Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

samedi 31 mai 2008

Enfant

Un pervers polymorphe en disait Freud... Cette toute petite phrase a fait et fait encore couler beaucoup d'encre chez qui ne sait ce que le Père pensait vraiment, ou voulait dire vraiment...
Mais qui le sait vraiment ?
Chez qui ne sait ce que le mot pervers signifie, en psychanalyse..
Pervers polymorphe, par opposition à l'adulte, pervers tout court, car l'enfant est un être en devenir !
Pourtant....

Je n'ai affaire et à faire que très peu et très rarement aux enfants
Il y a fort longtemps, au début de ma carrière, à l'hopital psychiatrique (on disait centre hospitalier spécialisé, euphémisme déjà !)j'ai travaillé dans un service de pédo psychiatrie, et je n'aimais pas vraiment ça.
Lourd très lourd, trop lourd, des cris, des hurlements, une odeur et une saleté parfois insoutenable... Je me demandais ce que je pouvais faire, pour ces enfants....
Ce que je pouvais leur apporter : Du réconfort ? De la bienveillance ? Une écoute ?
Pas de langage pour communiquer. Ils ne parlaient pas, moi si, alors je leur parlais, j'étais (et je le suis toujours) persuadée qu'ils comprenaient.
Peu à peu, j'ai appris à les apprivoiser, et à apprivoiser ma peur. Car c'était bien de peur qu'il s'agissait, j'ai appris simplement à les regarder.... Nous parlions ainsi à travers le regard.. J'ai encore en mémoire les grands yeux pleins de souffrance de certains d'entre eux.
Un regard insoutenable aussi, douloureux, suppliant mais de quoi ?
Un regard terrible !
Un regard qui disait...Mais qui disait quoi ? Un regard qui en disait long ? Peut-être ?
Qu'il nous fallait interpréter ? Décoder ? Traduire ?
Intuition....Ecoute : Oui, écouter ce regard et le laisser parler, le laisser associer, librement, associer les mots, dire les mots avec les yeux.

Un autre langage, mais un langage...

Si en arrivant là, je me suis demandée ce que je pouvais vraiment faire ?

J'ai appris peu à peu que je pouvais faire, un peu, tellement peu ! Aussi pour leur famille !

Puis j'ai rencontré d'autres enfants, physiquement moins atteints, mais psychologiquement tellement mal !
Rapidement j'ai su que je n'avais pas vraiment ma place auprès de ces enfants....
Que quelque chose "coincait" dans mon approche de cette enfance là, de ces êtres en devenir, mais pour lesquels ce devenir était déjà si sombre, où les promesses d'un avenir n'étaient pas vraiment au rendez vous...
C'était ça peut-être qui me faisait mal alors...
Cette abime là, ces êtres jeunes en souffrances, déjà si abimés par une vie à peine commencée.
Un sentiment d'injustice ? Mais de justice par rapport à quoi ?
La justice n'est qu'une invention et une création de l'homme pour sortir la tête à peu près haute, de la horde, pour ne pas sombrer dans le chaos !
Alors de quelle justice on parle ?
Justice ne va pas ! Quelle explication alors ? Si tant soit peu qu'il en faut une ? Mais peut-on tout expliquer ? Ne sommes nous pas ici confrontés au roc infranchissable de la compréhension.
Bien sûr les dossiers médicaux regorgeaient d'informations, d'explications... Mais ce n'est pas ça qui peut expliquer tout ça.
Ce n'est pas ça qui peut justifier.... Car rien ne justifie !
Sans cesse je me demandais : Que faire ? Comment faire ? Et pourquoi cette sorte de mal aise, de géne ?

Des années de pychanalyse plus tard j'ai compris pourquoi..

Ainsi l'essentiel de ma pratique, de ma clinique, la plupart de mes rencontres s'est organisée auprès des adultes, des adolescents, des couples, des familles...
En thérapie systèmique ou familiale... l'enfant, mais plus souvent l'adolescent est là
Le jeune adulte peut-être, comme ces lycéens plus tout à fait enfants, ados, et pas encore vraiment adultes... en mal d'être, en mal de devenir, qui passent à l'acte, alcool, drogue, médicaments, tentatives de suicides pour hurler leur désespoir !
Qui n'ont plus de désir, ou tellement de désir que leur seul moyen de le dire, de le crier, de le hurler est de mettre en acte cette souffrance....
Acter, pour que l'autre s'y arrête, y prenne garde.
S'interresse, s'y interresse...
Mise en acte et passage à l'acte, pour qu'on puisse acter nous aussi et mettre en acte quelque chose, mettre en acte cette adresse de la souffrance dont il ne sait quoi faire, dont il ne peut faire, qui est trop, qui est en trop, qui est de trop
Une sorte de saignée psychique, pour laisser couler, laisser aller....
SOS, bouteilles à la mer, bouteille à la mère !
Désir de mort pour dire à quel point on voudrait vivre, mais qu'on ne sait pas, qu'on ne sait plus, et que finalement on voudrait qu'on nous y aide, ou qu'on nous apprennent !

Ces rencontres là, dans un service d'urgence souvent, suite à l'appel tout aussi desespérée d'une équipe épuisée déjà, s'efforçant de ramener à la vie celui qui n'en voulait plus, qui voulait en finir, ou qui s'abimait tant et tant qu'il n'y avait plus d'autre solution que d'être amené là.

Ces rencontres là derrière le rideau d'un box, puis dans la chambre, parfois dans le jardin, sur la pelouse de l'hôpital, car les murs enferment, car les murs sont de trop, étouffent, insupportent, empêchent de vivre, empêchent de dire, ces rencontres là ne s'oublient pas...

