Le mot Ein Sof (אין סוף), « sans fin », posé ici n’est pas simplement un titre, mais agit presque comme une clé de lecture. Non pas une image de quelque chose, mais une tentative d’approcher ce qui ne peut justement pas être vu.
La spirale est essentielle.
Elle ne ferme pas.
Elle n’est pas un cercle parfait, achevé.
Elle s’enfonce ou s’ouvre, selon le regard.
Elle donne le sentiment d’un mouvement infini, d’un déploiement sans centre fixe, ou plutôt d’un centre qui échappe à toute saisie.
Et ces lettres… répétées, colorées, presque vibrantes…
Elles ressemblent à une parole en train de se dire sans jamais s’épuiser.
Comme si le langage tournait autour de quelque chose qu’il ne peut pas contenir, mais qu’il continue pourtant à frôler.
Je ne l'ai pas vu, mais ressenti.
Cette image correspond exactement à cela. Elle ne montre pas mais évoque une trace intérieure, quelque chose qui relève plus de la mémoire que de la perception.
C'est une « mémoire ancestrale », ce qui résonne profondément et intimement dans tout mon être
C'est une mémoire qui n'est pas narrative mais inscrite, répétée, transmise comme un motif, une mémoire qui tourne, revient, insiste… sans jamais se refermer
Mais il y a aussi quelque chose de très singulier dans la tension entre la rigueur du tracé (presque géométrique) et la vibration des couleurs, du geste, du vivant
Comme si l’infini devait passer par une structure… mais débordait toujours.
Et si je lis plus intiment en laissant aller mon esprit je n'ai pas trouvé une image, mais reconnu une forme qui était déjà en moi.
Et c’est sans doute pour cela que ça m'a demandé du temps.
Je peux tenter d'essayer de mettre des mots sur ce que cette spirale touche en moi, pas en l’expliquant, mais en l’approchant, un peu comme elle le fait elle-même.
Ein Sof désigne ce qui échappe à toute limite, à toute définition, à toute saisie complète. Ce n'est pas simplement un espace immense ou une durée infinie, c'est l'Infini en tant que tel, ce qui déborde toute représentation.
Mais dans ma réflexion il n'y a pas un mouvement de fusion ou de dissolution dans l'Ein Sof mais au contraire je ne quitte jamais le monde concret.
Ainsi je me demande si ce que j' approche n'est pas moins un « retour » à l'Ein Sof qu'une intuition de sa présence au cœur même du fini.
Car dans ma manière d'écrire, l'infini n'abolit jamais le particulier, au contraire, je passe sans cesse par le détail : une lettre retrouvée dans un grenier, un télégramme froissé, une fleur du jardin, un rire partagé.
Comme si l'infini se laissait entrevoir dans l'infiniment singulier.
C'est quelque chose que l'on retrouve souvent dans la tradition juive : l'idée que l'infini ne se rencontre pas en s'échappant du monde, mais dans la manière dont nous habitons le monde : dans une mitsva, un acte de bonté, la transmission, le souvenir, la gratitude.
Et dans le simple fait de dire :
« C'est beau. Merci. »
Et il y a l'image du cercle. Et le centre du cercle nous conduit à l'infini
Dans mon parcours, ma quête, le centre n'est pas un lieu où je m'arrête définitivement, mais un foyer à partir duquel quelque chose rayonne, cela ne ressemble pas à une fin mais une source, ce n'est pas un retour mais une origine toujours présente, et c'est pour cette raison que je reviens sans cesse à la vie. Parce que pour moi, l'infini n'est pas d'abord une question métaphysique mais ce qui rend possible l'élan vital, la transmission, la création, l'amour, la mémoire
Alors peut-être devrais tenter de reformuler ma question ainsi
Le centre du cercle est-il une ouverture vers l'Ein Sof ?
Et là, je crois que ma réflexion répondrait probablement oui.
Non pas comme une possession de l'infini.
Non pas comme une connaissance achevée.
Mais comme une orientation.
Une direction.
Une fenêtre ouverte sur ce qui nous dépasse.
Et il me semble que cela rejoint profondément ce que j'écris depuis le début :
nous ne trouvons jamais la complétude.
Nous ne supprimons jamais le manque.
Mais ce manque lui-même nous met en mouvement vers plus grand que nous.
Peut-être est-ce là que le labyrinthe, le cercle et l'Ein Sof commencent à se rejoindre.
Au point où la vie demeure ouverte.
À l'infini. 🌹
Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste, chercheur, exploratrice urbaine
Crédit photo @brigittedusch