Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

mardi 19 novembre 2013

Les Proches : burn out

Les Proches :
Ceux des malades, ceux à qui personne ne demandent si ça va, si ils vont bien, mais à qui tout le monde dit : "Vous êtes forts, courageux, tenez bon, il ou elle a besoin de vous, soutenez le ...Surtout ne faiblissez pas"
Soyez... ! Tout ça et si possible tout à la fois !

Tout un discours surfait, des injonctions qui les plongent s'il le fallait encore un peu plus dans la détresse, la solitude, le désespoir.
Car qui se soucie des proches ? Qui ?
Ils sont le déversoir des lamentations, de toutes les peines, celles des autres, du malade, des médecins ceux la  même qui sont supposés savoir ce qui guérit, ce qui soulage, mais qui en réalité sont impuissants.

Ils offrent, donnent, mais ne reçoivent rien si ce n'est que cet ordre terrible ! Vous devez !
Devoir : Obligation.

Il faut ! Vous êtes. Pire encore, car cette affirmation ne suppose et n'appelle aucune réponse, aucune défense, aucune explication...
Mais il faut quoi ?
Apprendre à vivre avec la mort prochaine, avec l'absence qui se profile, avec cette peine qu'ils se doivent de cacher sous peine de ne pas être à la hauteur.
Mais à la hauteur de quoi ?
De l'attente impossible de ces mêmes autres, qui n'ont pas même la décence de se soucier de ce qu'ils peuvent endurer, en silence, dans le silence de leur peine et de leur douleur ?

