Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

lundi 5 mai 2008

Les noeuds de l'enfance..

"Aujourd'hui que vous étes psychanalyste, vous avez forcément dénoué tous les noeuds de votre enfance" m'écrit une jeune analysante, particulièrement aux prises avec ceux de son enfance à elle !
Les noeuds de l'enfance ? Les dénouer ? Tous ? Forcément ?


Tous les noeuds ?
Dénouer tous les noeuds ?
Forcément ?
Ce forcément durassien... Forcément !

Sûrement certains et heureusement ! Suis je tentée de répondre... Mais tous ?
Car il n'y a pas de noeud unique, forcément !
Il y en a plusieurs....

Les noeuds de l'enfance ? Noués lors de l'enfance,
C'est sûrement eux qui ont fait que je sois devenue psychanalyste, et thérapeute...Oui, sûrement.
Ce sont eux qui ont fait que je me suis posée toutes ces questions, enfant déjà. Que je voulais comprendre. Ce qui n'allait pas, mais ce qui allait aussi.
Que j'ai cherché à avoir des réponses, que je me suis engagée sur ce long chemin, dans ce difficile parcours. Que les réponses amenaient encore des questions, que ces mêmes réponses dénouaient mais renouaient encore....

Que j'ai cherché encore et toujours.
Sans regret, avec douleur parfois, avec bonheur souvent.

C'est sûrement eux qui ont fait la femme que je suis aujourd'hui...

La souffrance, celle de l'enfance, mais aussi celle qui suit celle ci, la souffrance tout court cette fois, est souvent déterminante pour comprendre. Mais elle n'est pas la seule et heureusement. C'est la vie, la vie tout court, qui est faite de bonheur, de joie, de souffrance, de chagrin, de joie encore et de bonheur.... Un éternel recommencement, le chemin de la vie, faite et ponctuée d'événements heureux et/ou malheureux, mais que nous affrontons plus ou moins bien, cela dépend. Mais que nous essayons d'affronter, de dépasser, de digérer, pour être plus fort, pour vivre au quotidien tout simplement, du mieux que l'on peut, avec soi, mais aussi avec les autres. Si l'on peut. Comme on peut !


Alors on se fait le pari : Se comprendre d'abord. Du moins essayer de tenter
Puis peut-être, après le désir de comprendre les autres.
Mais se comprendre avant, étape essentielle, fondamentale, essentiellement nécessaire avant de s'engager dans le difficile parcours d'aller à la rencontre de l'autre.
Se rencontrer, ne pas manquer son rendez vous avec soi, pour éventuellement accepter un rendez vous avec l'autre...

Se comprendre pour s'aider...
Se comprendre pour aider...
Comprendre les autres pour les aider ?
Le mot aide ne convient pas ici. Il est presque de trop, incongru.
Bien que parfois, il faut porter, tenir à bout de bras la souffrance de l'autre, pour lui permettre de tenir debout, du moins pas trop courbé, affligé par le chagrin, la peine...
Porter ! Soutenir ! Su porter !

Alors, comprendre, dénouer, délier, pour accompagner, écouter... ?
Offrir un espace de parole, un espace d'écoute, un espace à celui qui s'engage sur ce long chemin ?

Pour en revenir aux noeuds de l'enfance, on peut se demander comment ces noeuds adviennent
Pourquoi un noeud ? Des noeuds ?

Qu'est ce qui se noue ? Qui noue ? Et pour quoi ? Pour qui ? Comment ?
Pourquoi ensuite dénouer ? Pour soi ?

