroir renvoie ! Celui de l'âge, du temps qui passe !
Vieillir devient l'obsession de ne pas vieillir à tous prix, malgré tout.
C'est le début d'une lutte, d'un combat contre les rides, les kilos superflux... Ce qui est montré à voir, puis vient ce qui ne se voit pas, du moins tout de suite, la mémoire qui flanche, les mots qui passent et se perdent dans les oubliettes ! les gestes moins sûrs, les pas difficiles... Comme si avancer ne pouvait plus se faire qu'à reculons.
Avancer... Oui, mais pourquoi ?
Ne pas vieillir surtout, comment masquer les marques de ce vieillissement terrible ?
Tout le monde s'y met, surtout à l'approche des beaux jours. Se montrer sous son meilleur jour. Montrer à voir un visage lisse, un corps svelte, une allure sans reproche
Un peu comme le bonheur !
Beaux, jeunes, bronzés et heureux
Les injonctions incontournables
Pourtant, vieillir c'est comme mourir, nous n'y pouvons rien
Alors bien sûr nous pouvons faire un effort, s'entretenir, faire de l'exercice, marcher, nager, garder un esprit sain dans un corps sain
Que le vieux ou la vieille soit acceptable, présentable
Beau et belle à voir !
Quand même !
Vieillir....
Vieillir sinon serait une insulte, une violence faite à cette société de jeunisme poussé à l'extrême, ou le vieux est encombrant, objet délabré dont il faut se débarrasser au plus vite, remisé dans les maisons de retraites perdues au fond des campagnes, loin de la cité, mais affichant des tarifs indécents.
Car vieillir a un prix, il faut avoir les moyens d'entretenir cette fin de vie, cette vieillerie qui non seulement dépouille le sujet de sa jeunesse, de sa beauté, de sa santé, mais aussi de ses économies : s'il en a.
Il y a quelques jours une de mes amies parlaient de la vieillesse, elle illustrait son message avec les propos de Marie de Henezel, qui proposait une certaine vision de la vieillesse, cette douceur peut-être de la vie vécue, l'assurance de l'expérience, la sagesse...!
Une vision idéaliste, irréelle de la vieillesse, souvent!
Une vieillesse comme la vie, réussie...
Mais l'épreuve du réel me semble tout autre, la rencontre avec le devenir vieux n'a rien d'idéal, de sublime, de magnifique, de magique, ni de serein
Du moins pas toujours, pas pour tout le monde ! Hélas
Ce qui est montré à voir de la vieillesse, antichambre de la mort n'a rien de magnifique.
Vieillir est un naufrage, inéluctable fin du voyage, sans aucune chance de retour en arrière
Tout comme la mort, nous le savons, mais n'y pouvons rien, rien n'efface les marques du temps, les ravages des ans.
Si certains vieux résistent à l'épreuve du temps, du chômage, de la maladie, de la souffrance, ils occupent alors un espace qui n'est plus fait pour eux !
Quelle place alors pour ces vieux, ces séniors, comme on dit pour ne pas choquer.. Comme les non voyants, mal entendants... On n'ose plus poser les véritables mots. Dire !
Comme on n'ose plus regarder le visage que le miroir renvoie ! Celui de l'âge, du temps qui passe !
Vieillir devient l'obsession de ne pas vieillir à tous prix, malgré tout.
C'est le début d'une lutte, d'un combat contre les rides, les kilos superflux... Ce qui est montré à voir, puis vient ce qui ne se voit pas, du moins tout de suite, la mémoire qui flanche, les mots qui passent et se perdent dans les oubliettes ! les gestes moins sûrs, les pas difficiles... Comme si avancer ne pouvait plus se faire qu'à reculons.
Avancer... Oui, mais pourquoi ?
mardi 16 avril 2013
L'impuissance thérapeutique 1
Corps et esprit ; accepter l'impuissance thérapeutique 1
C'est en ce sens, être appelé pour pallier cette impuissance, ce manque. L'appel au tiers, quand la tâche pour le soignant devient impossible, qu'il n'y a pas ou plus grand-chose à faire pour le patient et qu'on ne sait pas trop comment lui dire, le dire à ses proches. Il m'est arrivé d'assister à des scènes surréalistes, où le médecin expliquait à la femme d'un patient à grand renfort de schémas et de termes techniques l'évolution du cancer de son mari. Elle n'avait pour seule réponse "mais je ne peux pas, j'ai rendez-vous chez le dentiste..." Qu'elle répétait inlassablement ! Défense, déni, identification projective.
Accompagner, être là, ce qui est demandé à ce tiers qui est le clinicien ou/et le psychanalyste. Celui à qui on adresse car le soignant, le médecin n'a ni le temps ni les mots, ne peut, ne veut ou ne sait s'embarrasser de ce discours qui le bouscule, qui peut le renverser, le bouleverser. Il préfère souvent se cacher derrière le masque, celui de la dureté, de l'indifférence... Ne pas voir, ne pas écouter, ne pas se laisser aller à l'ouvert.
Fermé, fermer la porte, fermer les sens, ne pas donner de sens aux SOS aux mots, au désespoir.