Car qui les écoutent les proches ?
Qui entend leur désespoir, leur peur, leur angoisse, leurs insomnies, leurs doutes, leur envie de fuir, de partir, de se sauver, de se perdre.... Loin très loin, ailleurs.
De fuir, de quitter tout ça, cette mort latente, en sursis, en suspend ?
Une mort tellement présente dans la vie de l'autre, celui dont justement ils sont proches ? Se doivent-ils d'être là, infaillibles, faisant face au vide de cette terrible souffrance, de cette béance que rien ne pourra remplir.
Car les proches sont dans l'attente, de la terrible nouvelle, du départ, de l'absence, de la disparition.
ON leur demande de vivre avec le mort en sursis ; terrible défi
ON leur demande de faire face et de faire semblant, de vivre la mort en différé, au jour le jour, de prendre finalement cet ici et maintenant, et de profiter. De profiter en oubliant le fantôme et la faux qui se profilent et qu'ils ne peuvent, eux, oublier !
ON leur demande de se tenir sur le fil, de tenir et maintenir ce fragile équilibre que le moindre souffle, le moindre silence peut les précipiter dans l'éternelle abime !
Car ces ombres sorties un beau jour des ténèbres, sans que personne ne s'y attende, ou si peu ne disparaissent pas comme ça, par enchantement ; il n'y a pas de tour de passe passe...
Le proche est désenchanté, dépité, découragé, démuni, déprimé, déçu, désemparé, désespéré,
Il n'en peut plus. Mais à qui peut-il le dire ? A qui peut-il se confier, vers qui s'épancher ?
Et il n'ose pas, il n'ose pas mettre les mots, mettre les cris, les larmes, il n'ose le dire et le dit !
Il n'est pas entendu, il est mal entendu,
Ses plaintes sont réprimées, cachées, tuées, refoulées, "tu y arriveras, tu es tellement courageux"
Une réponse qui n'appelle plus rien d'autre que le définitif, une injonction à peine déguisée qui reste sans appel autre que le silence.
Et comment oser après ça, être dans la plainte alors que près de lui quelqu'un souffre, et se meurt peut-être. Pour quel infâme égoïste il passerait s'il osait seulement un soupir ! Alors le mot, il serait de trop, inévitablement, infailliblement, irrespectueusement, immanquablement de trop !
Une sorte d'incongruité dans cet univers qui se veut feutré afin de mieux s'en protéger, s'en distancer. Il est le sas le gardien, le veilleur ! Et la lumière ne doit en aucun cas s'éteindre. Sous peine de...
Veilleur éveillé, qui doit tenir bon, coûte que coûte, il ne l'a pas demandé, choisi, accepté, ça lui est tombé dessus, comme ça et il ne peut se rétracter !
"Il faut être fort, mais vous l'êtes, vous avez au fond de vous la ressource nécessaire"
Oui, il faudrait être fort pour s'en dégager, dégager et déguerpir, sauver sa peau, le temps que c'est encore possible, du moins ce qu'il en reste.
Et puis le summum de la folie : de l'injonction paradoxale "il a besoin de vous, voyons vous n'avez pas le droit de flancher"
Culpabilité, terrible sous entendu ! si vous flanchez ...
Vous tenez sa vie entre vos mains...
Mais comment ? Vous !
Le proche n'en peut plus, n'en veut plus, et il a bien raison. Comment lui en vouloir ?
Il lui faut s'échapper, fuir pour vivre, se reconstruire, être et se retrouver parmi les vivants... La chambre des morts n'est pas pour lui, maintenant ! Il lui faut partir.
Il n'a plus rien à faire, ni de ces autres là ni de cette abnégation demandée, exigée par une société, qui ne sait ni prendre en compte la maladie ni la souffrance psychique.
Elle n'a pas le droit de demander ce sacrifice là, elle n'a pas le droit d'exiger.  Le sujet, le proche à lui, le droit, peut-être le devoir de dire non ! stop, de se protéger, de refuser, de ne plus vouloir, pouvoir, devoir supporter la maladie, la mort proche, la tyrannie parfois de ce mourant/vivant en sursis.
Ce blues, comme ils disent, cette fatigue, physique, mentale, psychique, émotionnelle, ce burn out que vivent ces proches qui sont sans cesse sollicités, à qui il est demandé d'apprendre à faire le deuil de ce parent en partance, pas tout à fait mort, mais pas tout à fait vivant.
C'est l'impossible qui est demandé, et la morale qui est convoquée.. ! Mais quelle morale ?
Le socialement correct qui encore une fois vient s'en mêler. Le "qu'en dira-t-on ?" et nous savons tous à quel point ce regard là, cette désapprobation sociale là est intolérable ! La pire des blessures narcissiques pour quelques uns !
Le proche a t-il besoin, ce besoin social, narcissique exigé par la pression d'une société toujours plus intrusive, inquisitrice de renoncer à lui même, pour accompagner ?
Se mettre entre parenthèses, s'oublier pour ne pas paraitre ingrat ? Mais aux yeux de qui ?
N'a-il pas le droit de craquer ? De pleurer, de hurler ? De dire qu'il n'en peut plus ? Qu'il voudrait que ça finisse peu importe comment, mais que ça finisse, car il ne veut plus de cette boule au ventre, dans la gorge, il n'en peut plus de guetter dans le regard de l'autre de celui qui est malade, le moindre signe qui montre que son état empire.. De ne plus vivre avec cette peur là, cette angoisse là,
Il oublie parfois tout ça, quand la maladie laisse du répit, quand la mort se met en vacances pour quelques jours, quelques heures, alors il oublie tout ça et vit revit un petit peu, mais ça ne dure jamais longtemps...
Sa vieille ennemie n'est jamais bien loin et tout recommencer....................

Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste.

A tous les proches, avec mon amitié, mon soutien
A toi aussi ma Chère, ma Douce, ma Tendre Amie Esther qui entendra ses mots avec la musique qu'il convient.

mardi 12 novembre 2013

La plainte (1)