Sommes nous alors "un sac de noeuds" ? Sublime et pittoresque métaphore
Mais dans ce cas précis, il y a le sac, celui qui contient le noeud, les noeuds,
Et dans quel état se trouve ce sac ne contenant que des noeuds

Je m'attarde volontairement juste un peu sur le noeud, sa représentation, la représentation que j'en ai. Elle est paradoxale, d'une part le joli noeud qui orne les nattes de la petite fille (oui, la natte, la tresse, on tisse ? on lie on noue ? les cheveux, la chevelure, les méches que l'on retient par ce joli petit bout de chiffon qui deviendra le noeud, ces méches rebelles, folles qu'on prive de liberté, de mouvement naturel, pur les discipliner sagement et transformer la sauvageonne en petite fille modèle)
Et le noeud qui ferme, qui empéche que ça ne s'échappe, qui obstrue, qui relie les liens...
les liens ?
Le noeud qui ferme le sac

Et puis il y a ce noeud au fond de la gorge, qui empêche les mots de sortir, de s'échapper, de se dire, de se laisser aller, de laisser les mots de courir en toute liberté...
J'ai la gorge nouée, les sanglots ne peuvent même pas éclater !
Le noeud qui empêche les aliments de passer
Ce qui reste à travers la gorge, ceux qui restent...
Celui qui tord l'estomac, les intestins...
Le corps est noué, les muscles, les nerfs...
Tout est dur! tendu ! prêt à se défendre

En position de combat
Mais pour affronter qui ?
Pour affronter quoi ?
Les fantômes et les squelettes enfouis dans les placards, au fond des oubliettes, des caches secrétes, de la crypte souterraine ?

Déterrés le morts! ou plutôt les pseudo morts, ceux ou ce qu'on ne peut tuer ! Qui ne peuvent pas mourir !
Les éveiller et les empêcher de dormir au cimetière,
Debout !
Toutes ces ombres, ces spectres qui rodent, qui hantent notre inconscient. Qui heurtent et frappent aux portes de notre conscient, comme un inconnu la nuit au plus profond de l'hiver
Alors nous le laissons entrer, lui faisons une petite place, une toute petite à table d'abord, puis comme il fait froid et que la tempête de neige est au plus fort, on lui offre une paillasse pour la nuit, à défaut de la chambre d'amis.

Toutes ces ombres...Enfouies, mais pas suffisamment
Et qui reviennent de temps à autres
Se rappeler... Se souvenir
Don't remenber the bad days !
Don't remenber !
Vergiss nicht !

Noeuds que je dénoue, que je renoue, et que je noue encore et encore.Comme sur un tricotin !

Noeuds de l'enfance, du souvenir construit assemblé et rejeté pourtant au plus loin de mon inconscient, mal refoulé, pensionnaire à vie de ma mémoire à long terme... Qui fait que jamais je n'oublierai.
Même la démence ne m'en protégera pas !

L'homme est-il donc condamné à vivre de noeuds ? A nouer et vivre encore et encore avec les noeuds de ses propres fantômes et ceux de ses ancêtres parfois ?
Les maisons ne sont pas hantées, ce sont les êtres, et nul ne peut exhorciser ! Nul ne peut extirper ces esprits malins cachés à tous jamais au plus profond de ces noeuds du corps, mais aussi et surtout de l'esprit.
Esprits malins qui torturez l'esprit de l'homme, qui nouez pour qu'il n'oublie pas, comme on fait un noeud à son mouchoir
On fait un noeud tant et si bien, qu'on ne sait plus pourquoi on l'a fait
On le dénoue alors, pour redonner forme au mouchoir !
Lisse, tout lisse et uni, il est prêt à servir, à resservir
Et puis, pour ne pas l'oublier

On refait encore une fois, un petit noeud.................

jeudi 1 mai 2008

Scansion

Grande question que celle là ? La pratiquer ou pas ?
Lacan en a usé et abusé ! Tant et tellement que c'en est caricatural.

Aujourd'hui, un analysant avisé écrirait peut-être sur un site déjanté et loufoque : "Aujourd'hui,je suis allée chez mon analyste, il a interrompu la séance au bout de cinq minutes et a quand même empoché mes 500 fr.vdm"
Et il aurait raison, du moins il n'aurait pas tord..
Cela démontrerait qu'il a un certain sens de l'humour, de la formule et surtout qu'il saurait mettre des mots sur une pratique qui ne manque pas d'interpeller...
Scansion ou pas scansion ?