Etre à l'écoute, du présent, mais aussi du passé et de l'avenir aussi terrifiant soit-il ! Peut-être ! Souvent.
Au lit du malade, tout près, très près, dans cet espace intime où le cabinet et le divan du psychanalyste sembleraient peut-être une injure ?
Mots chuchotés, saccadés, ponctués de larmes et de sanglots ! des questions n'appelant aucune réponse "pourquoi moi ? pourquoi maintenant ?"
Entendre l'ultime injustice, le combat qu'on sait le patient et moi perdu d'avance.. Mais pas toujours, car que sait-on vraiment ! Mais ........
Parfois on joue, on joue à se le cacher, tout en sachant que l'autre sait qu'on sait. Puis le masque (encore) tombe !
Nous nous retrouvons alors devant la nudité triviale et sordide de la vérité, celle qu'on ne veut entendre qu'on s'efforce de travestir, toujours !
C'est aussi être là lors de cette annonce là, celle de la maladie incurable, de ce mots meurtriers, assassins, meurtres presque parfaits !
Diagnostic fatal, qui ne laisse que l'issue d'un temps toujours trop court, d'un temps pas suffisant pour faire, être, avoir, devenir.. Il faut déjà se préparer à partir !
Rester encore dans le monde des vivants, mais un pas seulement, l'autre déjà dans celui de la souffrance et de la mort. Vivre ?
Entendre alors la colère, la douleur, la violence, les mots crus et durs à propos d'un corps qui trahit, entendre le découragement, le non espoir, la peur, la terreur.
Entendre le désir de mort, d'en finir au plus vite, une mort qui soulage, qui met fin à tout ça enfin !
Entendre, mais aussi et surtout écouter... Accompagner, disent les soignants, un mot qui mérite qu'on s'y arrête, si je puis dire, faire quelques pas, un bout de chemin avec... Et puis ?
Seul le patient ira au bout de ce chemin pavé de misère, de souffrance, de douleur et de solitude. Seul il franchira le pas, ira de l'autre côté.
Seul ! C'est sûrement cette solitude là qui est terrible, terrifiante pour celui qui reste, qui fait ces quelques pas, qui tient la main mais qui ne peut rien faire d'autre !
Impuissance...........
C'est en ce sens, être appelé pour pallier cette impuissance, ce manque. L'appel au tiers, quand la tâche pour le soignant devient impossible, qu'il n'y a pas ou plus grand-chose à faire pour le patient et qu'on ne sait pas trop comment lui dire, le dire à ses proches. Il m'est arrivé d'assister à des scènes surréalistes, où le médecin expliquait à la femme d'un patient à grand renfort de schémas et de termes techniques l'évolution du cancer de son mari. Elle n'avait pour seule réponse "mais je ne peux pas, j'ai rendez-vous chez le dentiste..." Qu'elle répétait inlassablement ! Défense, déni, identification projective.
Accompagner, être là, ce qui est demandé à ce tiers qui est le clinicien ou/et le psychanalyste. Celui à qui on adresse car le soignant, le médecin n'a ni le temps ni les mots, ne peut, ne veut ou ne sait s'embarrasser de ce discours qui le bouscule, qui peut le renverser, le bouleverser. Il préfère souvent se cacher derrière le masque, celui de la dureté, de l'indifférence... Ne pas voir, ne pas écouter, ne pas se laisser aller à l'ouvert.
Fermé, fermer la porte, fermer les sens, ne pas donner de sens aux SOS aux mots, au désespoir.
Etre à l'écoute, du présent, mais aussi du passé et de l'avenir aussi terrifiant soit-il ! Peut-être ! Souvent.
Au lit du malade, tout près, très près, dans cet espace intime où le cabinet et le divan du psychanalyste sembleraient peut-être une injure ?
Mots chuchotés, saccadés, ponctués de larmes et de sanglots ! des questions n'appelant aucune réponse "pourquoi moi ? pourquoi maintenant ?"
Entendre l'ultime injustice, le combat qu'on sait le patient et moi perdu d'avance.. Mais pas toujours, car que sait-on vraiment ! Mais ........
Parfois on joue, on joue à se le cacher, tout en sachant que l'autre sait qu'on sait. Puis le masque (encore) tombe !
Nous nous retrouvons alors devant la nudité triviale et sordide de la vérité, celle qu'on ne veut entendre qu'on s'efforce de travestir, toujours !
C'est aussi être là lors de cette annonce là, celle de la maladie incurable, de ce mots meurtriers, assassins, meurtres presque parfaits !
Diagnostic fatal, qui ne laisse que l'issue d'un temps toujours trop court, d'un temps pas suffisant pour faire, être, avoir, devenir.. Il faut déjà se préparer à partir !
Rester encore dans le monde des vivants, mais un pas seulement, l'autre déjà dans celui de la souffrance et de la mort. Vivre ?
Entendre alors la colère, la douleur, la violence, les mots crus et durs à propos d'un corps qui trahit, entendre le découragement, le non espoir, la peur, la terreur.
Entendre le désir de mort, d'en finir au plus vite, une mort qui soulage, qui met fin à tout ça enfin !
Entendre, mais aussi et surtout écouter... Accompagner, disent les soignants, un mot qui mérite qu'on s'y arrête, si je puis dire, faire quelques pas, un bout de chemin avec... Et puis ?