L'enfant je l'ai rencontré aussi après l'école, plus particulièrement aux prises avec l'école, quand il lachait prises, ou qu'il l'avait lachée depuis longtemps
Cassés, dénigrés, méprisés souvent, par un corps enseignant démissionnaire, malade de lui même, par un entourage qui ne se reconnait pas dans ce vilain petit canard en qui il plaçait tant d'espoir. Qui devait réussir là où lui avait échoué..
Cet enfant là, paumé, perdu, largué à des millions de km, sur une autre planète, arrivait là avec un sacré bagage, un lourd fardeau qu'il lui faut trainer parfois depuis et pour encore bien des années : "difficultés scolaires, ne comprend rien, ,ne fait aucun effort, débile, limité...." A la ramasse, à la godille !
Cet enfant là, doué, plus que doué parfois, mais pas doué comme il faut pour subir le lavage de cerveau énesquement correct ! Pa structuré cognitivement pour comprendre, assimiler la bouillie infâme des programmes scolaires
Cet enfant là qui ne voyait plus qu'en l'école qu'un gigantesque bourreau, infatigable tortionnaire qui lui imposait d'avaler et de digérer des matières, qu'il jugeait lui même fécales !

Rencontres ordinaires mais si extraordinaires, d'une richesse et d'une émotion singulière. Longs cheminements aussi, création et imagination, pour pouvoir sortir de cette ornière, retrouver dignité et estime de soi, retrouver le désir !
Rendre un sens au mot aimer, s'aimer.
Mettre du sens et historiser...Mettre en mots, faire des liens, restaurer les liens, retricoter, ramailler.
Et pour ça trouver le point d'ancrage, la maille pas trop lache, pas trop déchirée, sur laquelle s'appuyer, pour pouvoir crocheter ou tricoter les fils de la résilience.
Puis après, seulement après, enfin après parler école, matière scolaire, programme et examen...
Broder sur le tricotage, mais broder autrement aussi, avec d'autres aiguilles, avec d'autres navettes, qui vont qui viennent !
Dire que c'est possible, montrer que c'est possible, prouver que c'est possible ! Rendre possible
Permettre le possible !
Permettre, sans promettre !

Ce n'est que dans ces contextes, particuliers et singuliers que j'ai affaire à l'enfant...

Alors pourquoi en parler ? Qu'en dire ?
Que dire de l'enfant, de l'adolescent, en génèral, dans la vie de tous les jours, pas seulement au décours des consultations, ou des scéances de thérapie ?
Si j'entends régulièrement la plainte des parents, ne sachant plus comment faire, ou ne sachant pas faire du tout. Je suis également interpellée par les articles qui envahissent les magazines, et les quotidiens..
L'enfant objet de toutes les attentions, objet d'amour...Enfant roi est à présent l'enfant tyran..
Objet. Pas sujet...
C'est là que tout ce tient, ou ne se tient pas justement !
La fin du siècle précédent et le début de celui ci, a vu naître l'époque de l'enfant ! l'ére de l'enfant
L'enfant tout...
L'enfant à qui on doit tout !
Tout est du ! Tout lui est du ! L'injonction vient de où ? De qui ? Pour déculpabiliser qui ? Et quoi ? Pour déculpabiliser de quoi ?
De quoi faut-il, est-il nécessaire de s'acquitter pour en arriver là ?
Quelle culpabilité ? Quelle manque ? Quelle absence ? Quel ratage ? veut on se faire pardonner..
Tout donner, tout permettre, no limit n'est pas aimer, élever, éduquer....
Peur de mal faire, ne plus savoir quoi faire, que faire et à qui s'adresser. A qui demander ?
Il y a encore quelques années, ce savoir là, ce savoir faire là, se transmettait de mère en fille, de grand'mère en petite fille. Il y avait toujours une ainée, une qui savait, ou était sensée savoir...Un peu plus, si ce n'était pas tout..
Puis ce savoir là, a été décrété mauvais, pas bon, emprunt de morale ou de valeur "réactionnaire"
Le fils s'était rébellé contre le père, la fille renie la mère ! Il faut tuer le père, pourquoi ne pas tuer la mère. Valeur refuge, les parents, la famille devient une valeur ringarde, une valeur pour les nuls, dont ils faut au plus vite s'affranchir
Et faire confiance à d'autres supposés savoir.. D'autres supposés savoir ce qu'éduquer veut dire, ce qu'élèver veut dire. Cette notion, ce concept, s'apprend maintenant à l'université, et est couronné par des diplômes.
Et voici donc, que certains jeunes gens sans rien avoir fait, sans rien avoir rien connu, sans même avoir vécu quelques expériences que la vie ne manque pas de réserver, promus au rang d'éducateurs !
Conseiller en éducation, psychologue, pycho machin chose.... spécialistes de l'enfance, des" qui savent" ! des qui saventcommentonéduquelesenfantsdesautresmaisquinesontsurtoutpaslessiens !
Parce que :
Pour les siens il préfèrent s'adresser ailleurs. Ce qui finalement semble sage !
Alors on voit fleurir, tas de magazine, livres, émissions télé, qui mettent en garde ! qui disent aux parents ou futurs parents ce qu'il ne faut pas faire, comment coucher son bébé, comment le laisser pleurer ou non, ce qu'il faut faire, le laisser s'exprimer, tout lui dire, ne rien lui cacher..
Utiliser un langage vrai, de vérité.
Rien ne doit avoir de secret, la vie, la mort, le sexe, la bouffe, l'alcool
Il faut expérimenter, la vie est un gigantesque laboratoire, tout voir, tout lire, tout entendre, de manière à se faire une idée. Mais une idée de quoi ?
Si je ne suis pas franchement opposée à cette manière d'appréhender l'éducation, à utiliser le parler vrai, à expérimenter, à être confronté aux situations aussi pénibles soient-elles. Encore faut-il que ces expériences là, ces événements là soient parlées, expliquées, dites, que l'éducateur, parent mettent des mots, mettent en mot.
Et pour ce faire, qu'il soit là, présent. Présentement présent, en chair et en os....
Eduquer n'est pas seulement nourrir, mais c'est donner une éducation, transmettre des valeurs, des compétences, des expériences, parler, jouer, échanger. Transmettre, apprendre... Que chacun puisse apprendre de l'autre.