Mais pourquoi au juste.
Les freudiens, du moins ceux qui se réclament du Père, directement du Père, ne la pratiquent pas. La scéance, quoi qu'il arrive, dure 45 mn.... Retard ou non.
45 mn, presque chrono en mains...!
Si votre rendez vous est à 15 h, vous en aurez terminé à 15h45, que vous soyez à l'heure ou que vous ayez une demi heure de retard ! Dans ce cas là, tant pis pour vous, ou tant mieux !
Certains analystes mettent un réveil, ou une minuterie...Et l'analysant peut ainsi voir défiler le temps ! Etre surpris dans son discours, dans son silence. Sur Pris en plein milieu de son inconscient, de son retour du réfoulé..

Se dire qu'il lui reste encore quelques minutes à dire !

Car le temps sur le divan n'est pas le même que le temps ordinaire. Sa perception n'est pas la même !
Il ne coule pas de la même manière, il peut être plus long, ou plus court. C'est selon.


Les héritiers de Lacan, ou qui se disent tels ! interrompent la séance quand bon leur semble ! Enfin vous diront-ils, si toutefois, ils concédent ou condescendent à vous ou simplement à dire quelque chose, quand cela leur semble nécessaire, utile, essentiel.
C'est eux non "les supposés savoir" ?

Interventionnistes donc. Car ce bon qui leur semble est à leur pure discrétion, appréciation.
Le bon moment. "C'est tout pour aujourd'hui".
Cette formule en impose, il faut en convenir....Elle n'appelle pas de commentaire, aucun, ni de soupir, aucun, du moins apparent. Celui qui se rebifferait, n'aurait rien à faire là, ou serait guéri, c'est peut-être ça la "guérison en sus" ou de "surcroit" !!!

"Peut-être avait-il une course à faire" me dit un jour un patient qui n'avait pas apprécié cette méthode
"Il a censuré ma parole" Dit un autre.
"Il m'a quand même pris mes 100 Euros !" reconnait plus pragmatiquement une jeune femme qui se dit "plus près de retourner chez de tels charlatans"

D'autres y trouvent leur compte ! C'est le cas de le dire
L'analyste dans sa toute puissance... L'analyste sachant savoir ce supposé ou ce satané savoir, que lui analysant ne sait pas et paie n'importe quel prix pour enfin savoir, ou pour enfin espèrer peut-être savoir, ce qu'au fond, il n'a peut-être pas vraiment envie de savoir. D'où le nombre de resistances... Au savoir, à l'analyste, au savoir de l'analyste, au savoir de l'analysant, au savoir de la cure. Au savoir tout court !
Bref, si l'analyste le fait me dit une jeune femme : "C'est qu'il a ses raisons"
Ses raisons qu'elle ne connait pas, mais que lui doit savoir
"C'est pour mon bien" Mais le bien de qui ? Le sien ? Celui de l'analyste ?
Allez savoir ?

Pour en revenir à la scancion... Elle peut,sous certaines conditions et dans certains cas, elle peut être utile, nécessaire....Pour l'analysant.
Pas toujours, pas tout le temps "C'est plus du jeu, sinon"

Trop de scancion tue la scancion
Et c'est vrai.

En revanche, ce que je qualifierai d'outil thérapeutique, bien manié comme tous les outils dont dispose le thérapeute, peut être interressant, peut dénouer, faire avancer le travail analytique, pendant et en dehors des séances...
C'et d'ailleurs son objectif.
Il peuten effet, à certains moments de l'analyse, que le sujet et son analyste auront repérés permettre à l'analysant de dénouer, de comprendre, faire des lien, d'aller au delà..
De reprendre ensuite à la séance suivante. Plus facilement peut-être, ou bien autrement, car cette scansion là, aura marqué, scandé le tempo, celui de l'inconscient ramené sur le divan.
Pourquoi pas ?