Seul le patient ira au bout de ce chemin pavé de misère, de souffrance, de douleur et de solitude. Seul il franchira le pas, ira de l'autre côté.
Seul ! C'est sûrement cette solitude là qui est terrible, terrifiante pour celui qui reste, qui fait ces quelques pas, qui tient la main mais qui ne peut rien faire d'autre !
Impuissance...........
mercredi 3 avril 2013
Le mal dit
Mon dernier article a suscité des commentaires sur certains réseaux
sociaux et c'est tant mieux ! Je ne peux y répondre en 140 signes cela
me semble un exercice un peu difficile, alors je vais tenter en quelques
lignes quand même, d'apporter quelques éléments, non de réponse, mais
peut-être de réflexions prolongeant les interrogations.
En effet l'annonce d'un diagnostic se révèle toujours une épreuve, parfois un soulagement : Enfin un mot pour mettre sur tous ces maux. Une explication qui rassure car "je ne suis pas fou"..
Comprendre, faire des liens, associer. Savoir, car il faut bien quand même savoir !
C'est de soi, de sa peau dont il est question...
C'est essentiel, mais ça ne suffit pas, car il faut à présent faire avec, avec ce mot, inconnu, absent de la pensée il y a quelques instants.
Ce mot qui bouleverse, qui transforme et qui tue parfois ! Aussi !
Tumeur... Tu meurs !
Injonction infernale !
Un seul mot qui suffit non seulement à envahir l'être mais à le bousculer, le renverser, le déséquilibrer, car après une telle annonce, plus rien ne pourra désormais être comme avant.
Tous les cliniciens ont décrits les différentes étapes, de cet accueil singulier et extra ordinaire qu'est celui de la maladie, des émotions, états d'âme, ce que je nomme une "crise"
Car c'est bien de crise qu'il s'agit, une crise qui se constitue dans le quotidien du sujet qui se sachant mal, se sait à présent malade !
Un pas est donc franchi... Brusquement, parfois ! Mais ce pas ne donne pas forcément accès au pire, même si c'est ce pire qui arrive aussi brutalement à l'esprit.
Comme je l'ai écrit, cancer, malgré toutes les avancées de la médecine signifie encore dans bien des esprits (grand public mais aussi médecins hélas) une condamnation à une mort certaine, lente, douloureuse, pénible.. Un parcours du combattant, au mieux, car le soldat s'il combat, ne se rend pas forcément sans avoir épuisé ses ressources ni tiré sa dernière cartouche !
Et c'est là que se situe la différence, je crois.
Nul n'est forcé de se rendre... D'obéir à l'injonction qu'est cette condamnation mal nommée encore, mais pire sous entendue
Etre positif n'est pas possible m'écrit-on ! J'en conviens c'est difficile, voire impossible ! Comment être positif en sachant que le couperet peut tomber ! Va tomber, penser ça à chaque instant... Mais nul besoin d'être malade pour mourir ! Et qui sait quand ? Comme me disait un patient "voilà, je sais que la mort est au bout, mais je n'ai rien appris de nouveau, car ça je le savais déjà.. "
C'est peut-être ça le plus difficile, être brutalement confronté à sa propre mort, sa propre finitude, qui est le lot de chacun, mais comme l'écrit Freud, l'inconscient ne connait ni le temps ni la mort, et l'homme se pense immortel ! Alors l'annonce fait figure de rappel, nous place face à l'épreuve du Réel qui est sans appel !
L'homme est mortel ! La mort, sa mort impensée et impensable... Comment faire avec ça ?
Pourquoi penser la mort alors qu'on est en vie ? Pourquoi ne pas se penser en vie, avoir cette envie... ?
Etre positif semble en effet bien dérisoire face à ce danger, face à cette menace, brandir cette étincelle d'espoir, cette injonction aussi peut-être indécente, ridicule et grotesque, pourtant ! Conserver une lueur d'espérance ne peut qu'aider, soutenir le désir.
Se battre ! Souvent le langage guerrier est de mise, une lutte s'engage entre soi et l'intrus, celui qui squatte le corps, pour en déposséder le sujet, faire son lit, son nid dans ce lieu pour mieux y déployer la mort ! Trahison, le corps lâche, accueille cet ennemi, collabore et ne résiste pas ! Engager un dialogue, faire des compromis ? Mais lesquels ? L'un veut la peau de l'autre ! L'un l'aura, l'autre pas !
Une sorte d'histoire dont certains affirment connaître la fin, une histoire qu'il convient pourtant d'écrire, en laissant chacun d'y inscrire sa fin, comme il la souhaite, comme il le désire.
Car qui connait la fin ? Qui sait quand l'histoire s'arrête ? Qui peut décider de ça et dire ça ?
Résister n'est pas seulement se battre les armes à la main, il y a les combattants de l'ombre eux aussi, tout aussi efficaces.. Ceux qui usent d'autres armes, d'autres outils, car tout est bon dans ce combat là, dans cet affrontement là. On fait feu de tout bois car c'est de sa peau qu'il s'agit, et qui mieux que soi peut savoir comment la sauver.. ? Laisser à l'autre, celui soit disant supposé tout savoir décider que ceci ou cela doit se faire, doit être... ? Lui laisser, lui donner se pouvoir là ? Démissionner alors de sa propre vie et en confier les rennes à un parfait inconnu qui hormis le nom de votre maladie ne sait rien ou si peu de vous ?