"Tu ne te plaindras pas"... "Jamais tu ne te plaindras"
Injonction ou commandement ? !
La plainte, se plaindre n'est pas vraiment bien toléré dans nos sociétés, la douleur qui en émane, physique ou/et psychologique n'est au mieux pas entendue au pire pas prise en charge.
En effet il n'est pas vraiment de bon ton de se plaindre, de dire la douleur, de mettre des mots sur ces maux du corps, de l'âme ou de l'esprit, de dire ces bleus, ces blessures, ces hématomes là.
Tout juste quelques antalgiques anti quelque chose, pour mettre fin aux maux mais surtout à ces mots qui  sont parfois pour l'autre intolérables.
Entendre la plainte n'est pas simple, pas facile, surtout quand on ne peut ni l'apaiser ni la soulager. Car même l'écoute attentive et bienveillante n'est pas un remède suffisant, parfois l'antalgique le plus puissant n'est pas la solution
Alors que faire ?
Que faire avec la plainte, que faire de la plainte ?
"Il ou Elle se plaint tout le temps, c'est fatiguant à la fin, elle ou il a toujours quelque chose, mal quelque part.."
Douleur, mal, plainte, bouteille à la mer, pour dire à l'autre j'ai mal, pas forcément aide moi, du moins pas directement
Mais que signifie t-elle ? Que veut le sujet de la plainte ? Pourquoi interpelle t-il l'autre, son alter non ego ? Que lui veut-il au juste ? Ou pas.
Qu'est ce que la plainte ? Porter plainte, qui dans son acception juridique signifie porter à la connaissance de l'autorité une infraction à la loi. Ainsi le sujet lui demande de reconnaitre qu'il a été victime de quelque chose qui lui fait offense.
Il y a là, dénonciation et énonciation d'un fait, l'expression d'un mécontentement, la plainte est portée devant l'autre chargé de faire respecter la loi que les hommes ont mises en place. Ainsi le sujet se plaint du traitement dont il a été l'objet, de l'instrumentalisation qui a été faite de sa position de sujet qui a été bafouée, maltraitée. Il dit, déclare, parle...
Il existe donc un discours de la plainte, une sorte d'espace lexical où l'on retrouve pèle mêle des cris, des mots, des gémissements, des larmes, des lamentations, ce plagere latin qui se veut bruyant et démonstratif, qui montre à voir ce chagrin et cette douleur dans des manifestations intempestives, hurlements, vêtements déchirés, coups portés sur et contre soi... Ces cortèges antiques, pleureuses où le corps tout entier est alors convoqué pour dire à l'autre et porter la plainte au dehors, aux yeux de tous, leur dire la mort, la peine et la douleur bruyante qui en résulte. Une douleur qui se montre à voir et à entendre.
Exporter, exalter la plainte, la faire sortir hors du corps pour que l'autre en soit témoin.
Tant de mots et de gestes qui relèvent presque de l'impudeur dans nos sociétés occidentales où souffrances et manifestations de celles ci se doivent d'être silencieuses, on doit avoir mal en silence et surtout ne pas se plaindre. Serrer les dents et ne pas déranger l'autre. La plainte se doit d'être muette et sourde. Elle ne doit avancer que masquer, le sujet se doit de la taire, de la faire taire de la garder silencieuse et l'autre alter non ego ne pas la voir ni l'entendre. Même pas la deviner !
La plainte intolérée devient intolérable. Il faut l'étouffer dans l'oeuf, la réduire au silence. Toute une panoplie de stratagème est déployée, médicaments en tous genres, analgésique, antalgique, anxiolitiques, formules de politesse et gestes de circonstances sont autant de circonvolutions qui porte la plainte loin du regard qui ne peut la soutenir !
Car elle peut être contagieuse, elle peut toucher et blesser, renvoyant à l'alter non ego, autre, témoin assistant mais non assisté son propre "je" ou "moi"insupportable.
Signaler, déposer, mettre en cause, voilà ce qu'est la plainte, voila ce qu'elle dit, ce qu'elle nous dit, son acception juridique en souligne bien l'aspect de monstration et c'est bien là le drama, l'action de la plainte.
Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne

vendredi 1 novembre 2013

Tu meurs

Tumeur un de ces mots maudits dont l'énoncé est une injonction, une condamnation !
Mais peut-on, comment l'entendre autrement ?
"Vous avez une tumeur, c'est une tumeur."
Tu meurs !
Le mot qui fait peur. Encore un. Il y en a tant ! On les entend parfois, souvent, mais sans trop y prêter attention, ils sont dits, lancés, énoncés sans trop y prêter attention non plus, ils font partie du vocabulaire, de cette terminologie médicale qui paradoxalement n'est jamais très claire, très précise, qui comme sa chirurgie est invasive et surtout évasive.
Pourtant !
Tumeur, et tout de suite l'angoisse, l'anxiété, la peur envahissent le sujet qui vient d'apprendre cette nouvelle, bien curieuse et bien mauvaise nouvelle. Grosseur, kyste, boule, autant de terme aussi pour éviter celui qui tue, celui qui évoque le pire, le possible de l'impossible ou l'impossible du possible
Condamnation, sans sursis, sans rémission, sans rédemption
Curieux pouvoir des mots qui sans magie, sans mal gie, sans rien d'autre que la simple perception, le simple son sont reçus et entendus.
Ces mots qui renvoient une image, un son, une représentation, un univers, un espace, un lieu.
Mais de quel lieu s'agit-il ?
Chant de mort et chant de guerre pour ce corps qui devient un champ de bataille. Celui qu'il va livrer contre cet intrus, cet envahisseur, cet hôte bien encombrant, qu'il n'a pas invité et qu'il tente de déloger.
Celui qui est parvenu à se loger, à prendre place, à l'occuper... Il s'est incrusté, là où souvent on ne l'attendait pas.Car qui attendrait cet hôte indésirable ? Indésiré ? Impensable ?
Il ne s'est pas manifesté tout de suite, n'a pas fait de bruit souvent, il resté bien sagement tapi dans l'ombre, le temps de faire, d'y faire son nid.
Crypte ? Sujet aux prises avec les fantômes qui hantent et qui murmurent des maux et des mots sans ombre et sans lumière, des mots nus, des mots perdus qui ne trouvent pas d'adresse. Des mots errants qui tentent de se fixer pour vivre et en même temps détruire.
Qui se fixent comme sur l'image, celle de l'imagerie, qui dicte et qui dit. Tu meurs ou pas... Pas tout de suite !
C'est là toute la question, l'impensable question : "Avant ce diagnostic je n'en savais rien, pourtant ce mot change ma vie, mais ma vie est la même qu'avant ! Pourtant non, je n'y comprends rien, rien ne pourra alors être plus pareil' me confie un patient
Avant et après ! Ce mot, injonction est une rupture, brutale, un avant et un après et au milieu ce mot qui tue, pourtant la vie semble être la même !
Alors que se passe t-il ? Le pouvoir des mots encore, celui qui fait que le mot devient un mal dit, un mot dit maudit. Une représentation qui fait mal et fait que l'idée de la vie bascule, presque mais pas tout à fait de l'autre côté. Que cet autre coté oublié, refait tout à coup surface et devient là, tout de suite une issue possible à la vie.
Car si tout homme se sait mortel, il a heureusement ou non tendance à l'oublier. Tu meurs, tumeur lui rappelle brusquement sa condition de sujet mortel
Non, vous ne vivrez pas comme des dieux, cela impliquerait la vie éternelle, non, vous ne serez pas comme des dieux ! Mais ces dieux si toutefois ils sont, qui sont-ils ?
Nul ne sait sans doute.
A quelle branche, quel espoir peut-on alors se raccrocher ? Car tu meurs, certes mais nul ne te dis quand ni de quoi encore moins pourquoi !
Nul ne connait son destin, sa destinée ni celle de son "prochain" !
Injonction terrible mais qu'il ne faut pourtant pas prendre au pied de la lettre...
Tumeur n'est pas une condamnation à mort, n'est pas une condamnation de la vie !
Pire encore peut-être... ?
Une condamnation au non espoir, un mot qui fait trembler, qui contient une charge explosive et destructrice... Une blessure qui laisse des traces, qui laisse trace dans la psyché de l'homme ou de la femme qui en devient le témoin assisté.
De quel droit condamner l'autre à ce non espoir ? De quel droit user de son pseudo savoir pour assigner l'autre à ne plus croire, à ne plus entendre le chant de la vie, d'user de mots qui deviennent les maux de l'esprit ?
De quel droit user, abuser l'autre et de lui dire sans autre mots, sans autre geste "tu meurs" ?

Brigitte Dusch psychanalyste.

jeudi 24 octobre 2013

Si j'osais !

"J'aimerai bien, si j'osais, si je m'écoutais...
Je ferai, j'irai, je dirai...
Mais...
Mais ?
C'est plus fort que moi, je n'ose pas, je ne peux pas...
C'est trop difficile, il y a comme une boule là, au fond de la gorge, à l'estomac, au ventre
Il y a quelque chose qui me retient, qui m'empêche, qui m'interdit presque !
Alors ?
Je n'ose pas, je ne dis pas, je ne fais pas.
Et pourtant, ce n'est pas l'envie qui manque !
Le désir peut-être ?
Oser, dire ce que je pense, ressens, perçois...
Me dévoiler...
C'est ça peut-être qui m'empêche, qui m'interdit ?
Dire des choses sur moi, faire des révélations sur moi, donner des informations à l'autre ?
L'autre, nous y voila...
Encore lui... Décidément ! Cet autre qui empêche, n'autorise pas, fait que je ne fais pas"

Autre ? autre ?