Souvent vécu comme une frustration, la scancion l'est en effet, mais la frustration n'est elle pas nécessaire au développment (le b a ba de la psychologie de l'enfant)
Ce serait croire, -à tord, mais aussi à raison- que l'analysant est un enfant ?
Enfant, sûrement pas, mais le transfert permet souvent une régression. La regression dont parle Freud.
Mais l'analysant est-il en mesure de faire face à cette interruption de sa parole ? D'y trouver de l'intéret ? De lui donner du sens ?
Nous avons tous en mémoire la souffrance de Maud Mannoni lorsque Winnicott (qui ne l'avait pas informée de la durée de ses séances) interrompit brutalement leur entretien...
Brutalement ! C'est en fait parfois vécu comme une violence...
Une frustration, nous l'avons déjà souligné, sûrement. L'interruption de la séance au moment où l'inconscient se fait jour... Jouir ? Pour reprendre un propos prété à Lacan ?
La jouissance de l'inconscient ? de l'analysant ? Ou celle de l'analyste ?
Une jouissance impossible ? Mais pour qui ? Et pour quoi ?
Faire jouir ? Ou faire jour ?
Ramener au conscient le matériau refoulé, car jusque là impossible à surmonter, associer ces mots, ces pensées, ces rêves, perlaborer.... Puis brusquement être interrompu "c'est fini pour aujourdh'ui !"
C'en est fini pourqui ? Le sujet ? ou l'analyste, qui montre là son impossibilité à surmonter sa propre jouissance ou celle de son analysant, préférant ainsi par là, castrer. Mais castrer qui ? Encore une fois ?
Castration ? Frustration ? Violence ? Brutalité ?
Qui refoule encore et qui refoule quoi ? L'impossible impossibilité de la jouissance de l'inconscient à faire jour au conscient ?

La scansion donne t-elle sa mesure, son rythme à la cure ?
La cure est-elle une partition ? Celle de l'inconscient qui se joue sur le divan ?

dimanche 27 avril 2008

Pourquoi la douleur ?

"Mais pourquoi j'ai mal ? Pourquoi cette douleur ? pourquoi je souffre ? "
Ces questions je les ai entendues souvent, je les entends encore, je me les pose aussi, quand je ne sais pas comment faire face à des douleurs rebelles. Face aux douleurs, aux plaintes du corps
Je n'ai pas de réponses !

"J'ai mal ! Pourquoi ? "
On peut expliquer d'où ça vient, pourquoi aussi en termes techniques. Il s'agit de la loi de cause à effet. Tout le processus de la douleur est maintenant connu en partie, on sait aussi un peu soulager, si peu !


Cela ne fait que peu de temps qu'on s'y interresse à soulager le mal, la douleur, celle qui fait si mal...Celle qui fait que le corps se manifeste, que le corps crie, que le corps hurle
Qu'il pousse des cris tellement fort qu'il n'en peut plus ni d'avoir mal ni de crier
Qu'il gémisse tellement longtemps qu'il n'en peut plus car ça lui fait mal depuis si longtemps et pendant si longtemps.
Quand le corps ne sait plus parler autrement, qu'il semble qu'il ait abandonné, relégué, oublié un autre langage, une autre langue que celle là


Soigner, apaiser, guérir le "avoir mal " ?
Nous ne sommes pas encore très au point pour ça d'ailleurs !
Cela fait peu de temps qu'on prend en compte la douleur de l'enfant et celle du nourrisson... Sensé encore, il y a quelques décennies ne pas ressentir la douleur.

J'ai vu et entendu bien des médecins expliquer à leur patient le mécanisme induisant leurs souffrances physiques, et , navrés leur dire qu'ils faisaient du mieux qu'ils pouvaient pour soulager. Ce qui était vrai.

