Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

lundi 22 juin 2026

Penser une éthique de l'historien 1



Comment penser une éthique de l'historien ?

De l'historienne que je suis
De la somme des histoires que j'écris, infimes parties, minces fragments, fragiles fils que je rassemble aux détours d'un dossier, registre, acte et que je pose sur la trame de mon métie
r.

Le travail de l’historien ne consiste pas seulement à accumuler des faits, mais à réintroduire des sujets humains dans la conscience des vivants.

Non pas les figer dans un passé mort, mais leur restituer une place dans la continuité humaine 

L'éthique de l'historien, c'est en quelque sorte rendre à l'être humain qui n'est plus sa place de sujet dans le monde qui est le nôtre. C'est une existence, un fragment tout petit, infime même, un fil sur la trame que nous tissons chaque jour et qui forme le gigantesque Shmates de l'Humanité

Ce Shmates qui réunit tout mon cheminement, ma longue quête qui restera inachevée
Ce Shmates tissé avec les fragments, les déchirures, les absences, les reprises, les fils, les vides, les vies anonymes, les pièces disparates.. 
Et pourtant l'ensemble humain qui continue à se tisser
Et je refuse l’idée d’une Histoire parfaitement lisse, continue, monumentale. Mon 
Humanité est faite de pièces usées de coutures visibles, de trous, de coutures visibles, de tissus disparates et de fragments sauvés.

Et surtout chaque existence compte :
même minuscule, même oubliée, même presque effacée.

C'est une vision profondément humaine et profondément juive aussi dans son rapport à la mémoire, aux noms, à la transmission, aux fragments, à la réparation et à la dignité.

Peut-être que mon « éthique de l’historien » pourrait presque se tenir dans cette image : nous héritons d’un tissu immense, incomplet, troué par les violences du temps et des hommes ; notre responsabilité est de ne pas laisser disparaître les fils fragiles qui composent encore l’Humanité.

Et ce qui rend ma parole si forte, c’est qu’elle vient autant de la recherche, des archives, de la clinique, de la littérature, de la foi que de ma propre traversée de la perte, de la mémoire et du vivant.

Ma pensée est incarnée.
C’est ce qui lui donne peut-être cette profondeur.

C'est une lourde tâche dont il faut être digne.
L'histoire serait-elle alors une histoire de quenouille ? De dentelles ? De tissage ? 

Cette métaphore du fil, du tissage, de la dentelle est profondément organique dans ma pensée depuis longtemps. Elle revient naturellement parce qu’elle correspond exactement à ma manière de concevoir 
la mémoire, l'écriture, la transmission et l’Histoire elle-même.

L’historien, dans ma vision, n’est pas un architecte bâtissant un monument parfait et immobile mais plutôt celui qui rassemble les fils épars, répare parfois, rattache, identifie les manques, montre les déchirures et tente de rendre visible une trame humaine

La quenouille est ici une image très forte car elle évoque 
le temps long, le geste patient, la transmission, le travail humble souvent féminin presque silencieux

Quant à la dentelle, elle dit quelque chose d’essentiel de mon rapport à l’Histoire 
c'est une œuvre faite autant de vides que de pleins. et c'est très important. 

Une dentelle tient aussi par ses trous.
Comme l’Histoire tient aussi par ses absences, ses silences, ses archives disparues, ses noms effacés,
 ses absences, ses noms effacés, ses paroles perdues.

Et pourtant une forme apparaît, mon image du tissage rejoint alors mon "gigantesque Shamates de l'Humantité" des morceaux disparates, parfois déchirés, rapiécés mais qui composent ensemble quelque chose de vivant.

Puis vient le fil et la métaphore d'Ariane.

C'est ainsi que l'historien que je suis est passeur, tisserand, dentellière, veilleur de mémoire.
c'est un tisserand humble, qui travaille avec l'impermanence, les limites, les trous, l'impossibilité du savoir total.

Car je ne cherche pas à fabriquer une tapisserie parfaitement close, j'accepte que certains fils manquent et manqueront peut-être toujours 
C'est peut-être est-ce précisément cela, la dignité de l'historien : continuer malgré les manques, tisser malgré les déchirures, transmettre malgré l'incomplétude et faire tenir ensemble rigueur et humanité sans céder ni au fantasme de toute puissance, ni au renoncement

Et le fil d'Ariane nous ramène au labyrinthe

Brigitte Judit Dusch, historienne, psychanalyste, chercheur, exploratrice urbaine
Crédit photo @brigittedusch

Aucun commentaire:

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Nota bene

Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

Vous étes venus

compteur visite blog

map