Dire, donner son avis, parler, communiquer, choisir, renoncer, oser, aller... Autant de verbes simples, d'actions banales mais qui pour certains d'entre nous sont difficiles, compliquées, complexes, parfois même impossibles.
Choisir ? C'est renoncer. Faire un choix c'est prendre l'un et ne pas prendre l'autre, c'est laisser l'un pour l'autre, c'est abandonner. Prendre et laisser.
Dire c'est aussi abandonner, laisser des mots glisser hors de soi ! Communiquer à l'autre, son avis, son choix, sa pensée.
Oser c'est aller de l'avant, c'est avancer, c'est se dire j'y vais, mais je peux peut-être me tromper, c'est prendre ce risque, savoir qu'il existe, décider ! Agir...
Etre acteur ? Seulement être acteur de sa vie n'est pas un rôle de théâtre ou de cinéma... Etre acteur de sa vie, c'est décider de faire ou d'aller, de dire oui ou non. C'est être en capacité de le faire, sans crainte, sans anxiété, en acceptant le risque de se tromper. Un risque qui  remet seulement en question une décision,mais pas son être tout entier.
Se tromper est possible, le sujet humain n'est pas parfait, nul n'est parfait.. Quid d'être parfait ?
Se tromper est un risque qu'il faut décider aussi de prendre ou pas, mais ne pas agir peut aussi se révéler être une décision, celle de ne pas accepter de prendre ce risque... Mais c'est agir ! quand même.
Alors être acteur de sa vie n'est pas si compliqué que ça, c'est un challenge à la portée de chacun nous, être acteur, décider d'agir pour soi, c'est se connaitre et s'aimer au moins un peu, avoir cette estime nécessaire qui fait que l'on se pense aimable.

Pourtant c'est là, que ça coince, que ça bloque, l'estime et l'amour de soi, ce narcissisme nécessaire, indispensable. S'aimer, se trouver des qualités est simplement naturel, savoir quelles sont ses forces et ses faiblesses est essentiel. Savoir qui on est.
Aller à la rencontre de soi, de son être soi... Une aventure qui vaut le coup d'être tentée, un rendez-vous qu'il faut se donner, et qu'il convient de ne pas manquer !

Brigitte Dusch, psychanalyste.

dimanche 13 octobre 2013

Confiance en soi ? 1

Elle n'est jamais vraiment sûre d'elle, la moindre remarque, réflexion, le moindre regard, tout peut tout remettre en question, en une fraction de seconde.
Elle se retrouve alors démunie, pas bien, comme elle dit, avec une boule, au ventre, dans la gorge, ça dépend, mais ça coince quelque part, des suées, froides, chaudes de la tête aux pieds, un mal aise, un mal être...
Il est complétement déstabilisé, le film qu'il a tant aimé a reçu une mauvaise critique, ses collègues en parlent négativement et surtout raillent ceux qui l'ont aimé.
Il se tait, ne dit rien, mais ne se sent pas bien, ses pensées n'arrêtent pas de tourner, tourner en boucle, en disque rayé, il n'arrive pas à arrêter cette machine infernale qui l'abasourdit, il ne s'entend plus, il n'entend plus rien, ça le serre, lui fait mal, il devient rouge, blanc, à l'impression d'avoir des sueurs froides, il  n'ose plus rien dire et dans ces cas là, il quitte la pièce...

Sûr de soi, confiance en soi.. Des expressions à la mode, presque des injonctions, il faut être affirmé, mais attention, pas trop, juste comme il faut, juste... Le juste milieu...
Mais ce n'est pas facile, comment faire, car "à chaque fois qu'un autre n'a pas le même avis, je me dis que je suis une idiote" confie Sophie* et de poursuivre, "j'adore manger ma tarte aux pommes avec une boule de glace, l'autre jour, une collège explique que ce sont les imbéciles, les rustres qui la mangent de cette manière... Vous comprenez j'ai été terriblement blessée, je n'ai rien osé dire, je n'ai pas osé dire que... "
Que quoi ?
Qu'elle, elle aimait la manger de cette manière avec une boule de glace ?
Pourquoi ?
Par crainte de rentrer dans la catégorie mentionnée par cette collègue en apparence bien sûre d'elle ?
Cet exemple banal semble caricatural et pourtant, hélas il ne l'est pas.