Mais la question, la véritable question, celle qui taraude ceux qui ont mal, au fond d'eux même, ce n'est pas vraiment de savoir quelle est la cause mécanique de ce qui leur douleur,(le savoir n'apaise pas la douleur) mais de savoir pour quoi ?
Et c'est ce Pour Quoi ?
Pour quelle chose ?
Et quelle est cette chose ?
Cette chose qui fait que j'ai mal ?
La maladie oui, sans aucun doute ! Le traumatisme oui, certainement !
la cause physiologique n'est pas niée. Non elle explique, une cause qui produit un effet.
Mais la question, l'interrogation véritable se situe au delà et donne justement naissance à une réflexion plus intense, plus complexe, plus intime.
Plus intime, car plus profonde, comme si la réponse ou un élèment d'un semblant de celle ci pouvait se loger en nous, se lover dans un creux de nous, dans une faille, un petit vide qu'on aurait pas comblé. Et qu'on ne pourrait combler
Alors se met en place le long monologue...Un monologue intérieur. Une foule de pensées, parasites, automatiques. Ca n'arrête plus !

Mais qu'ais je fait ?
Pourquoi moi ? Que faut-il faire pour que ça cesse ?
Comme s'il s'agissait d'une malediction, d'u mauvais sort jeté, d'une punition divine ou pas.
mais dans tous les cas, cette douleur affligeante a une cause plus ou moins magique. Comme s'il fallait par là, payer une dette. Mais une dette dont on ne connait pas vraiment l'origine, ou alors celle ci se perd dans la nuit des temps !
Une dette qui ne se réglera peut-être même jamais.
Cette douleur là ne céde pas... Elle résiste aux traitements, à tous les antalgiques !
Elle résiste à tout !
On la traine alors comme un fardeau, un boulet qui devient chaque jour un peu plus lourd !

Mais cette douleur nous l'avons fait nôtre. Sans même sans apercevoir, sans s'en rendre compte, malgré notre volonté. Elle s'est installée, comme une tension musculaire qui chaque jour gagne du terrain et réduit notre mobilité.
Elle a pris possession de notre corps, l'a envahie, intrusé, elle s'est faite lui.
Corps étranger, c'est une lutte sans merci qu'elle livre avec ce corps intime. Pour le déposseder de son essence, et prendre possession, s'installer au sein de cette enveloppe.
Le corps et la douleur, la douleur et le corps
Une histoire d'amour qui finit mal, mais qui n'est pas non plus une histoire de haine
Une histoire tout court, un rendez vous malsain, toxique, un rendez vous avec un hôte pervers, qui s'installe sans prévenir, et qui ne s'en va pas. Qui se trouve bien là, et dont on ne peut plus se défaire
Et c'est là, à cet instant, à ce point que tout ce joue !
Que se joue la relation perverse avec la douleur et la souffrance qu'elle génére
Jamais je n'ai entendu de mots aussi guerrier pour en parler, les patients engagent une véritable lutte, un combat sans merci, parfois à mort
Un combat où les forces peuvent paraitre inégales, mais nous savons tous, que sur les champs de bataille rien n'est jamais joué d'avance
On lutte, on use de stratégie, de stratégème, on la soudoie, on la calme, on l'endort, on la drogue, on la caresse, on discute, on négocie, on promet, on lutte encore, puis on baisse les bras, si on n'en sort pas vainqueur.
Elle met KO, et parfois on ne se reléve pas. Mais au bout de combien de rounds ?

La douleur fait souffrir, fatigue, lasse, tue !

Mais le "J'ai mal". Signifie t-il que nous nous sommes approprié celle ci ? qu'Elle est nôtre à présent. Le je a mal...
On aimerait dans ce cas, vraiment que Je soit un autre.
Qu'est ce qui a mal ? Qui souffre ?
Je ? Mais ce je là qui est-ce ? Est-ce bien moi, ce je qui a mal ?
Qui suis-je moi qui ai mal ?
Je ne suis qu'un alors moi et la douleur ?