Pourquoi donc parlons nous après avoir tant encensé l'enfant roi d'enfant tyran ?
Il semble que le langage ordinairement parlé ne soit plus pertinent....
Quel sorte de langage faut-il alors inventer ?

mercredi 28 mai 2008

Non espoir

J'ai mis beaucoup de temps, des années, beaucoup d'années avant de comprendre que le contraire d'espoir n'était pas nécessairement le désespoir.

Pas forcément.
Que ce préfixe privatif, n'enlevait rien, mais changeait le sens de ce mot, lui donnait une signification différente
Etre désespéré ne signifie pas ne pas avoir d'espoir. On peut être désespéré et avoir de l'espoir, perdre espoir, sans être désespéré...

Ce n'est pas facile à comprendre, à admettre, à mettre en sens.
Ce n'est pas si simple, pas aussi simple, d'en comprendre, d'en saisir les subtiles nuances... Subtilités infinies et infimes du langage qui font du signifiant nul signifié ou qui affuble le contenant de nul contenu !

Le non espoir, c'est une sorte de no man's land, une sorte de terra incognita, un territoire désert, inculte peut-être, où on ne se risque pas, ou pas trop, où l'on se retrouve parfois plongé sans trop savoir pourquoi. Ni comment
No comment !
Le non espoir est une vue de l'esprit, une représentation temporo spatiale virtuelle, profonde et intime dans laquelle notre moi, peut se perdre. Se perdre sans s'y retrouver, sans se retrouver, s'il a perdu le lien. Cette sorte de fil d'Ariane, qui lui indique l'issue du labyrinte. L'issue, une des issues, un des possibles, mais sûrement pas le seul !
Peut-on se perdre dans le labyrinte ? Peut-on s'y retrouver ? Et trouver l'issue est-il l'unique solution ?
Qui sait ? Et qui peut savoir ? Et qui veut savoir ?

Le non espoir ? Comment pourrait-on tenter un essai de définition, un essai de savoir, un essai de représentation ?
Comment mettre du sens ? Comment mettre en sens, ce concept sans dessus dessous, sans aucun sens peut-être, mais pas à sens unique...

Le non espoir... Ma première rencontre, du moins celle qui m'a interpellée, car des rencontres il y en a à chaque instant, seulement on ne les vit pas, on ne les voit pas comme telles, on n'en tire pas toujours la substantifique moëlle... ma première rencontre avec lui le fut lors d'un entretien avec un patient ! Encore et encore ! Oui, mais ils m'ont tant enseigné, ils m'ont tant apporté, ils m'ont tant donné !

Rencontre triangulaire ! Le tiers n'est pas toujours celui que l'on croit, et dans cette histoire, nous le fîmes et le firent chacun notre tour, à des moments différents, parfois en même temps. Mais ce tiers était là, toujours au milieu d'une relation qui se veut duelle, d'une thérapie qui ne met en scène que deux sujets..
En plus du transfert, il était là, comme une ombre, pas un fantôme, ni bienveillant, ni malveillant.. Mais là, présent, collant...Ce genre de présence qu'on sent, qu'on ressent... Le non espoir !

Ce patient malade attendait la mort, comme si on peut attendre la mort ?
Il me plait de croire que c'est elle qui nous attend, que nous la faisons attendre... Parfois..

Nous l'attendons tous, sans trop savoir quand elle viendra nous surprendre. Drôle de rendez vous que celui là, où l'autre n'est jamais à l'heure, du moins à l'heure qu'on voudrait.. Souvent trop tôt, des fois trop tard !

Mourant, il n'était pas, mais mortellement atteint. S'il le savait ? Ce jour là, je n'en sais rien, moi je ne le savais pas. Je le vis donc ainsi, sans savoir, sauf qu'il n 'allait pas ! qu'il n'allait pas bien dans son corps, mais dans sa tête aussi, c'est pour cela qu'on me demandait de le voir
Et je le vis donc ! Et nous fimes plus que de nous voir !
Il me demanda immédiatement "si j'avais du temps" comme si lui n'en n'avait pas, ou que le sien était compté. Le nôtre, nous ne le savons pas, est aussi compté...
Il me parla de lui, de sa vie, puis de sa maladie. Me questionna... Voulais savoir, ou ne voulait pas. Faisait les demandes et les réponses, s'inquiétait et se rassurait.. Pour finalement conclure. "Je ne peux pas mourir je n'ai pas fini, j'ai plein de choses encore à faire... Vous comprenez "
Si je comprenais ? Bien sûr que je comprenais, nous avons tous plein de choses à faire, et pas forcément envie de mourir, du moins en ce moment M, peut être avions nous envie hier, tout à l'heure, ou demain, mais pas forcément à l'instant.