C'est une foule de petits détails de petites anecdotes comme celles là qui mettent mal à l'aise qui font que des hommes et des femmes tout comme Sophie se retrouvent brutalement remis en question, déstabilisés. Bien sûr on pourrait analyser le comportement, il y aurait matière, on pourrait noircir des feuilles et en écrire un livre entier. Mais ce n'est pas le but de ce billet. L'objectif étant de souligner la fragilité du sujet humain, une fragilité parfois insoupçonnable, car ces hommes et femmes ne sont  ni timoréees, ni timides, ni... ni...
Seulement, la moindre remarque, réflexion constitue une effraction, elles se sentent remise en cause et en question dans leurs convictions, leurs croyances, leurs pensées, pas une seule fois il leur vient à l'idée que l'autre qui parle avec un tel aplomb n'a pas tout à fait raison, qu'il se trompe ou bien que simplement c'est son avis, à  lui et qu'elles ne sont pas obligées de le partager... Heureusement !
Car nous sommes différents, nous sommes tous des sujets singuliers, et chacun a le droit de manger sa part de tarte comme bon lui semble, avec ou sans glace, son thé avec ou sans lait.

Tolérance ? Respect de l'autre..
Bien sûr ces notions entrent en ligne de compte, mais ne nous intéressent pas et n'interpellent pas nos sujets là immédiatement, dans cette situation, car ce sont elles qui se trompent, qui sont persuadées de faire fausse route, qui sont dans l'erreur. ELLES sont le problème, c'est chez elles que quelque chose ne va pas et les autres :... Eux, ces autres ont forcément raison, ils savent ce qui est bien, bon, ce qui se fait ou non. Ils détiennent forcément cette vérité, la vérité, la seule vérité qui soit. Ils donnent le ton, disent ce qui doit être ou pas. Eux ils savent... !

Alors qu'elles ?

Elles, elles sont nulles ! Forcément. Elles ne savent pas, leur avis est mauvais, elles n'ont rien compris, alors elles n'osent s'exprimer, discuter et encore moins dire ce qu'ils pensent, elles se taisent ou parlent pour acquiescer, même si elles ne sont pas d'accord au fond d'eux mêmes. Mais qu'importe  leur avis puisqu'il est forcément mauvais, puisqu'il n'est pas comme ceux de ces autres qui savent tout.

Alors pourquoi ce regard  ? Ce regard sévère et injuste sur elles mêmes ? Pourquoi ce manque de bienveillance, d'indulgence ? Pourquoi ce manque de confiance ? D'amour, d'estime ?

* le prénom est bien sûr fictif.

samedi 5 octobre 2013

Histoire...Mémoire.

Historienne, on me demande souvent " sur quelle période ?"... Et je réponds : "Je suis dixseptièmiste"...
Un peu le hasard ? Passionnée d'histoire et de lettres classiques, formée au latin grec dés mon plus jeune âge, je me destinais à l'étude de l'histoire ancienne, pourtant j'avais choisi cette mention singulière en licence "paléographie médiévale et moderne".... Hasard ?
Le sujet d'histoire moderne traité cette année là, le sérieux, la rigueur et le talent de mon professeur m'amenèrent à candidater pour une maitrise d'histoire moderne.. Et je me retrouvais embarquée dans une histoire singulière, d'amour et de passion, celle éprouvée pour ce siècle bouillonnant et  tout aussi singulier qu'est le XVII° siècle. Un coup de foudre !
Je ne le quitte plus depuis... tant d'années.


A mon amie Myriam Karsenty je disais"'j'ai longtemps évité l'histoire contemporaine pour ne pas souffrir ?" sûrement, certainement...
Pourtant cette histoire là, ces moments si précis et cruels de cette période là étaient sous mes yeux, sur les étagères de la bibliothèque familiale, sur la table de chevet de mon père, dans la mémoire des mes grands parents, sur leur chair, dans leur coeur, gravée à tout jamais...
Pourtant ! Même si on n'en parlait pas, les silences valaient plus que les mots, il n'y avait pas le poids de ce silence, mais plutôt celui de ces mots, enfouis, qui ne peuvent être dits, mis à nus, parlés....
Alors ?
J'ai longtemps cherché... Le goût de la psychanalyse aussi sûrement ! Chercher à expliquer à défaut de chercher à comprendre, me disant que l'un éclairerait peut-être l'autre !
Pourtant... J'ai regardé, feuilleté ses livres, en cachette parfois, comme si j'avais petite fille conscience de transgresser, de passer outre ce silence tacite, ce voile d'ombre, cette aura mystérieuse et douloureuse qui entourait les miens, mince cellule familiale ! mince, comme ce qui reste, ceux qui restent..Encore...
On n'en parlait pas, pourtant on parlait de la guerre, de la milice, de la France des collabos, des résistants, des Justes, tout cela me semblaient des mots avec une consonance et un contenu terribles, Des mots scellés, tenus dans une crypte cachée que je ne pouvais pas ouvrir car je n'avais pas la clé, mais qui possédait ce sésame ?
Qui pouvait me dire, me conduire, me mener seulement au seuil de cette porte ?
Et serais-je alors entré ? Aurais-je poussé cette ultime barrière qui m'aurait conduit à ?

