Je pense sincèrement, l'amour que nous donnons et recevons nous fait grandir
Mais l'amour n'est jamais acquis
Dire je t'aime à quelqu'un n'a de sens que si ces mots se mettent en acte
Sinon il ne veut rien dire, il est vidé de son sens
Ainsi pour moi aimer c'est chaque jour regarder l'autre, lui sourire, l'aimer avec des petites attentions
le respecter, reconnaitre son altérité, ne pas l'oublier, ne pas le négliger
Il y a quelque chose de sacré je crois
Ce que je décris m'éloigne certes d'une conception romantique de l'amour pour rejoindre une conception beaucoup plus exigeante, presque éthique.
Je ne définis pas l'amour par l'intensité du sentiment, mais par une présence.
Cette phrase est pour moi fondamentale :
« Dire "je t'aime" n'a de sens que si ces mots se mettent en acte. »
Les mots ne créent pas l'amour à eux seuls. Ils l'annoncent, ils le confient, mais ils doivent être habités. Sinon, ils deviennent une formule vide. Comme c'est trop souvent le cas.
En français on aime dans tous les sens, on aime son chat, le chocolat, ses enfants, son épouse
De quel amour s'agit-il alors ? Aimer, pour moi n'est pas ça. Aimer c'est lieben,,,
Ich lese gern, aber ich liebe mein Mann
Je t'aime dit-on au détour d'une phrase, d'une rencontre. Mais qu'en est-il vraiment ?
Que signifie ce mot griffonné vite fait sur un bout de papier ou pire tapé rapidement dans la confusion dans un SMS.
Pour moi l' Amour ce n'est pas ça mais bien autre chose, quelque chose de bien plus profond
Cela rejoint d'ailleurs une intuition biblique essentielle :
L'amour ne se réduit jamais à une déclaration.
Il est un verbe avant d'être un nom.
Il se fait. Il s'incarne. Il se renouvelle.
C'est pour cela que j'insiste
« Aimer, c'est chaque jour regarder l'autre, lui sourire, l'aimer avec des petites attentions, le respecter, reconnaître son altérité, ne pas l'oublier, ne pas le négliger. »
Une liste très belle mais surtout concrète. Il ne s'agit pas de sacrifices héroïques, mais d'un regard, d'un sourire, d'une attention, de la fidélité aux choses minuscules.
Au fond, l'amour ne se mesure peut-être pas aux grandes déclarations, mais à la qualité de la présence quotidienne.
Ainsi l'amour n'est jamais acquis. Il ne suffit pas de dire « je t'aime » pour aimer. Ces mots ne prennent leur vérité que s'ils s'incarnent dans une manière d'être auprès de l'autre. Sans cela, ils se vident peu à peu de leur substance, jusqu'à ne plus être qu'une formule répétée sans plus aucun sens
Aimer est un acte qui se renouvelle chaque jour. C'est regarder l'autre comme s'il était toujours digne d'être rencontré.
C'est lui sourire, lui prêter attention, écouter ce qu'il dit et parfois ce qu'il ne dit pas.
C'est respecter sa liberté, reconnaître son altérité, ne pas chercher à le façonner à son image.
C'est refuser que l'habitude fasse disparaître l'émerveillement.
L'amour est une vigilance.
Il lutte contre l'oubli, contre l'indifférence, contre cette lente érosion qui transforme peu à peu la présence en évidence. Car rien n'est plus fragile que ce qui semble acquis.
Peut-être est-ce là que réside sa dimension sacrée. Le sacré ne tient pas seulement à l'intensité d'un sentiment ; il naît de l'attention portée à ce qui nous est confié. Aimer, c'est reconnaître que l'autre ne nous appartient jamais. Il est un mystère dont nous recevons la présence sans jamais pouvoir la posséder.
Ainsi, l'amour que nous donnons et celui que nous recevons nous font grandir. Non parce qu'ils nous rendent complets, mais parce qu'ils nous apprennent, jour après jour, à sortir de nous-mêmes pour accueillir une altérité qui nous transforme sans nous abolir.
« Il y a quelque chose de sacré. »
C'est là le cœur de ma pensée.
Le sacré ne signifie pas que l'autre est parfait. Il signifie qu'il est inviolable. Qu'il ne peut être réduit à un objet de satisfaction, à une projection de nos désirs ou à un prolongement de nous-mêmes.
L'autre est confié à notre amour, mais il ne nous appartient pas.
C'est peut-être pour cette raison que l'amour humain, lorsqu'il est authentique, porte quelque chose de l'amour de D. : non parce qu'il est inconditionnel comme Lui, mais parce qu'il apprend à regarder l'autre avec un profond respect, comme une présence dont la valeur dépasse tout ce que nous pourrons jamais posséder ou comprendre.
L'idée du sacré de l'altérité prolonge encore ma réflexion sur le fantasme de complétude
Ce qui est sacré dans l'amour n'est pas la fusion, mais la rencontre de deux êtres qui demeurent irréductiblement l'un et l'autre.
Alors je te dis .
Aimer l'autre et recevoir son amour sont une source de joie profonde.
Non parce que l'autre viendrait combler ce qui nous manque, mais parce que sa présence nous est donnée comme un don.
Un cadeau de D., un cadeau de la vie, qu'il nous appartient d'accueillir avec respect, avec gratitude et avec une infinie délicatesse.
Il y a dans l'amour quelque chose de sacré.
Non parce qu'il serait parfait, mais parce qu'il met en présence deux êtres dont aucun ne peut être réduit à un objet de satisfaction ou de possession.
Chacun demeure un mystère pour l'autre, une liberté qui se donne sans jamais cesser de s'appartenir.
L'autre est un cadeau qui m'est confié.
Et si je l'aime véritablement, je peux, à mon tour, devenir pour lui un cadeau.
Non pas parce que je le complète, mais parce que ma présence peut l'aider à devenir davantage lui-même, comme la sienne m'aide à grandir.
Alors l'amour cesse d'être une recherche de fusion ou de complétude.
Il devient un chemin.
Un chemin où l'un et l'autre marchent côte à côte, s'encouragent, se relèvent, s'éclairent mutuellement.
Ensemble, ils peuvent s'élever.
Peut-être est-ce cela, aimer : permettre à l'âme de grandir.
La sienne comme la mienne.
L'amour ne nous retire pas du monde ; il nous rend plus pleinement humains.
Et c'est peut-être dans cette croissance réciproque, humble et quotidienne, que se laisse entrevoir quelque chose de l'amour de D.
Brigitte Judit Dusch, psychanalyste, historienne, chercheur, exploratrice urbaine.
Crédit photo @brigittedusch

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