Ce n'est qu'après, après être sortie de sa chambre, où je venais de passer presque une heure et demi, où j'avais entendu cet homme se raconter, se livrer, se dire ses espoirs, son espoir, son espoir de vie, de vivre, de continuer... Que je reçus le diagnostic et le pronostic en pleine figure.

"Trois mois"...

Je ne sais ce qui se brisa chez moi, à ce moment là ? L'espoir ?

Je ne sais ce que je ressentis au plus profond de moi ? Le désespoir ?

J'avais envie de pleurer, les larmes montaient et je les sentais au bord de mes yeux.... Même si depuis des années, je voyais, j'accompagnais les gens vers leur ultime destination.
J'étais bouleversée, je le suis à chaque fois, le serai toujours depuis toutes ces années, nous le sommes tous, intérieurement, intimement, même si le soignant, le médecin ne le montre pas, le cache au plus profond de lui, il l'est. Et c'est humain de l'être ! Et c'est bon de l'être !

Cet homme venait de me dire son espoir, son espérance, mais son espoir de vivre, de vie. Son espoir de guérir...De continuer, de faire, de vivre encore des choses, d'aimer, de travailler...
Et deux mots, deux simples mots, annulaient, brisaient, an-hilaient ce désir, cette pulsion de vie.. Cet espoir ...

Non espoir. . Il n'y a rien à attendre..
Pas de happy end, de fin hollywoodienne, de guimauve sucrée, où le miracle se produit. Pas de docteur House pour démontrer à ses assistants qu'ils se sont lamentablement plantés dans le diagnostic..Et que forcément il y a autre chose et que ça va aller mieux..

Nous sommes dans un des meilleurs services du meilleur hopital européen, voir mondial, pas dans une série télé, à l'eau de rose ! Pas de beau gosse en blouse blanche et l'air ténébreux pour trouver une solution, un remède ou une intervention miracle.

What else ?

Pas de deus ex machina !

Nothing at all...
Alles ist nicht geht !

Mon patient allait mourir.... il faudrait le lui dire.
Mais avant de mourir, il devra souffrir, de sa maladie, des traitements de cette maladie, qui ne le guériront pas, ne le prolongeront pas..
Il se verra mourir, lentement, pire verra la vie quitter son corps, sentira la mort s'en saisir, verra son corps mourir
Alors espèrer quoi ?
L'espoir ici ne serait pas décent... Indécent peut-être pas ? Mais pas décent.

Espoir ? Mais en quoi ? En quoi et en qui faudrait-il espérer
L'espoir alors c'est pour qui ?
On se trompe à ce point quand on dit qu'il faut espèrer, que c'est le moteur de la vie, de la pensée, que l'espoir est essentiel, fondamental...
Là il est en effet essentiel... Le non espoir !

Alors l'espoir c'est pour les riches, les riches de la santé, quelle richesse que celle ci, elle vaut des millions de dollars ! Plus même ! Elle n'a pas de prix !
Ou bien faut-il interpréter autrement, postuler qu'espèrer serait la richesse du pauvre, la richesse du nul ? Du simple d'esprit... De celui qui n'a pas, qui n'a jamais vraiment eu...mais qui espère avoir, un jour peut-être ?
Qui gratte une grille de bingo, et joue au loto.... pas au tiercé, trop rationnel. Pas au poker non plus, il faut de l'art et de la chance..

Mais le loto, le jeux de hasard rendrait alors justice, celle d'une autre répartition, d'une autre solidarité, celle du hasard ? Bien heureux hasard qui reconnait ses enfants ?
Espoir à l'eau de rose, ou à l'eau de Selz ?
Gout sucré ou salé... Boire la coupe jusqu'à la lie, la lie de l'espoir, au gout amer, au gout sucré et mensonger de ceux qui croient encore qu'en l'homme il y a du bon, qu'en chaque chose il y a du positif, de l'espoir, et qui s'accrochent, qui tiennent bon pour ne pas renoncer..
Qui se retrouvent suspendus.. à l'espoir ? Au bon vouloir de l'espoir ?

Sinon à quoi bon vivre ? Mais est-il bon de vivre ? Fait-il bon de vivre ? Fait-il bon vivre ?
Une vie sans espoir peut-elle être vécue ?
On ne peut pas espèrer ne pas mourir. L'idée de la mort si elle est toxique est néanmoins la seule vérité, le seul espoir de l'homme, le seul qui se réalisera. Le non espoir est de ne pas savoir quand. Et encore ?
La mort empoisonne notre quotidien, il faut vivre avec ça, pas d'autre posologie, la vie n'est qu'un soin palliatif. Soyons sérieux une fois, vivre ne guérit pas de mourir, au contraire vivre nous rapproche chaque jour un peu plus de l'issue fatale !
Nous y allons allègrement chaque jour, sans y penser vraiment. Inconscients que nous sommes !

Non espèrer n'est pas non plus renoncer. C'est peut être admettre qu'il n'y a pas de lendemain qui chantent mieux qu'hier ou aujourd'hui.
Non espèrer c'est peut-être tout simplement vivre. Vivre ici et maintenant, l'heure et le moment présenst. Comme a fait ce patient, comme nous avons fait ensemble. Comme nous avons pu faire de ces moments, des moments uniques conjugués seulement au présent, même s'ils parlaient du passé et de l'avenir.
Ce présent constitué par le non espoir a permis d'envisager le passé sans le réécrire forcément, et d'envisager l'avenir comme une possibilité d'après. Mais d'après quoi ?