Entre deux, deux langues, deux guerres, deux valises, deux cartons, deux ?

Je me suis intéressée à l'histoire de la France, à sa littérature, même si enfant j'ai été imprégnée de littérature russe, contes et légendes de Grimm, berceuses yiddish, mélanges et langues, entre deux...
Un mélange tellement familier que je peux parler, penser, rêver avec toutes ces bribes, ces mots qui s'assemblent et forment un joli patchwork.

Puis peu à peu, j'ai cheminé essayé de lire en entier les livres de mon père, sans y parvenir...Prenant et reposant ces volumes.
Il a fallu recomposer l'histoire, la sienne, mais il n'en parlait pas, bribes volées et morceaux assemblées tels les fragments retrouvés sur ces champs de ruines, pour tenter de comprendre !
Archéologie de la mémoire.
Champ de ruines..Eparpillées, en éclats. Au milieu, je suis là, j'écoute, entends, relie, assemble et tricote, prend du recul sur ce curieux ravaudage et essaie de mettre cette histoire au coeur de l'Histoire.
Depuis quelques temps, j'essaie de retracer le parcours de certains des miens, le dossier est là, numéros de matricules, de convois, dates, archives, copies adressées par les mémoriaux.. Le dossier est là.. .mais je n'y parviens pas. Pas encore. Je crois au temps, au moment. J'attends.

Souvent je pleure en lisant comment Albert est mort, fils d'un tailleur d'habits ; Rien ne le prédisposait à mourir sur les rives rouges de sang de la Baltique... Marches de la mort ! Ton nom sur un mémorial, une stèle, tout ce qui reste, une médaille et quelques images qui restent dans la mémoire de ton fils !
Puis Anatol ? Je ne sais ce que tu es devenu toi qui cumulait tous ces terribles handicaps, toutes ces tares ! juif, hongrois et communiste !Où es-tu ? Es-tu retourné à Pertersburg où tu es né ? J'ai lu et compris que tu avais survécu à Mathausen, aux Kommando et puis à quoi encore ?
Puis ce D, qui git en "terre ennemie" enrolé de force par l'armée soviétique tu es venu finir ta vie là, pourquoi ? Tu étais si jeune ! J'ai vu notre nom, en entier et non le nom de l'exil, là sur cette plaque... j'ai déposé une fleur sur ta tombe l'an passé dans ce cimetière, sous les arbres de l'ancienne DDR, et j'ai prié moi qui n'ai jamais appris à le faire.
Kaddish....
Et les autres ...?
Vous êtes là, êtres de papiers, êtres vivants qui attendent que je fasse vivre votre histoire, que je raconte votre courte vie pour certains, bien trop courte..Vous attendez que je fasse mon devoir, mais je n'y parviens pas, je n'y arrive pas à chaque fois je repose ces documents "historiques". Je n'ose vous demander de m'insuffler la force !
Devoir de mémoire, de votre mémoire, de ma mémoire, de notre mémoire.

La première fois que j'écrivis à un mémorial, je le fis en français, refusant d'user de la langue de leurs bourreaux, en réalité je ne pouvais pas, cela m'étaient impossible...Les mots ne venaient pas, ils s'étaient enfuis, enfouis. Puis peu à peu les échanges se firent plus intimes, et je repris alors la langue... Histoire encore ! Entre deux toujours.!

Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste

Je dédie cet article à Myriam Karsenty, et  la remercie pour tout le travail de mémoire qu'elle fait, qu'elle a le courage de faire. Nous te sommes tous redevables Myriam.
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Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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