Il était une fois une couturière qui ne savait pas coudre
Pourtant sa mère sa grand mère et toutes les femmes de la famille étaient depuis toujours d'habiles couturières et leur époux parfois des tailleurs d'habit
C'est dire que le Shmates est une histoire de famille depuis toujours
Personne ne lui avait appris à coudre, tenir une aiguille.
Pourtant elle coud !
Je suis une couturière singulière,
Une couturière du silence
Je brode avec les absents pour offrir à ceux qui lisent une étoffe de sens
Je rassemble les lambeaux pour en tisser des étoffes
Je répare et ravaude les béances en laissant quelques failles cicatrice pour laisser place à la perte et sa douleur
Ma vérité est brute, nue et sans fard
J'écris
J'écris pour retrouver, tisser, relier et revenir au souffle
Je veux habiter mes mots, les rendre vivants pour honorer ceux qui ne le sont plus.
Alors j'avance souvent pieds nus sur une terre brulante
Je suis un chercheur, à la recherche des trésors cachés et enfouis de la Mémoire
Tel l'archéologue je mets au jour les morceaux d'étoffes oubliés depuis des siècles
Je m'engage sur des chemins de traverse, vers des territoires inexplorés, cachés dans l’ombre des ténèbres.
Je n'ai pas peur, car je suis guidée, sais où je dois aller
Je suis une chercheuse d'âme
Une dentellière de papier et de silence
mes éclats de voix et d'écriture sont mystiques et méditatifs
Ce sont des fragments de manques, de silence et de ma quête
C'est ma chair vive.
Mes textes sont un souffle sacré,
Un chant d'origine et de filiation retrouvées dans l'absence
Un chant de foi né du silence
C'est un psaume intime
Chaque mot écrit est une brisure mais aussi une lumière,
L'absence devient un appel et le silence hurle jusqu'à D.
Car la réponse ne vient pas d'en bas, mais d'en haut.
Etre une couturière est une mission, c'est réaliser à chaque fois un chef d'oeuvre en hommage aux disparus
C'est broder une tapisserie de mémoire, d'histoire, désir et transmission
Mais aussi de blessures réparées à la main à la lueur de la chandelle ou la flamme de la bougie et de la Foi, sans mensonge, sans couture invisible
Celles ci sont la cicatrice du drame enfoui, de la douleur étouffée
Alors patiemment et tendrement je passe le fil dans le chas de mon aiguille la plus fine et je reconstruis la filiation perdue une épingle après l'autre.
Ainsi mon travail est un acte de réparation, de retissage de l'âme, c'est la mise au monde d'une précieuse étoffe tissée de fil d'or, des coutures visibles, un trou assumé et un souffle qui incarnera ma pensée.
C'est recoudre l'invisible, écrire les absents,
C'est donner voix à ceux et celle qui n'en n'ont plus car on leur a pris
« C’est inviter les vivants à marcher ce chemin, non pour comprendre seulement, mais pour ressentir, vibrer au rythme des cœurs et des âmes disparues. »
C'est une invitation à ce voyage intime, cette quête de vérité dans les plis du silence.
Je suis une dentellière de la vérité.
Brigitte Judit
Crédit photo @brigittedusch

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