Mais c'est mon corps qui a mal, c'est lui qui souffre, qui ressent la douleur
Mon corps est alors ce Je ?
Je est une somme : Celle du corps et de l'âme. Mais aussi de l'esprit
Pour être plus pragmatique, nous dirons que nous sommes fait d'un corps, d'une enveloppe corporelle, et aussi d'un cerveau. Qui fait partie du corps lui aussi, mais qui en régle le fonctionnement !
La douleur est-elle le parfait exemple de la réunion de tous ces élèments ?
J'ai mal, je souffre.. En est-il l'indicateur ?
Faut-il le croire ? Le faire croire ? Le laisser croire ?

La douleur rappelle que le corps est bien là, qu'il nous enveloppe, mais il ne fait pas que nous protéger. Indicateur que quelque chose se passe la douleur est un symptôme, qui mise bout à bout avec d'autres signes cliniques constituera un syndrôme. Organique.
Mais le psychisme. Que fait-il de ce mal ? De cette souffrance du corps ? Cette souffrance qui n'est pas création de l'esprit. Elle est bien réelle, et n'est pas uniquement l'expression d'un mal de l'âme.
Et encore que : "J'ai mal à mon âme, et pour le dire, je ne peux que dire j'ai mal à mon corps"
C'est déjà pas mal ? On dit quelque chose au moins !
On s'adresse à l'autre "ça va pas, j'ai mal là"
Sous entendant peut-être "je suis là, j'existe, tu me vois, tu m'entends"

A quelle négociation sommes nous alors parvenu ? Comment pouvons nous extirper cet hôte indésirable, qui tue peu à peu tout désir, jusqu'à celui de désirer, mais qui est désirant par dessus tout ?
Exorciser ! Sortir dehors !
Chamanisme ? Cannibalisme ?
La douleur incorporée au corps est de trop, elle est trop, elle est en trop et nous n'en voulons pas, pourtant elle est là,
Apprendre à vivre avec ? Certains patients me disent que c'est possible, qu'ils n'ont pas d'autres choix ?
En lien alors avec le "tu dois souffrir"
Sotte injonction dont on se croit devoir être fidéle
Une douleur rédemptrice nous offrant un billet d'entrée au Paradis
Sommes nous ou désirons nous donc tant à être des VIP ?
Quel est le prix à payer ?
Sommes nous alors décidé à mettre ce prix fort ?
Ou sommes nous enfin prêt à franchir le pas, à s'affranchir du pas, et ne rien devoir, ne pas y voir de prix, d'honneur ni d'excellence et à refuser de souffrir pour avoir enfin le droit de vivre ?

mercredi 23 avril 2008

Le roi du temps gris

Elle est vient de loin cette histoire, de très loin dans mon enfance
J'avais 10 ans je crois, et je m'en souviens encore, je m'en souviendrai toujours.
Notre professeur de français nous avait fait lire un texte "Le roi du temps gris", je ne sais plus de quel ouvrage il est extrait, mais ce texte et l'histoire qu'il racontait je me la rappelle fort bien, encore aujourd'hui.
Ce conte m'avait en effet profondément marquée ! interpellée ! questionnée, troublée aussi ! Je l'ai lu et relu...Encore et encore !

En réalité j'étais fascinée par ce roi, par sa manière d'appréhender la réalité, une réalité qu'il avait fait sienne. Mais était-ce la réalité ? Et si non, qu'en était-il de la réalité..

Je m'imaginais les scénes, le roi. Je le voyais sombre, le visage fermé, sur son cheval, l'anti Don Quichotte, mais jeune pourtant, alors que l'Homme de la Mancha, je me l'imaginais vieux, très vieux...Et je ne comprenais pas vraiment.
L'âge ? Non ? Alors quoi ? Qu'est ce qui fait que l'on peut être comme ce roi ?