Que faire : Résister, combattre, se battre avec, apprivoiser l'intrus, s'en faire un ami, comprendre ce qu'il fait là, pourquoi soi, se laisser aller, laisser faire, attendre, avoir mal, culpabiliser, se fâcher, être en colère, démissionner, se taire... ?
Oui que faire ? Ce faire là est tout aussi singulier car qui va dire quoi faire ? Qui sait mieux ce qu'il faut faire, ce faut qui est la faux qui se profile au loin pour rappeler que le jour approche, ce dernier instant tant redouté mais qui disent certains malades viendra enfin mettre un terme à tout ça ?
Espoir ! Lequel ? Qui donne, transmet cet essentiel, fondamental sans lequel toute vie n'est pas possible, cet espoir là qui permet de vivre avec, d'être soi, simplement soi...
En effet l'annonce d'un diagnostic se révèle toujours une épreuve, parfois un soulagement : Enfin un mot pour mettre sur tous ces maux. Une explication qui rassure car "je ne suis pas fou"..
Comprendre, faire des liens, associer. Savoir, car il faut bien quand même savoir !
C'est de soi, de sa peau dont il est question...
C'est essentiel, mais ça ne suffit pas, car il faut à présent faire avec, avec ce mot, inconnu, absent de la pensée il y a quelques instants.
Ce mot qui bouleverse, qui transforme et qui tue parfois ! Aussi !
Tumeur... Tu meurs !
Injonction infernale !
Un seul mot qui suffit non seulement à envahir l'être mais à le bousculer, le renverser, le déséquilibrer, car après une telle annonce, plus rien ne pourra désormais être comme avant.
Tous les cliniciens ont décrits les différentes étapes, de cet accueil singulier et extra ordinaire qu'est celui de la maladie, des émotions, états d'âme, ce que je nomme une "crise"
Car c'est bien de crise qu'il s'agit, une crise qui se constitue dans le quotidien du sujet qui se sachant mal, se sait à présent malade !
Un pas est donc franchi... Brusquement, parfois ! Mais ce pas ne donne pas forcément accès au pire, même si c'est ce pire qui arrive aussi brutalement à l'esprit.
Comme je l'ai écrit, cancer, malgré toutes les avancées de la médecine signifie encore dans bien des esprits (grand public mais aussi médecins hélas) une condamnation à une mort certaine, lente, douloureuse, pénible.. Un parcours du combattant, au mieux, car le soldat s'il combat, ne se rend pas forcément sans avoir épuisé ses ressources ni tiré sa dernière cartouche !
Et c'est là que se situe la différence, je crois.
Nul n'est forcé de se rendre... D'obéir à l'injonction qu'est cette condamnation mal nommée encore, mais pire sous entendue
Etre positif n'est pas possible m'écrit-on ! J'en conviens c'est difficile, voire impossible ! Comment être positif en sachant que le couperet peut tomber ! Va tomber, penser ça à chaque instant... Mais nul besoin d'être malade pour mourir ! Et qui sait quand ? Comme me disait un patient "voilà, je sais que la mort est au bout, mais je n'ai rien appris de nouveau, car ça je le savais déjà.. "
C'est peut-être ça le plus difficile, être brutalement confronté à sa propre mort, sa propre finitude, qui est le lot de chacun, mais comme l'écrit Freud, l'inconscient ne connait ni le temps ni la mort, et l'homme se pense immortel ! Alors l'annonce fait figure de rappel, nous place face à l'épreuve du Réel qui est sans appel !
L'homme est mortel ! La mort, sa mort impensée et impensable... Comment faire avec ça ?
Pourquoi penser la mort alors qu'on est en vie ? Pourquoi ne pas se penser en vie, avoir cette envie... ?
Etre positif semble en effet bien dérisoire face à ce danger, face à cette menace, brandir cette étincelle d'espoir, cette injonction aussi peut-être indécente, ridicule et grotesque, pourtant ! Conserver une lueur d'espérance ne peut qu'aider, soutenir le désir.
Se battre ! Souvent le langage guerrier est de mise, une lutte s'engage entre soi et l'intrus, celui qui squatte le corps, pour en déposséder le sujet, faire son lit, son nid dans ce lieu pour mieux y déployer la mort ! Trahison, le corps lâche, accueille cet ennemi, collabore et ne résiste pas ! Engager un dialogue, faire des compromis ? Mais lesquels ? L'un veut la peau de l'autre ! L'un l'aura, l'autre pas !
Une sorte d'histoire dont certains affirment connaître la fin, une histoire qu'il convient pourtant d'écrire, en laissant chacun d'y inscrire sa fin, comme il la souhaite, comme il le désire.
Car qui connait la fin ? Qui sait quand l'histoire s'arrête ? Qui peut décider de ça et dire ça ?
