Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

lundi 27 juillet 2026

Labyrinthe 5 le passé retrouvé ?


 Le passé retrouvé ? Est ce aussi simple ?

On ne remonte pas le temps comme on ne fait pas le chemin à l'envers. 
Si nous ne sommes plus le même, notre temps n'est pas le même que celui de ceux dont on parle
Alors ? 

Alors il faut peut-être abandonner l'idée que l'on revient réellement en arrière, car en effet on ne remonte pas le temps et on ne retrouve pas le passé tel qu'il a été. On ne redevient pas celui ou celle que l'on était avant d'entrer dans le labyrinthe.

Et même dans ce labyrinthe lorsque l'on ressort, on repasse certes par les mêmes tracés, mais ce n'est déjà plus le même chemin. Le lieu est identique, le marcheur ne l'est plus.

C'est là, me semble-t-il, une distinction importante.

L'historien ne voyage pas dans le passé.

Il rencontre au présent des traces du passé à travers les êtres qu'il y croise à certains moments de leur vie.

Dora n'est plus là, Camille n'est plus là, Boris n'est plus là.

Ce qui est là, aujourd'hui, ce sont des archives, des lettres, des silences, des témoignages, des noms, des photographies, des mémoires

Et c'est moi, ici et maintenant, qui les interroge. L'histoire n'est donc pas une remontée du temp, mais  une rencontre entre deux temporalités.

Le passé ne revient pas, Mais il continue à agir.

Et le présent continue à lui poser des questions.

C'est peut-être pour cela que je suis si attentive à l'anachronisme.

Parce que je sais qu'il existe une distance irréductible entre eux et nous.

Je ne peux pas devenir Boris en 1914.

Je ne peux pas penser exactement comme lui.

Je ne peux ressentir ce qu'il ressentait.

Mais je peux essayer de comprendre le monde dans lequel il vivait, les choix qui s'offraient à lui, les contraintes, les croyances, les espérances qui étaient les siennes.

Non pour abolir la distance.

Pour l'habiter.

Je crois même que mon éthique de l'historien se situe précisément là.

Ni fusion.

Ni séparation absolue.

Une juste distance.

Assez proche pour entendre.

Assez éloignée pour ne pas parler à leur place.

Et cela rejoint curieusement ma réflexion sur le manque.

Car le passé lui aussi est un manque.

Quelque chose qui nous échappe toujours en partie.

Quelque chose que nous ne posséderons jamais complètement.

Peut-être que le labyrinthe n'est donc pas un voyage vers le passé.

Peut-être est-il un apprentissage de la distance.

On y découvre que l'on ne rejoindra jamais totalement l'autre.

Qu'il restera toujours un écart.

Mais cet écart n'est pas un échec.

C'est la condition même de la rencontre.

Sans altérité, il n'y a ni histoire, ni transmission, ni pensée.

Alors, si l'on ne remonte pas le temps et si l'on ne revient pas vraiment par le même chemin, que fait-on ?

Peut-être ceci :

On avance avec ce que l'on a compris.

On sort du labyrinthe non pas avec le passé retrouvé, mais avec une compréhension nouvelle de ce qui nous relie à lui.

Et cette compréhension, à son tour, devient un fil que l'on transmet aux autres. C'est peut-être cela, au fond, votre travail de mémoire : non ressusciter les morts, mais permettre qu'un dialogue continue entre leur temps et le nôtre, sans abolir la distance qui les sépare.



Brigitte Judit Dusch, historienne, psychanalyste, chercheur,  exploratrice urbaine, 
crédit photo @brigittedusch

1 commentaire:

David Rot a dit…

Shalom Brigitte. Je te lis et comprends et me rends compte de toute la sagesse que comporte tes écrits.
Oui sans traverser un labyrinthe on ne peux pas le voir pour de vrai et faire corps avec. Puis comme tu dis,
"On sort du labyrinthe non pas avec le passé retrouvé, mais avec une compréhension nouvelle de ce qui nous relie à lui. Je peux te dire que je n'ose même pas m'arrêter pour me souvenir du mien de labyrinthe. Ce fut long et je reviens dans un autre que je ne sais pas lui donner un nom. Ou sans doute ce cris peut être de D pour me dire qu'il est mon Abba si l'ai oublié. En tout cas je me souvient de la première fois ou pour rentrer dans ce chemin je me suis assis par terre et débarrassé de toute carapace pour dire me voyant en LUI ce que j'était et me sentant écouté et aimé je me suis senti BIEN et avec une respiration qui me rendait comme une brise légère.
Finalement j'ai retrouvé mon premier texte et te l'envoi.
Merci de tout ce que tu nous transmets. Bisous

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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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