Je tisse l'invisible.
Ce n'est pas une image,
mais une traversée où rien n'est linéaire,
autour de moi dansent les fils,
de toutes les matières, de toutes les couleurs,
ils vont et viennent et semblent partir ailleurs,
mais ils reviennent vers moi,
toujours avec d'autres couleurs, d'autres formes, étranges parfois
Je suis la dentellière,
la couturière étrange elle aussi, la couturière qui ne sait pas coudre,
mais saisit ces fils curieux en accepte les noeuds, ne les coupent pas,
Je les relie
Je tisse et la trame s'anime,
les fils vont viennent et advienne, sans savoir pour quoi, ni pour qui
Quelle importance ?
Et je tisse sans savoir pourquoi et pour qui
Mais je sais qu'il le faut ,
c'est une mitsva,
un acte de foi,
un acte sacré
un acte qui fait tenir ensemble le visible et l’invisible, le geste et le sens, le monde et ce qui le traverse.
Je tisse.
C'est peut-être ma manière d'être au monde ?
Ou une manière d'être dans la relation qui fait monde
Je ne suis pas face à lui
Je suis dans le tissu même de ce qui advient
Shmates
La dentellière que je suis ne fabrique pas un objet fini
Elle ne fabrique rien
C'est elle qui tient l'ouvert
Afin que les fils (mémoire, savoirs, blessures, mythes, noms, absences) peuvent circuler sans être forcés de se résoudre.
Je ne couds pas pour fermer.
Je tisse pour laisser apparaître une forme qui ne préexiste pas.
Et si c’est peut-être ça , au fond, ma manière d’être au monde :
non pas construire un sens, mais permettre qu’il se trame, patiemment, à travers moi ?
Brigitte Judit
Crédit photo @brigittedusch

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