D'envisager sereinement autant que ce fut possible ce présent là pour penser un avenir improbable, mais du moins d'y mettre de l'ordre. Mettre en ordre, ranger ses affaires, ses papiers, sa vie avant de partir. Pour où, on n'en sait rien. Et sans espoir de retour, du moins dans cet ici et maintenant là.
Apprendre à vivre au jour le jour, en préparant son départ, en mettant en scéne sa sortie et ses adieux. Chaque jour étant comme un rappel du public, un de ces bravos, où on vous demande de chanter encore une chanson, de danser une dernière danse, sans vraiment savoir, si elle sera la dernière...
Mais les fausses sorties finissent par lasser, le meilleur acteur, et le meilleur public.
Parfois on se dit qu'il faut enfin une fois pour toute en finir, et en finir pour de bon !
Pas de réssucitation... On ne succite pas ça ! On n'y croit d'ailleurs pas, même dans les contes de fées ça n'existe pas...
Dans de mauvaises séries, peut-être qui continuent à alimenter certaines croyances ?

Partir pour toujours, doucement, sur la pointe des pieds, dans la souffrance de tout laisser, mais surtout dans la douleur, et dans le non espoir de rencontrer ou de trouver quelque chose derrière, de l'autre côté de la vie, de l'autre côté du mur.
Espèrer qu'il y aurait autre chose ?
Quel fou peut espèrer cela ?

Partir et réaliser qu'on aurait pu mieux faire peut-être, avec les autres, avec soi même. Mais que nul espoir de mettre à jour, de mettre au propre ce qu'on considére comme un brouillon
C'était pour de vrai !
Je n'en n'espèrais pas tant... A vrai dire je n'espèrais rien....

Mais cette rencontre, du non espoir a été pour moi, une de mes plus belles rencontres..
Ne plus rien espèrer, ne rien espèrer est peut-être la seule véritable liberté. Celle qui fait que nous ne sommes plus attachés pieds et poings liés à une réalité....

Le non espoir, comme une sorte de lacher prise, de prise de conscience, sur la non prise, la non violence qu'on se fait à soi même. L'abandon de soi. La seule confiance qu'on peut mettre en soi...
L'espoir ne fait pas vivre alors, il empêche de vivre, en limitant les possibilités, les rencontres, les potentialités.. L'espoir limite, encadre et enferme toute forme de vie...
Il nous rend sourd, aveugle et nous maintient dans nos peurs, nos craintes ?
Privé de sens, il nous prive de nos sens à ce point ?
Le non espoir libérateur, sauveur.... ? Qui nous enseigne alors que tout est possible ?


A Jean, que je n'oublie pas, que je n'oublierai pas, qui m'a tant appris, tant donné, avec qui j'ai fait un petit bout de chemin, qui m'a offert de partager le dernier bout de son chemin. A notre rencontre, à nos larmes, à nos rires, à ce que nous avons construit pendant ce temps, cette inter mède entre la vie et la mort. Un rendez vous qui n'a pas été manqué. Une belle ré -création. Merci

lundi 26 mai 2008

Der Die Das

C'est une question de genres
Il y en a deux en français, le masculin et le féminin :Le ou La
Trois en allemand et en anglais pour les principales, féminin et masculin, plus un : le neutre.
Quid du troisième... Le it, le das..Le neutre
En français le neutre n'existe pas...
Le neutre ?
Celui qui n'est ni masculin, ni féminin... Le neutre, entre les deux, ni l'un ni l'autre, ou un peu l'un et un peu l'autre, un peu des deux..
Neutre, neutralité ?
Qui est entre les deux...
Qui ne prend pas parti, qui n'entre pas dans les conflits. On parle d'un état neutre, d'une couleur neutre, d'un corps neutre en chimie pour désigner un corps formé par la combinaison d'un acide et d'une base dont certaines propriétés s'annulent réciproquement... Neutre donc !
De certaines fleurs qui ne contiennent ni étamine ni pistil, d'insectes n'ayant pas de sexe..
Neutre donc...
Ni féminin, ni masculin...Rien des deux ?
De la neutralité soit disant, et qui se le doit "bienveillante" du psychanalyste, qui n'intervient ni n'interfére dans le récit, dans le discours, dans la parole, dans la vie de son analysé, analysant...


Revenons un peu à ce trait grammatical répartissant les classes, les catégories, déterminant le sexe des choses, males ou femelles, filles ou garçon, le ou la..
Pourtant paradoxalement le genre ne représente pas grammaticalement le sexe, si on s'attarde un peu sur l'allemand, nous sommes forcés de constater que si die Frau, est bien féminin, Mädchen et Fraulein sont neutres..Pourtant, il est toujours question de désigner des êtres de sexe féminin, une fillette et une Mademoiselle...
Neutres ?
L'anglais réserve ce genre pour les objets inanimés...
le latin et le grec aussi comportaient un neutre, le fameux templum de nos déclinaisons par exemple..
Qu'est-il devenu dans notre langue, englouti... Dévoré...Happé..

Pas de neutre, ni de neutralité ?
Ni dans la langue, ni ailleurs.
Les choses, personnes, objets, sentiments, sont filles ou garçon. Le ou La. Pas d'alternative.
Pas d'intergenre. Pas de transgenre.
Forcément masculin et féminin...
Alors pourquoi le neutre, pourquoi pas le neutre ?
Une dualité, donc ! Pas une certaine dualité, mais une dualité forcément. Une pensée dichotomique en la matière. Ainsi tout est masculin ou féminin. Il n'y a aucune autre possibilité. Simplissime. Aucune faille entre les deux. Aucune faille grammaticale, lexicale, aucun vide qui pourrait être comblé, ou quelqu'autre possibilité pourrait éventuellement s'engouffrer.
Pas de neutralité de ce côté là, il faut se déclarer. Comme on se déclare, ou comme on est déclaré à l'état civil. Le choix est simple. Féminin, masculin
Deux cases dont l'une à cocher !
Simplissime.
Rassurant aussi. Certains sociologues ont proposé pourtant une alternative, une possibilité autre que le sexe male ou femelle, en y opposant le neutre justement. Ils semblent n'avoir reçu que peu d'écho...
Tout n'est pas aussi simple. Ultra simple, pour ne pas dire simpliste..