Résister n'est pas seulement se battre les armes à la main, il y a les combattants de l'ombre eux aussi, tout aussi efficaces.. Ceux qui usent d'autres armes, d'autres outils, car tout est bon dans ce combat là, dans cet affrontement là. On fait feu de tout bois car c'est de sa peau qu'il s'agit, et qui mieux que soi peut savoir comment la sauver.. ? Laisser à l'autre, celui soit disant supposé tout savoir décider que ceci ou cela doit se faire, doit être... ? Lui laisser, lui donner se pouvoir là ? Démissionner alors de sa propre vie et en confier les rennes à un parfait inconnu qui hormis le nom de votre maladie ne sait rien ou si peu de vous ?
Que faire : Résister, combattre, se battre avec, apprivoiser l'intrus, s'en faire un ami, comprendre ce qu'il fait là, pourquoi soi, se laisser aller, laisser faire, attendre, avoir mal, culpabiliser, se fâcher, être en colère, démissionner, se taire... ?
Oui que faire ? Ce faire là est tout aussi singulier car qui va dire quoi faire ? Qui sait mieux ce qu'il faut faire, ce faut qui est la faux qui se profile au loin pour rappeler que le jour approche, ce dernier instant tant redouté mais qui disent certains malades viendra enfin mettre un terme à tout ça ?
Espoir ! Lequel ? Qui donne, transmet cet essentiel, fondamental sans lequel toute vie n'est pas possible, cet espoir là qui permet de vivre avec, d'être soi, simplement soi...
dimanche 24 mars 2013
Krabe
Pour ne pas le nommer ! L'annonce de son diagnostic est une lettre de cachet, un arrêt de mort !
Vous avez un cancer ! Quand le mot est prononcé ! Car souvent la périphrase est de mise, on parle de tumeur, maligne ou pas, de masse suspecte ou pas..
On avance doucement ou parfois brutalement, l'annonce est un couperet qui décapite tout espoir de guérison, de rémission !
"Vous êtes foutu "
Je l'ai entendu aussi, souvent... Très souvent... Trop souvent ! Hélas
Condamnation, damnation et mal édiction !
Mal aise toujours, mais comment pourrait-il en être autrement, le messager de la mort est rarement glorieux, n'aime pas vraiment faire ce genre d'annonce, s'en débarrasse comme il peut, lâchant ou non les mots, le mot qui tue !
Dire ou ne pas dire, savoir ou ne pas savoir, pour quoi faire ? Pour qu'en faire ?
Aujourd'hui encore malgré tout le mot fait peur, on n'ose le prononcer, de peur qu'il porte malheur
Cette foutue maladie ne s'attrape pas, mais c'est pire, elle rappelle à chacun de nous que la mort est là, tout près, qu'elle frappe, sournoisement !
Elle terrifie cet autre, qui ne l'a pas, pas encore, mais qui pourrait l'avoir lui aussi, car qui finalement est protégé, vacciné.. Qui ?
Ca n'arrive pas qu'aux autres !
Alors il faut annoncer le pire, pas la mort immédiate, mais la mort future, et ces médecins tout puissants affirmer qu'il vous reste 2 ou 6 mois encore à vivre ! J'ignorai la Science aussi précise !
Car c'est justement là que tout blesse, que tout cloche, car la Science toute puissance, celle qui promet tout ne résout rien, ne peut rien !
Depuis toutes ces années, malgré ses soit disant efforts, ses appels aux dons, ses recherches qu'à fait la Science ? Quel remède propose t-elle hormis sa panoplie mortifère qui retarde de quelques mois, années au mieux l'issue qu'elle nous a promis fatale...
Car l'homme est mortel et mourra un jour, de cela elle peut être sûre ! Le seul diagnostic qu'on ne peut lui réfuter.
Seulement voilà : Que sait-elle du sujet humain ? Si elle sait quelque chose du corps ou seulement un tout petit peu du fonctionnement de ce morceau de chair humaine qu'elle nomme par organe afin de se protéger, elle ne sait rien de l'esprit, de la psyché, de la capacité de résilience de chaque sujet humain, qui peut !
Ce n'est pas affirmer que l'esprit guérit, Qu'il guérit tout et que les traitements médicaux et chirurgicaux ne sont pas nécessaires, certains le disent et je ne suis pas d'accord. La Science a permis de soigner, de guérir, de comprendre ! Et il serait absurde de le nier, et de rejeter ses acquis et ses découvertes. Mais le sujet n'est pas seulement un corps, il est aussi un esprit, il pense ! Le sujet pense et il est ! Alors ignorer cette donnée essentielle est aussi absurde, c'est se priver d'un allié de choix, essentiel car l'un sans l'autre ne peuvent.. ni faire.. Ni être !
L'esprit contribue à attaquer le crabe, il aide à potentialiser l'effet et apaiser les effets secondaires des traitements les plus invasifs, les plus destructeurs aussi. Il y contribue pour s'accrocher à la vie et non à la mort !
Un de mes anciens Patrons, professeur éminent de médecine avait coutume de me dire "voilà moi j'essaie de réparer le corps, à vous de soutenir l'esprit, quand au reste, Lui là haut va nous donner un coup de main"... Quand un patient lui demandait "combien de temps" il répondait humblement qu'il ne savait pas, qu'il y avait bien des statistiques, mais que c'étaient des chiffres, et que les patients n'étaient pas des chiffres, mais des individus qui réagissaient différemment !
