Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

lundi 27 juillet 2026

Et il y a le Vitrail


Ainsi le vitrail vient compléter le labyrinthe d'une manière presque naturelle dans cette réflexion.

Le labyrinthe est un chemin.
Le vitrail est un regard.

Le premier invite à la traversée.
Le second invite à la contemplation.

Et tous deux ont un rapport profond à la lumière.
Vitrail et labyrinthe se complètent se confondent et s'épouse dans la réalité

Ainsi la rose et le labyrinthe se correspondent par superposition m'explique la guide me donnant bien davantage qu'une information architecturale. Car elle m'offre une image de pensée. 
Infiniment merci.

Car que fait l'historien ?

Il chemine dans le labyrinthe des sources, mais cherche aussi à faire apparaître une figure, un sens, une cohérence. Non pas une vérité absolue, mais une intelligibilité.

Or le vitrail accomplit quelque chose de semblable. Pris de près, il n'est qu'un assemblage de morceaux de verre colorés reliés par du plomb.

Des fragments.
Des éclats.
Des morceaux disjoints.
Comme les archives.
Comme les témoignages.
Comme les lettres retrouvées dans un grenier.
Comme le livret militaire de Camille.
Comme le billet de Renée depuis Drancy.
Comme les sermons du rav Boris.

Mais lorsque la lumière traverse ces fragments, une image apparaît.
L'historien ne fabrique pas la lumière.
Pas plus que le maître verrier.

Il assemble, restaure parfois, met en relation.
Et quelque chose devient visible,
et je ressens un écho très fort à ma métaphore de la dentellière et du tissage.

Depuis des mois, je tisse et j'écris autour des fils, des manques, des déchirures, des tissus troués, des reprises.

Le vitrail appartient à la même famille symbolique. Il est lui aussi un art de l'assemblage. Un art qui ne nie pas les séparations mais les rend fécondes.

Sans les plombs qui les relient, les pièces de verre ne tiennent pas.
Sans les vides entre les sources, l'historien n'aurait rien à penser.

Ainsi peut-on penser et élaborer ce prologue de "L'Ethique de l'historien" sur le diptyque suivant :

Le labyrinthe et le vitrail.

Le labyrinthe comme figure de la recherche.
Le vitrail comme figure de la compréhension.

L'un est mouvement.
L'autre est apparition.

L'un est marche.
L'autre est lumière.

L'un est le cheminement de l'historien.
L'autre est ce qui se révèle peu à peu lorsqu'il rassemble les fragments.

Et puis il y a quelque chose de plus personnel encore, j'aime les vitraux depuis toujours, j'en ai étudié la technique, je le photographie, je le utilise dans mon blog.

Ainsi comme le labyrinthe, ce n'est pas une image arrivée par hasard dans votre vie, mais une image ancienne qui revient. Comme si ma réflexion actuelle faisait converger des fils très éloignés dans le temps. L'enfant qui écrivait son journal pour comprendre le monde. L'adolescente fascinée par les vitraux. L'étudiante en histoire. La psychanalyste attentive aux récits. La femme qui marche seule avec son chien. La chercheuse qui retrouve Boris, Camille ou Dora.

Toutes ces figures semblent se rejoindre dans cette réflexion sur l'éthique. Au fond, le vitrail et le labyrinthe ont peut-être un point commun essentiel, ils n'existent pleinement qu'à travers une expérience.

On ne comprend pas un labyrinthe en le regardant seulement de l'extérieur. On le comprend en l'arpentant.

On ne comprend pas un vitrail en observant un morceau de verre posé sur une table. On le comprend quand la lumière le traverse.

A l'instant je peux écrire quelque chose comme :

L'historien avance dans le labyrinthe des traces. Il recueille des fragments épars, parfois minuscules, parfois brisés. À mesure qu'il les assemble, quelque chose apparaît. Non une vérité parfaite, close sur elle-même, mais une figure semblable à celle d'un vitrail. Une image traversée de lumière et d'ombre, faite de pièces disjointes dont aucune ne suffit à elle seule, mais qui réunies permettent de laisser entrevoir un visage, une vie, une histoire.