Seuls les anges n'ont pas de sexe ! Et encore..
Asexués ? Privés de. Privé de l'un et privé de l'autre. Sans l'un et sans l'autre. Ni l'un ni l'autre
Comme pour se rassurer, mais de quoi ? De qui ?
Le sexe des anges ?
No sexe ou intersexe..
Quid ce cet intersexualité ? Qui est, mais qui semble niée
"Je ne suis ni homme ni femme, un peu des deux peut-être, cela dépend des moments"... Me dit un ou une patiente encombré (e) d'un sexe qu'elle ne reconnaissait pas, qui ne lui convenait pas, et qui ne la ou le représentait pas.. ? Le, la ? Je ne sais, elle ou il non plus, alternant plusieurs prénoms selon le moment, et qui un jour opte "pour un prénom neutre... c'est féminin et masculin, féminin ou masculin"
Neutre ! Encore
Un peu des deux, l'un ou l'autre, sans que le choix puisse se faire, ou être fait.. Ce choix ? Mais quel choix ? Au petit bonheur de l'autre ? Qui ne saura ? Et qui ne verra ?
Quid du neutre donc ? De l'inter sexe ? De l'inter genre ?
De celui ou celle qui n'est pas tout à fait ce que l'on croit, ou ce qu'il ou elle croit, ce que l'autre croit.
De ce sexe indeterminé, mais qui pourtant se doit de l'être. Il n'est pas question qu'il ne le soit pas, et pourtant !
On n'en parle pas, ou peu, et pas partout...Cela semble invraissemblable, impossible...In imaginable, ne pouvant ni se représenter, ni se mettre en mots...
La neutralité donc. Qui ne peut s'exprimer, ni par un article défini, car celui ci ne définit que ce qui est par définition défini, et la neutralité semble ne pas l'être... Ni par un pronom mis à la place du nom, puisque le nom est lui même défini par l'article qui le précéde et qui invariablement en donne le sexe. L'identité sexué
Le sujet ne peut donc être neutre...Il n'y aurait pas grammaticalement parlant de singularité neutre, ni de subjectivité neutre...
Alors comment traduire, exprimer cette singularité là ? Cette singulière singularité qu'exprime le sujet "neutre" ?
Est ce un moyen, une solution, convenable, correcte, grammaticalement, syntaxiquement, lexicalement pour ne pas voir ce qui pourtant est montré quand même à voir.
Pourquoi la langue refuse t-elle cette rencontre là ? Une singulière rencontre que celle là.. Pas prévue cependant par les gardiens du temple

Templum, templum templum
Déclinons en toute liberté.
Mais quid de cette liberté là ?

samedi 24 mai 2008

Héritage et transmission

Cette question semble fondamentale...
Il ne s'agit pas de "Quoi transmettre ?"
Mais plutôt "Comment transmettre ?"
Le quoi, cela s'entend constitue le patrimoine, les biens si chèrement (oh combien) acquis et pas toujours à la sueur de son front...

Il s'agit donc essentiellement de "comment transmettre ses biens matériels à ses enfants, ou petits enfants, le plus facilement possible et surtout de la manière la moins couteuse possible...."

Notaires et juristes rivalisent d'astuces toujours juriquement correctes, écrivent moults ouvrages afin que cette transmission là puisse se faire dans les meilleures conditions, tout en prenant au passage une commission (mais cela vaut bien le conseil, et le conseil vaut bien gratification, tout travail méritant salaire).

Héritage ? Transmission ? Transmission de cet héritage !

Quid de cette transmission là ?
Quel cadeau ? Véritable cadeau ou cadeau empoisonné, de ceux dont on ne sait quoi faire, qu'on remise par devers soi, et qu'on ressort à l'occasion ?
Quel fardeau ? Quel boulet ?
Pourquoi cet acharnement à vouloir à tout prix léguer, transmettre un peu ou beaucoup de soi, de ce qu'on a amassé, gagné tout au long de sa vie, et qu'on ne pourra garder puisque mort, on n'emporte rien dans l'au delà. Qu'il faut tout quitter.
C'est ainsi. L'homme n'est finalement que peu de chose, il quitte, seul ses biens lui survivent...Son souvenir ? Son empreinte ? Trace de son passage ici bas ?

Donc, ainsi on peut se convaincre qu' on ne quitte pas tout à fait, puisque ce qu'on laisse, survivra, restera, sans nous... restera au delà de nous. Un peu de nous...Alors !
Un zeste de soi, vaut bien un petit geste, envers le survivant. Qui on l'espère transmettra encore et encore. Au delà de son nom, de ses gènes !
Quel ambition, mais surtout quelle vanité !
L'homme est ainsi fait, et ainsi encouragé.