Certains de ses détracteurs disaient qu'il se "défilait" ! Je sais bien que non, il disait la vérité. Chaque être est singulier ! Chacun fait comme il peut ..Et je le remercie de son humanité si rare en ces lieux de violence et de mort !
C'est donc bien en cela qu'il faut soutenir ce combat inégal mais qui doit être mené... L'espoir, le désir.. La Science ne peut pas tout, c'est mentir que de le laisser croire ! Elle ne peut et ne doit rien promettre. Nul n'a le droit de condamner à mort, nul n'a le droit de tuer l'espoir qui maintient l'en vie !
Cet espoir qui fait que nous ne sortons malade ou pas de l'Humanité, du monde des vivants.
A tous ceux qui luttent !
Vous avez un cancer ! Quand le mot est prononcé ! Car souvent la périphrase est de mise, on parle de tumeur, maligne ou pas, de masse suspecte ou pas..
On avance doucement ou parfois brutalement, l'annonce est un couperet qui décapite tout espoir de guérison, de rémission !
"Vous êtes foutu "
Je l'ai entendu aussi, souvent... Très souvent... Trop souvent ! Hélas
Condamnation, damnation et mal édiction !
Mal aise toujours, mais comment pourrait-il en être autrement, le messager de la mort est rarement glorieux, n'aime pas vraiment faire ce genre d'annonce, s'en débarrasse comme il peut, lâchant ou non les mots, le mot qui tue !
Dire ou ne pas dire, savoir ou ne pas savoir, pour quoi faire ? Pour qu'en faire ?
Aujourd'hui encore malgré tout le mot fait peur, on n'ose le prononcer, de peur qu'il porte malheur
Cette foutue maladie ne s'attrape pas, mais c'est pire, elle rappelle à chacun de nous que la mort est là, tout près, qu'elle frappe, sournoisement !
Elle terrifie cet autre, qui ne l'a pas, pas encore, mais qui pourrait l'avoir lui aussi, car qui finalement est protégé, vacciné.. Qui ?
Ca n'arrive pas qu'aux autres !
Alors il faut annoncer le pire, pas la mort immédiate, mais la mort future, et ces médecins tout puissants affirmer qu'il vous reste 2 ou 6 mois encore à vivre ! J'ignorai la Science aussi précise !
Car c'est justement là que tout blesse, que tout cloche, car la Science toute puissance, celle qui promet tout ne résout rien, ne peut rien !
Depuis toutes ces années, malgré ses soit disant efforts, ses appels aux dons, ses recherches qu'à fait la Science ? Quel remède propose t-elle hormis sa panoplie mortifère qui retarde de quelques mois, années au mieux l'issue qu'elle nous a promis fatale...
Car l'homme est mortel et mourra un jour, de cela elle peut être sûre ! Le seul diagnostic qu'on ne peut lui réfuter.
Seulement voilà : Que sait-elle du sujet humain ? Si elle sait quelque chose du corps ou seulement un tout petit peu du fonctionnement de ce morceau de chair humaine qu'elle nomme par organe afin de se protéger, elle ne sait rien de l'esprit, de la psyché, de la capacité de résilience de chaque sujet humain, qui peut !
Ce n'est pas affirmer que l'esprit guérit, Qu'il guérit tout et que les traitements médicaux et chirurgicaux ne sont pas nécessaires, certains le disent et je ne suis pas d'accord. La Science a permis de soigner, de guérir, de comprendre ! Et il serait absurde de le nier, et de rejeter ses acquis et ses découvertes. Mais le sujet n'est pas seulement un corps, il est aussi un esprit, il pense ! Le sujet pense et il est ! Alors ignorer cette donnée essentielle est aussi absurde, c'est se priver d'un allié de choix, essentiel car l'un sans l'autre ne peuvent.. ni faire.. Ni être !
L'esprit contribue à attaquer le crabe, il aide à potentialiser l'effet et apaiser les effets secondaires des traitements les plus invasifs, les plus destructeurs aussi. Il y contribue pour s'accrocher à la vie et non à la mort !
Un de mes anciens Patrons, professeur éminent de médecine avait coutume de me dire "voilà moi j'essaie de réparer le corps, à vous de soutenir l'esprit, quand au reste, Lui là haut va nous donner un coup de main"... Quand un patient lui demandait "combien de temps" il répondait humblement qu'il ne savait pas, qu'il y avait bien des statistiques, mais que c'étaient des chiffres, et que les patients n'étaient pas des chiffres, mais des individus qui réagissaient différemment !
Certains de ses détracteurs disaient qu'il se "défilait" ! Je sais bien que non, il disait la vérité. Chaque être est singulier ! Chacun fait comme il peut ..Et je le remercie de son humanité si rare en ces lieux de violence et de mort !
C'est donc bien en cela qu'il faut soutenir ce combat inégal mais qui doit être mené... L'espoir, le désir.. La Science ne peut pas tout, c'est mentir que de le laisser croire ! Elle ne peut et ne doit rien promettre. Nul n'a le droit de condamner à mort, nul n'a le droit de tuer l'espoir qui maintient l'en vie !