Je trouve d'ailleurs remarquable que cette réflexion naisse à partir de ce dessin singulie car il réunit précisément ce que je cherche à penser :

le cheminement du labyrinthe,
la lumière du vitrail,
la quête de sens qui habite l'être humain depuis des siècles.

Pour l'historienne qui écrit sur la mémoire, la transmission, les absents et les vivants, ce lieu me semble parfait pour commencer un prologue.

Brigitte Judit Dusch, historienne, psychanalyste, exploratrice urbaine, chercheur
crédit photo @brigittedusch

Labyrinthe 5 le passé retrouvé ?


 Le passé retrouvé ? Est ce aussi simple ?

On ne remonte pas le temps comme on ne fait pas le chemin à l'envers. 
Si nous ne sommes plus le même, notre temps n'est pas le même que celui de ceux dont on parle
Alors ? 

Alors il faut peut-être abandonner l'idée que l'on revient réellement en arrière, car en effet on ne remonte pas le temps et on ne retrouve pas le passé tel qu'il a été. On ne redevient pas celui ou celle que l'on était avant d'entrer dans le labyrinthe.

Et même dans ce labyrinthe lorsque l'on ressort, on repasse certes par les mêmes tracés, mais ce n'est déjà plus le même chemin. Le lieu est identique, le marcheur ne l'est plus.

C'est là, me semble-t-il, une distinction importante.

L'historien ne voyage pas dans le passé.

Il rencontre au présent des traces du passé à travers les êtres qu'il y croise à certains moments de leur vie.

Dora n'est plus là, Camille n'est plus là, Boris n'est plus là.

Ce qui est là, aujourd'hui, ce sont des archives, des lettres, des silences, des témoignages, des noms, des photographies, des mémoires

Et c'est moi, ici et maintenant, qui les interroge. L'histoire n'est donc pas une remontée du temp, mais  une rencontre entre deux temporalités.

Le passé ne revient pas, Mais il continue à agir.

Et le présent continue à lui poser des questions.

C'est peut-être pour cela que je suis si attentive à l'anachronisme.

Parce que je sais qu'il existe une distance irréductible entre eux et nous.

Je ne peux pas devenir Boris en 1914.

Je ne peux pas penser exactement comme lui.

Je ne peux ressentir ce qu'il ressentait.

Mais je peux essayer de comprendre le monde dans lequel il vivait, les choix qui s'offraient à lui, les contraintes, les croyances, les espérances qui étaient les siennes.

Non pour abolir la distance.

Pour l'habiter.

Je crois même que mon éthique de l'historien se situe précisément là.

Ni fusion.

Ni séparation absolue.

Une juste distance.

Assez proche pour entendre.

Assez éloignée pour ne pas parler à leur place.

Et cela rejoint curieusement ma réflexion sur le manque.

Car le passé lui aussi est un manque.

Quelque chose qui nous échappe toujours en partie.

Quelque chose que nous ne posséderons jamais complètement.

Peut-être que le labyrinthe n'est donc pas un voyage vers le passé.

Peut-être est-il un apprentissage de la distance.

On y découvre que l'on ne rejoindra jamais totalement l'autre.

Qu'il restera toujours un écart.

Mais cet écart n'est pas un échec.

C'est la condition même de la rencontre.

Sans altérité, il n'y a ni histoire, ni transmission, ni pensée.

Alors, si l'on ne remonte pas le temps et si l'on ne revient pas vraiment par le même chemin, que fait-on ?

Peut-être ceci :

On avance avec ce que l'on a compris.

On sort du labyrinthe non pas avec le passé retrouvé, mais avec une compréhension nouvelle de ce qui nous relie à lui.

Et cette compréhension, à son tour, devient un fil que l'on transmet aux autres. C'est peut-être cela, au fond, votre travail de mémoire : non ressusciter les morts, mais permettre qu'un dialogue continue entre leur temps et le nôtre, sans abolir la distance qui les sépare.



Brigitte Judit Dusch, historienne, psychanalyste, chercheur,  exploratrice urbaine, 
crédit photo @brigittedusch

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