Des questions sans réponses. On ne m'en demandait pas d'ailleurs, les questions ne portant que sur des élèments grammaticaux, éthymologiques ou d'analyse logique.
Mais moi ce qui m'interressait c'était le personnage, le roi, la personnalité de celui ci. Son caractère...Il était inquiétant, dérangeant, mais aussi terriblement attachant.
J'avais envie d'intervenir dans le texte, lui dire "Regarde", lui expliquer
Je compris la notion de "libre arbitre"

Ce n'est que beaucoup plus tard, que je sus, du moins que je pus émettre des hypothéses.
Il illustre en tous cas parfaitement le modèle de Séligman, celui de Beck aussi...

Je ne sais plus non plus s'il commençait par "il était une fois" ?
Once upon a time !

C'est l'histoire d'un roi, roi d'un pays où il ne fait jamais de soleil, il y pleut souvent, il y fait toujours gris. Le roi était triste, tout le temps, mais ce jour là il l'était encore plus, car la reine était morte.
Il devait aller chercher une autre épouse, une princesse qui vivait dans un autre royaume.

Le texte portait sur ce voyage

Aprés nombre d'aternoiments, le roi du temps gris, se décide enfin à aller chercher cette jeune fille pour en faire sa reine. Il ne sait pas si cela est vraiment utile... Il hésite et il est triste ! Toujours triste, et il pleut, et il fait gris, et il n'y a pas de soleil, le ciel n'est jamais bleu, mais gris comme le temps, comme le roi !


Il prend enfin un cheval, triste et sombre lui aussi... Puis il s'en va pensif et affligé sur sa monture vers ce royaume où l'attend sa jeune fiançée..
Il traverse une forêt, où il n'y a rien, les arbres sont noirs, il pleut encore ! Il fait de l'orage, c'est lugubre ! Le roi ne voit pas ce décor, c'est le sien depuis et pour toujours...
Et il pense, et devise avec son cheval....
Il se demande s'il a bien fait de partir, de laisser son royaume... Que va t-il devenir sans lui ?

Et d'imaginer celui ci assailli par des ennemis, des barbares, le château et les terres dévastés, la ruine et la famine s'installent, et le temps toujours plus gris !
Il se demande s'il a bien fait de partir ! Pourquoi faire ? aAller vers ce royaune iconnu, inconnu de lui à l'autre bout de la terre.. L'inconnu ? C'est terrifiant ! Et pourquoi aller si loin ?

Si le temps là bas n'était pas gris ?


Il se demande comment sera sa fiançée... Elle sera vieille est laide ? Peut-être morte ? Peut-être mariée à un autre prince ou fiancé. Elle ne l'aura peut-être pas attendu, pourquoi aurait-elle attendu ? Qui est-il lui, pauvre roi triste pour qu'on puisse l'attendre ? Ou même penser à lui ? Lui qui ne se décidait pas à entreptrendre ce voyage ?

Il se demande s'il a bien fait de partir !

Il se demande pourquoi il est là, dans cette forêt lugubre où les chouettes hululent, où les oiseaux de nuits crient dans un ciel sombre, sans étoile, où son cheval renacle et où il pleut toujours, le ciel est couvert, les nuages sont épais, le temps est gris..
Alors le roi sedit que ça ne sert à rien,
Alors le roi fait demi tour


Alors le roi repart
Et s'en retourne vers son royaume. Au pays du temps gris.

Très loin là bas à l'autre bout de la terre, au fond d'une vallée, dans un écrin de verdure, se trouve un royaume merveilleux, fleuri, où les oiseaux chantent et les filles dansent ! Dans un royaume où tout est bleu, jaune vert, rose, où le soleil brille, où la terre est féconde, une jeune fille d'une beauté éclatante Se penche à la fenêtre du château, elle attend et elle regarde.
Elle regarde et elle attend....


Elle attend l'arrivée de son fiancé !
De ce roi, qui doit venir la chercher pour l'emmener dans son royaume.....

vendredi 18 avril 2008

Sculpture

C'est l'émission diffusée sur la Cinq, et consacrée aux oeuvres de Camille Claudel qui m'inspire ces lignes...