Cet espoir qui fait que nous ne sortons malade ou pas de l'Humanité, du monde des vivants.
A tous ceux qui luttent !
lundi 4 mars 2013
Muttersprache
Encore une histoire de langue ? Ou de langues ?
Nous sommes des êtres de langage, mais de langue aussi, car nous prenons langue dans le langage pour advenir aux autres, construire ce lien social qui fait de nous des autres parmi les autres !
Vaterland, vaters land, mutterland, mutters land ?
La langue des mères ou des pères, la langue de la terre, du pays, des siens, des ancêtres, des origines, parfois tout s'emmêle et se mélange, sans trop savoir pourquoi ?
Parfois les mots restent bloqués, inutiles, impossibles, ne viennent pas, n'adviennent plus. Sont retenus.
Langue qui es-tu ? Où vas-tu ? D'où viens-tu ?
Cela parait simple, langue maternelle dit-on ? Mais n'est-elle pas parfois celle du père, tout comme la terre...
Alors quid de cette langue maternelle qui n'est parfois pas celle du père ? Que dire et que faire de cette langue qui parfois nous lâche car elle devient intenable, impossible, improbable et indécente ?
Il m'est difficile de répondre tiraillée que je suis entre cette langue de mon enfance, les bribes de toutes ces langues de l'Est mélangées, et qui se mélangent, ces intonations, ces mots qui encore aujourd'hui me renvoient à un imaginaire mêlé lui aussi de réels et de souvenirs.
Il m'est bien difficile de dire moi qui pense, rêve, jure aussi parfois dans cette langue de mon enfance qui me vient spontanément, car les mots sont plus précis peut-être, plus adaptés à cette idée, cette pensée. Et cette crainte aussi parfois que cette langue ne s'évanouisse car je ne la parle pas, ou tellement peu, trop peu ! L'entendre alors ma Muttersprache me fait du bien... Je l'entends, l'écoute, elle coule et tout revient d'un seul coup !
Langues et cultures... Peut-être cette chance de baigner ainsi dans ce vaste océan de langues qui fait que.. les sons et les couleurs me sont familiers. Je me sens profondément, intiment de là...
Issue de la matrice. Cette même là que je nomme Muttersprache.
Une langue qui met aussi en dissonance, qui renvoie pour certains à la représentation du mal, car trop chargée d'horreur et d'histoire. Une histoire d'hommes et de femmes...
Une histoire de femmes encore.
Langue qui comme le reste m'a été donnée en héritage par les femmes, langues de l'Est, où se mêle ce mélange de dialectes propre à une communauté !
Langue lourde et chargée qu'il faut prendre ou laisser. Douce et rude.. !
Muttersprache !
Langue qui fait rire mon fils qui n'a pas vraiment pris la peine de l'apprendre puisque je traduis, parle, explique... Et qui sourit quand de l'autre côté du Mur qui n'est plus, personne ne me demande si je suis d'ailleurs.. Tendresse quand dans ce port de la Baltique demandant mon chemin un vieil homme me dit en souriant "Ossie ?" Oui, de là je suis aussi, j'en connais l'âme et l'accent !
Muttersprache !
Langue que j'ai transmise à mes filles ! Aussi...
Qui l'aiment je crois du moins assez puisque l'une d'entre elles a choisi de l'enseigner, de la transmettre, de la donner et de l'offrir...!
Pourtant cet été elle m'a semblé de trop, pas à sa place à cet endroit. J'ai refusé de parler ! Tout comme cette tante qui avait décidé un jour de se taire ! Ce jour de trop, ce jour où cette Muttersprache n'était plus chantée, n'était plus la Sprache de Goethe, de ce jour où elle était aboyée, hurlée, vomie...Elle avait alors décidée de s'en défaire, de vivre ce désamour là...
De ne plus parler la langue de ceux qui étaient devenus ses bourreaux... Pourtant cette Muttersprache c'est elle qui me l'a apprise, à travers son histoire, l'histoire, les contes de fées et d'ogres, car elle était elle, faisait partie d'elle, lui collait à la peau...
Pourtant moi aussi j'ai décidé de me taire ce jour là, bien des années plus tard...
A Buchenwald elle était de trop... Là elle ne pouvait pas être, plus être, car là il n'y a plus de place pour l'être !
Muttersprache
Langue de qui ? Je me suis demandée ? Alors j'ai pleuré, longuement pleuré, tout comme le sujet autistique qui n'en peut plus, submergé par ces bruits qui arrivent de toutes parts j'ai bouché mes oreilles pour ne plus entendre, plus écouter, plus être agressée
Muttersprache dans toute sa violence, son indécence tu étais de trop, tu n'étais pas à ta place en ce lieu, en ces lieux où tu es la langue de la mort.
Comment entendre tout ça dans cette langue là, langue des bourreaux, langue qui raconte ce qu'ils ont fait..? Ecartelée entre amour et haine, Eros et Thanatos ? Entre sa chair et son âme ?
Dissonance ! La question se pose pour nous mais comment s'est-elle posée pour nos parents ?
