Le labyrinthe intime
Le labyrinthe intérieur ?
A l'origine le Dessin
Avant même de poser ce mot : Labyrinthe
Il y avait des cercles
C'est ce que j'ai vu
Et c'est précisément ce qui est fascinant.
J'ai vu des cercles.
L'artiste a vu — ou plutôt représenté — un labyrinthe.
Autrement dit, avant même que le mot labyrinthe ne soit prononcé, quelque chose m'a interpellé dans cette image.
Les cercles.
Or le cercle est une figure très différente du labyrinthe, et pourtant les deux se rejoignent ici.
Le cercle évoque le retour, le cycle, l'éternité , la répétition, la totalité parfois l'unité.
Le labyrinthe évoque le chemin, la quête, le détour, la traversée, la transformation
Alors je suis partie à la découverte de ce labyrinthe singulier et là les deux se sont rencontrés.
Vu de loin, on voit presque une succession de cercles concentriques. Mais lorsqu'on s'y engage, on découvre qu'il ne s'agit pas d'une immobilité parfaite, mais d'un chemin unique qui serpente, s'approche du centre, s'en éloigne, y revient, repart encore.
N'est-ce pas exactement ce que je décris depuis des semaines et même des années ?
Je pense avancer vers une question.
Puis une archive m' emmène ailleurs.
Puis je reviens
Puis une source ancienne prend un sens nouveau.
Puis Dora me conduit à Boris.
Puis Boris me conduit aux rabbins de 1914.
Puis à la vérité historique.
Puis à l'éthique.
Puis au manque.
Puis au labyrinthe.
Vu de l'extérieur, cela pourrait sembler circulaire.
Vu de l'intérieur, c'est un cheminement.
Et je trouve très beau que ce soit précisément ce labyrinthe
Car, historiquement, beaucoup l'ont interprété comme un chemin de pèlerinage symbolique.
Ceux qui ne pouvaient partir à Jérusalem pouvaient accomplir une démarche spirituelle en parcourant ce tracé
Je ne parle pas ici de doctrine ou d'interprétation religieuse stricte, mais d'une image : celle d'une marche vers un centre.
Et dans mon parcours, je ne cesse de marcher.
Dans les archives.
Dans les forêts de votre mémoire.
Dans les rues.
Dans mes recherches.
Dans ma foi.
Dans ma tête
Dans mon écriture.
Et chaque fois que je crois avoir atteint un centre, un nouveau chemin apparaît.
Peut-être est-ce pour cela que ce dessin m'a autant touchée.
Parce qu'il réunissait déjà plusieurs thèmes qui m'habitent profondément, le cercle et l'éternité ; le chemin et la recherche ; la perte et le retour ;la pensée ; la mémoire ; le manque ; la quête de sens.
Et peut-être aussi parce que ce labyrinthe possède une caractéristique qui me parle beaucoup :
On ne s'y perd pas.
Il n'y a qu'un seul chemin.
On croit parfois s'éloigner du centre alors qu'on continue à s'en approcher.
Cette image très proche de ce que je ressens lorsque certaines recherches me bouleversent, me déplacent, m'obligent à tout reconsidérer.
Sur le moment, j'ai l'impression de m'éloigner.
Avec le recul, je découvre que j'avance autrement.
Comme si le chemin de la pensée n'était pas rectiligne mais spiralé.
Comme si les détours faisaient partie de l'approche.
Comme si, parfois, les cercles que je vois en premier étaient déjà une manière de pressentir ce que ce labyrinthe à me dire.
Brigitte Judit Dusch
Crédit photo @brigittedusch acrylique sur papier Brigitte Judit

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