Alors le transmettre...Pour que ce ne soit pas perdu ?
La perte, le vide....Crainte, angoisse, peur de cet inconnu, vaste désert inutile que l'on s'oblige à ignorer, à dénier.
Transmettre... Mettre au delà :Trans.... que cela traverse
Transgénérationnel...
Pour laisser un peu de soi, encore un peu, le reste, qui reste.
Le reste pour penser un peu à celui qui part, qui est parti, qui manque peut-être et qui comble ce manque, ce vide par "un petit quelque chose....Pas grand chose...De l'argent...Une maison....Des terres...Des titres....De l'argent....Des comptes en banque..Des entreprises,"
Le reste qui comble le vide, le rempli et empêche l'oubli

Et celui qui reste d'affirmer encore sa puissance, la puissance de l'amour de celui qui est partit pour celui ou ceux qui restent, en transmettant, un peu, beaucoup, passionnément...Ou pas du tout..
Un peu, beaucoup, à l'un, passionnément à l'autre, ou pas du tout !
Et que faire ce beaucoup, de ce un peu, et de ce pas du tout !
Cadeau... Cas d'eau ? Mais de quel eau trouble s'agit-il ?
Où s'agite t-il ? Sans peut-être savoir nager... Ou surnager, nager sur, surfer, sombrer...
Comment nager surnager et ne pas se noyer, pour récupérer à bout de bras ces cadeaux qui sont si souvent empoisonnés

Transmission donc ?
Quelle signification lui donner
Que craint donc celui qui transmet ce lourd et encombrant fardeau
Que son fils, ou sa descendance ne sont pas capables d'en faire autant, qu'il manque ou manquera ?
A t-il si peu confiance en celui ci ?
A t-il peu confiance en ce qu'il lui a transmis de son vivant ? A travers l'éducation, l'amour, la tendresse, l'affection qu'il lui aura ou aurait donné ?
Crainte encore pour l'avenir, et un avenir sans soi, "Après moi le déluge" n'aurait donc plus court ou cours dans cette logique là..
Car il s'agit bien de l'après moi. Après moi, il ne pourra que rester quelque chose, de mon passage...
La trace, on y revient, l'empreinte, le fossile... Le reste dans l'archéologie des souvenirs, des mémoires. L'image s'estompe, mais la pierre reste, fait qu'on se rappelle, qu'on s'incruste, dans les mémoires, dans les souvenirs, dans la vie, dans l'espoir et dans l'avenir de l'autre
Un autre qu'on dit aimer, mais dont on se méfie, quand même un peu, dont on n'est pas sûr de la réussite, alors un petit coup de pouce pour l'encourager n'est pas un mal
Un mal ? Quel mal y a t-il à léguer ses biens
Ses biens, le soi encore, l'être et l'avoir
Peut on croire qu'au bout de toute une vie, nous n'avons pas encore su faire la différence ? Que nous n'avons pas compris le paradoxe de ces deux auxilliaires ? De ces deux instruments de la langue qu'on s'amuse à ustensiliser au cours de la parole mais qui en réalité nous jouent bien des tours pendables : Qui sommes nous ? Et qu'avons nous ?
Nous ne sommes rien et n'avons rien, répondra le sage ?
Mais combien d'années ou combien de vie pour arriver à une telle ascèse morale, intellectuelle et spirituelle ?
Alors nous continuons de transmettre, non contents de transmettre nos tares, nos maladies, nos idioties, nos croyances les plus folles, nos secrets de familles, nous léguons nos biens à nos enfants qui fort heureusement pour certains ne savent qu'en faire !
Et s'en défont. Et s'en dé-font, ainsi font font font les petites marionnettes,

Ainsi font font font trois petits tours et puis s'en vont......

mercredi 21 mai 2008

Intrusion

La Birmanie, le droit d'ingérence, l'intervention, l'aide internationale, les condamnations, le refus de cette aide..... Et tant d'autres choses encore !
Doit-on ? Ne doit-on pas ?
De quel droit ? De celui du plus fort ? De celui qui sait ?
Mais qui sait quoi ? Ce qui est bien ou pas ?
Cette question est en effet fondamentale, elle fait actuellement couler beaucoup d'encre. Une partie de la population mondiale assiste impuissante à la mort lente de quelques milliers d'individus. Ce n'est pas nouveau, cela fait des siècles et des siècles !
On voit la mort, pas vraiment en vrai, sur le petit écran, mais où est la différence entre la vraie mort et la fiction.. Celle où les figurants se relèvent ?


Curieusement, on s'indige de l'attitude des gouvernants, des responsables, des politiques, des militaires qui dirigent ce pays. Qui se sont proclamés responsables, qui s'en sont autorisés d'eux mêmes. Qui ne sont pas dignes, pas forcément convenables, conformes...A une certaine idée de la démocratie ?


Curieusement, je n'entends et ne lis que peu de compassion, d'empathie pour ces hommes, ces femmes et ces enfants qui meurent à petit feu.

Mourir encore ! Quelle fatigue de voir et de voir encore la mort, défiler sous nos yeux.. N'aurait-on rien d'autre à nous montrer ?
Mais c'est loin, il y a la distance, la distance en Km, mais la distance psychologique aussi, comme dit le bon sens commun, loin du coeur....


Le problème essentiel se résume au droit d'ingérence. Doit on imposer l'aide à ce pays dont les gouvernants n'en veulent pas.
Curieux paradoxe que celui là.... Aider, contre, donner, alors que l'autre ne veut pas. Imposer une aide.
Comment le peut-on ?
Au nom de qui ? De quoi ? Du droit de qui ? Du droit de quoi ?
Je ne rentrerai pas au fond du problème, savoir s'il existe ou non, mais je crois que c'est le cas, une clause spéciale autorisant l'ONU à intervenir quand une population est en souffrance.
On pourrait reposer les mêmes questions quant au fondement de cette clause, de cette loi, de l'ONU.
Il s'agit ici de l'autre. Ce qui signifie d'abord reconnaitre, et admettre cette notion d'altérité. De différence, d'autre autre.