Ses oeuvres ! Son oeuvre ! Ses sculptures !

Mais comment peut-on parvenir à une telle perfection ?
A une telle sensibilité ? A exprimer aussi fort ce qu'il y a au fond de son son âme, de son coeur ? De crier aussi fort son amour, sa souffrance et sa tendresse ?
Des oeuvres de d'onyx, de bronze ?
De la pierre, du métal... Froid ? Dur ?

Non des corps saisis, dans la réalité du mouvement, mais aussi de la pensée.

Pompeï ! Des corps saisis ! des corps capturés, des corps pris dans la pierre, coulés dans le métal froid. Mais des corps si chauds !
Des corps qui bougent encore, ou qui vont bouger.. Qui valsent ! Qui dansent !
Merveille !
On reste sans mot, bouche bée comme la "petite chatelaine" à contempler, à regarder, à ressentir, à vibrer, à aimer...
Car on ne peut rester indifférent.
On est ému, transporté !
Ravi, comme Lol V Stein !

De la tendresse, oui ! Il y a de la tendresse...
De la sensualité.
On a envie de toucher, de s'attarder, de caresser..

Malgré ce mouvement viril, précis, ce geste d'homme dans l'outil, dans le geste, on sent, on découvre la tendresse de la femme !
Seule une femme peut accoucher de ça !
Une maïeutique précise, nette, presque chirurgicale, mais l'oeuvre est humaine ! sur humaine ! in humaine aussi parfois !
Seule une femme peut exprimer aussi bien ça !
Des sentiments à fleur de peau, des courbures et des formes, de la délicatesse et de la rudesse.
On peut lire sa vie à travers son oeuvre, son bonheur et ses souffrances !

Lui a t-il fallu souffrir autant, aimer avec autant de forces pour accoucher de tout cela ?
Le corps est dans tout ses états, nu ou drapé, jeune ou vieux, lisse ou ridé ! Droit ou courbé !

Le corps !
Tout est là en effet ! Le corps !
Qui d'autre qu'une femme peut montrer ainsi le corps, peut montrer à voir le corps, peut le montrer à regarder ! peut le montrer à l'admirer, le découvrir, le craindre aussi...?
Une femme ?
Comment a t-elle pu sortir tout ça ? D'un coup d'un seul de son corps à elle ?
Comment son âme a t-elle pu expluser tout ça ?
Tout. Tout ! C'est bien ça !

Il y a dans l'oeuvre ce tout, ce tout que peut savent donner, ce tout, qui n'est pas seulement de la générosité, mais qui est le tout qui se loge à l'intérieur, le tout qui parfois déborde, dépasse, ce tout qui malgré tout, ne comble pas le vide, le tout de l'âme mais aussi des tripes !

Spiritualité, mais aussi réalité, réalisme et réverie, fantasme. Il y a le corps, l'esprit... Ensemble !

Artiste géniale ! Artiste maudite ! Artiste folle ?
Mais où se logent le génie et la folie ?
Sont-ils maudits à ce point ?
Sont -ils nécessaires ?

J'admire l'oeuvre et la femme. J'admire l'artiste et la femme. J'admire le génie et la femme !
Mais cette folie ?
J'admire sa puissance et sa tendresse. Sa volonté d'être une femme dans un monde d'hommes, son désir de ne dépendre de personne. Son désir d'être libre, dans sa vie, dans son coeur, dans son oeuvre !
Pauvre Camille, elle en paya le prix fort, elle qui aimait tant cette liberté, vécut et mourut enchainée.
J'ai appris qu'un musée lui serait bientôt entièrement consacré. Pour elle ! Pour elle seule..........
Il était temps enfin !

Les oeuvres de Camille sont exposées au musée Rodin jusqu'au 20 juillet...Une exposition à ne pas manquer !
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Nota bene

Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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