Nos grands parents ? Impossible dilemme, perte insoutenable, vide, gouffre et terrible abîme pour eux qui n'avaient que cette Muttersprache ? Vatersprache ? Qui était leur, qui leur collait à la peau ?
Nous sommes des êtres de langage, mais de langue aussi, car nous prenons langue dans le langage pour advenir aux autres, construire ce lien social qui fait de nous des autres parmi les autres !
Vaterland, vaters land, mutterland, mutters land ?
La langue des mères ou des pères, la langue de la terre, du pays, des siens, des ancêtres, des origines, parfois tout s'emmêle et se mélange, sans trop savoir pourquoi ?
Parfois les mots restent bloqués, inutiles, impossibles, ne viennent pas, n'adviennent plus. Sont retenus.
Langue qui es-tu ? Où vas-tu ? D'où viens-tu ?
Cela parait simple, langue maternelle dit-on ? Mais n'est-elle pas parfois celle du père, tout comme la terre...
Alors quid de cette langue maternelle qui n'est parfois pas celle du père ? Que dire et que faire de cette langue qui parfois nous lâche car elle devient intenable, impossible, improbable et indécente ?
Il m'est difficile de répondre tiraillée que je suis entre cette langue de mon enfance, les bribes de toutes ces langues de l'Est mélangées, et qui se mélangent, ces intonations, ces mots qui encore aujourd'hui me renvoient à un imaginaire mêlé lui aussi de réels et de souvenirs.
Il m'est bien difficile de dire moi qui pense, rêve, jure aussi parfois dans cette langue de mon enfance qui me vient spontanément, car les mots sont plus précis peut-être, plus adaptés à cette idée, cette pensée. Et cette crainte aussi parfois que cette langue ne s'évanouisse car je ne la parle pas, ou tellement peu, trop peu ! L'entendre alors ma Muttersprache me fait du bien... Je l'entends, l'écoute, elle coule et tout revient d'un seul coup !
Langues et cultures... Peut-être cette chance de baigner ainsi dans ce vaste océan de langues qui fait que.. les sons et les couleurs me sont familiers. Je me sens profondément, intiment de là...
Issue de la matrice. Cette même là que je nomme Muttersprache.
Une langue qui met aussi en dissonance, qui renvoie pour certains à la représentation du mal, car trop chargée d'horreur et d'histoire. Une histoire d'hommes et de femmes...
Une histoire de femmes encore.
Langue qui comme le reste m'a été donnée en héritage par les femmes, langues de l'Est, où se mêle ce mélange de dialectes propre à une communauté !
Langue lourde et chargée qu'il faut prendre ou laisser. Douce et rude.. !
Muttersprache !
Langue qui fait rire mon fils qui n'a pas vraiment pris la peine de l'apprendre puisque je traduis, parle, explique... Et qui sourit quand de l'autre côté du Mur qui n'est plus, personne ne me demande si je suis d'ailleurs.. Tendresse quand dans ce port de la Baltique demandant mon chemin un vieil homme me dit en souriant "Ossie ?" Oui, de là je suis aussi, j'en connais l'âme et l'accent !
Muttersprache !
Langue que j'ai transmise à mes filles ! Aussi...
Qui l'aiment je crois du moins assez puisque l'une d'entre elles a choisi de l'enseigner, de la transmettre, de la donner et de l'offrir...!
Pourtant cet été elle m'a semblé de trop, pas à sa place à cet endroit. J'ai refusé de parler ! Tout comme cette tante qui avait décidé un jour de se taire ! Ce jour de trop, ce jour où cette Muttersprache n'était plus chantée, n'était plus la Sprache de Goethe, de ce jour où elle était aboyée, hurlée, vomie...Elle avait alors décidée de s'en défaire, de vivre ce désamour là...
De ne plus parler la langue de ceux qui étaient devenus ses bourreaux... Pourtant cette Muttersprache c'est elle qui me l'a apprise, à travers son histoire, l'histoire, les contes de fées et d'ogres, car elle était elle, faisait partie d'elle, lui collait à la peau...
Pourtant moi aussi j'ai décidé de me taire ce jour là, bien des années plus tard...
A Buchenwald elle était de trop... Là elle ne pouvait pas être, plus être, car là il n'y a plus de place pour l'être !
Muttersprache
Langue de qui ? Je me suis demandée ? Alors j'ai pleuré, longuement pleuré, tout comme le sujet autistique qui n'en peut plus, submergé par ces bruits qui arrivent de toutes parts j'ai bouché mes oreilles pour ne plus entendre, plus écouter, plus être agressée
Muttersprache dans toute sa violence, son indécence tu étais de trop, tu n'étais pas à ta place en ce lieu, en ces lieux où tu es la langue de la mort.
Comment entendre tout ça dans cette langue là, langue des bourreaux, langue qui raconte ce qu'ils ont fait..? Ecartelée entre amour et haine, Eros et Thanatos ? Entre sa chair et son âme ?
Dissonance ! La question se pose pour nous mais comment s'est-elle posée pour nos parents ?
Nos grands parents ? Impossible dilemme, perte insoutenable, vide, gouffre et terrible abîme pour eux qui n'avaient que cette Muttersprache ? Vatersprache ? Qui était leur, qui leur collait à la peau ?
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Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.
Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.
Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.