Oui, une population est en souffrance, elle est en danger, elle est maltraitée... Nous sommes devant le schéma de la victime et de son agresseur. Seulement dans ce cas précis, il n'y a pas une victime, mais des victimes et des agresseurs
Des responsables qui eux estiment que c'est bien de ne pas intervenir, qu'ils n'ont pas besoin de l'aide d'autres pays. D'une aide qui se veut humanitaire !



Qu'ils se suffisent à eux mêmes, s'auto suffisent, comme ils se sont auto proclamés, qu'ils savent ce qui est bien, du moins qui ont décidé de ce qui était bien. Si toutefois cette notion a un sens, existe...Signifiant ? Signifié ?



La Russie de Poutine a réagi de même lors du drame du Koursk, laissant mourir des hommes au fond de l'océan, afin que l'occident ne contemple et ne ne mesure l'ampleur de leur manque, de leur retard... ne se mèle pas de leurs affaires, militaires en l'occurence; L'intime de l'Etat.
Pénétrer dans ces domaines n'était pas imaginable, représentable,
Ces domaines là sont réputés inviolables et doivent le rester... Rien ne doit transparaitre, déborder, laisser deviner, laisser suggérer....

En est-il de même ici ?
Que cache t-on ? Que ne veut-on pas qui soit vu ? Que ne veut-on pas montrer à voir ? Et pourquoi ?
Pourquoi, cacher, taire...
Pourquoi ne doit on pas voir ? Sinon quel danger courons nous, ou plutôt quel danger court éventuellement l'autre
Qui en laissant voir, ou entrevoir, deviner, ouvre alors une faille où l'ennemi, l'autre pourrait s'engouffrer
Est ce là, la crainte de la faille est cepour elle qu'il ne faut pas faillir, ne pas faillir et sacrifier des vies, qui vont payer ce prix.
Cette faille, ce petit vide qui laisse entrer. Laisse entrer ce qu'on ne veut pas forcément ! Ce qu'on n'attend pas, ce qu'on ne maitrise pas non plus !


Le prix du non laisser à voir
Plutot mourir que de laisser voir, laisser deviner, laisser pénétrer ce territoire secret, intime qui ne doit pas être dévoilé au risque d'un danger terrible, une certaine peure de perdre une virginité grotesque qui ne convainc pas même celui qui faint d'y croire.
Curieux comportement, comportement pathologique à différéents niveaux. Car au nom de ce désir de ne pas montrer, on sacrifie la vie d'innocents. Mais quel prix ont ces vies ?
La vie a t-elle un prix ?
Que vaut l'individu ? Le sujet ? Est-il un sujet ?
Y a t-il une place pour le sujet ? et de quelle subjectivité est-il question?
L'homme n'est il pas une fraction de l'état, d'un état qui n'est ni providence, ni providentiel ?
Ingérence ? Intrusion ?
L'autre ici serait un intrus, un étranger dont on n'a nulle envie de voir pénétrer ni le sol ni les secrets que pourrait renfermer ce sol, ou se renfermer sur ce sol, qui se referme et se refermerait encore et encore, peut-être à tout jamais
Intrus et étranger, exil de soi même, exil en soi même
Mais que pense l'occident de l'étranger ? De l'étrange étranger ? Qu'il craint parfois, souvent de voir pénétrer son sol...Et s'y planter
Pourtant cet occident là, voudrait pénétrer au nom de quoi ? Au nom du droit qu'il s'est donné sur le sol étranger, d'un étranger étrange mais qu'il voudrait aider...Humainement aider...
Prétendre apporter de l'aide, prétendre apporter un savoir, à ceux suppose t-il qui ne savent pas, mais qui devraient savoir quoi ? Au juste ? De juste ?
Qu'est ce qui est juste ? Qu'est ce que le juste ?
L'intrusion de l'intrus dans l'étrange étrangeté étrangére à soi même ?
Au risque d'être paranoïaque on pourrait dire que l'intrusion est partout, que tout est intrusé, pour être ustensilisé... Manipulation ?
Intru. Instru... Mentalisation. On pourrait dire ça, en effet
Mais l'essentiel reste dans la certitude de certains, d'être certains d'avoir raison, de savoir ce qui est bon pour l'autre. Sans savoir qui est cet autre, et encore moins sans s'interroger sur ses réels besoins. Encore moins sur ces désirs ?
Mais quels désirs ? Le désir de l'un puisque l'autre n'apparait que contraint et soumis par le désir de l'autre. Désir de bien faire ? Cela n'est pas le propos, mais désir de faire et cela suffit, suffit à faire et surtout défaire, et déffère une autorité, une toute puissance qui n'a de raisons que la raison du plus fort !
Intrusion dans le désir de l'autre, signifie non seulement nier le désir, mais fondamentalement nier l'autre. Le nier, le dénier, et ne lui reconnaitre qu'existence en fonction de soi, et seulement de soi...
Ingérence et intrusion. Manipulation et instrumentalisation. Violation des droits, mais violation de ses devoirs, par une intrusion massive qui annule et annhile l'autre qui n'existe pas, qui n'existe plus ou qui s'il veut exister, doit obligatoirement passer par le désir et le bon vouloir de celui que se dit, savoir et être fort !
Jusqu'où faut-il aller ? Instruire et intruser ?
Sauver ? Aider ? Proposer ? Guérir ? Instrumentaliser ? Apaiser ? Reconnaitre ? Respecter ?
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Nota bene

Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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