Dimanche dernier lors de la rediffusion sur arte de l'émission consacrée à Romy Schneider, sa fille a évoqué le théatre, sa relation au théatre, sa manière de jouer, de donner au public... Elle l'exprimait intensément :
"Donner, tout,tout ce que j'ai en moi, sortir tout, comme si c'était le dernier jour, la dernière fois que je jouais", tout donner...
Comme si c'était la dernière fois, comme si il n'y aurait pas de prochaine fois. "
Cette fois là, serait l'ultime...
Alors je me suis demandée une fois encore si vivre "comme si on devait mourir demain" était possible, humainement possible...
La vie réelle....
Pas un rôle de théâtre, mais le rôle que nous jouons au quotidien. Mais jouons nous un rôle ?
"Il n'y aura pas de demain"
Bien sûr personne ne peut affirmer que demain il sera là, ni après demain, nul ne sait, mais heureusement, je crois, nul n'y pense, sauf, peut-être s'il est malade, mourant, si justement ses derniers jours, ses dernières heures lui sont comptées, lui sont contées...
Comme s'il devait alors vraiment mourir demain, car cette mort là s'inscrit dans le champ du possible, dans le champ du réel.
Donne t-il alors tout ? Le peut-il ? En a t-il la force, l'en vie alors que la vie lui manque, que la vie se compte en instants qui restent..
Le reste... Il y a une fin, un fin attendue, plus vite que prévue.
Nous sommes tous dans le temps qui reste, qui nous reste, une sorte de compte à rebours dont nous ne connaissons la fin.
Pourtant, paradoxalement nous n'y pensons pas, ou alors dans des circonstances particulières, nous vivons dans l'espoir, dans le demain, l'aprés demain. Nos projets sont à long termes, nous nous projetons dans l'avenir, nous voyons plus tard, nous préparons notre retraite, nos vacances, parlons sans crainte vraiment de l'année prochaine.
Nous n'imaginons pas vraiment que ....
Nous ne vivons pas le moment présent, nous ne vivons pas ou alors très difficilement l'ici et maintenant, car nous sommes tantôt dans le passé tantôt dans le futur, mais jamais là, à la fraction de seconde de l'acte que nous posons.
Nous ne pouvons faire comme si c'était la dernière fois, comme si cet acte posé, là, maintenant est, sera le dernier. Ce qui dans ce contexte pourrait poser de pertinentes questions et mettre une sacrée pagaille
Car si ce moment est le dernier ou du moins peut l'être, alors à quoi bon se soucier de ses conséquences ? Agissons sans retenue, et libérons nos pulsions, puisque c'est la dernière fois, vivons à fond...
Bien sûr Sarah Biasini n'a pas voulu dire cela, elle exprimait bien ce que ressentent les acteurs de théatre, qui jouent, certes, mais qui n'ont pas droit à l'erreur devant le parterre de spectateurs.. Ils ne peuvent rater la scène, elle ne pourra être rejouée, reprise, coupée au montage. C'est comme ça le théatre, une sorte de réalité qui n'en n'est pas une, un rôle à interpréter sans se tromper... Il faut en effet donner, offrir ce qu'on a, ce qu'on est de mieux, pour donner toute sa force, sa crédibilité au personnage, pour rendre ce personnage vivant, pour lui donner corps et âme devant la foule. C'est s'effacer pour se donner corps et âme à la foule..
Certains de mes patients, souffrant de troubles anxieux, de fortes angoisses et terriblement inhibés me disent "je n'ose pas, je pense toujours au pire, je vis dans cet espoir du pire, de la catastrophe, alors je me replis, je ne me lache pas, je ne m'autorise pas.."
Et quelque fois d'ajouter, "je me dis que je devrais vivre, parce que je pourrai mourir demain ou là tout de suite.. Et je n'aurai rien fait, je n'aurai vécu même pas à moitié, tout ça à cause de ma peur, de mes angoisses. Là comme ça, je me dis que je suis passé à côté de tout, j'ai des regrets et des remords...
Croyez vous que nous puissions vivre ce jour comme si c'était le dernier ?
Ceci est-il simplement imaginable, concevable ?
Ne pas imaginer, ne pas penser à demain...
Il y a quelques temps un patient m'avait posé la question de savoir si je savais ce que je ferai si je devais mourir demain, je mets à la fin de ce texte le lien de l'article rédigé alors..
Une question récurente, obsédante...
Vivre les moments comme s'ils étaient ultimes, pour se persuader de vivre intensément, de penser à l'ici et maintenant, de profiter, de s'approprier... Une expression, une vue de l'esprit, une jolie métaphore à ne pas prendre au pied de la lettre
Une phrase qui permet de permettre, d'oser, d'aller au delà...De sentir, d'éprouver...
Réprouvant la superficialité, la non prise de conscience de l'instant présent, tout en jouant sur l'inconscience d'un futur inexistant, voire impossible. Comme si demain ne serait pas, comme si nous ne serons pas demain.
Récurente, obsédante, inquiétante....
Pour vivre sans avoir trop de remords, de regrets, sans se tourner sur un passé encore, pour se dire, si j'avais su.... Hier, j'étais heureux et je ne le savais pas;.
C'est peut-être un peu ça ... Aussi ?
Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
L'Etre humain est unique, chaque rencontre est unique, c'est un éternel recommencement, une aventure nouvelle à chaque fois
Psychanalyse Aujourd'hui
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne
Accompagner le désir d'être Soi
"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir
Mon livre : "j'aime ma vie"
dimanche 2 janvier 2011
Mourir demain ?
dimanche 26 décembre 2010
Miroirs
lundi 20 décembre 2010
Purge
Je viens tout juste d'achever Purge, de Sofi Oksanen...
Un livre qui ne laisse pas indifférent, loin de là.
Un livre pas facile à lire, qui va qui vient, dont les histoires et l'histoire se mèlent s'en mèlent, s'emmelent pour se démeler enfin.
Se démeler ? Je n'en suis pas non plus certaine.
Car il nous laisse sur des questionnements, des interrogations et aussi un certain mal aise.
Un livre qu'il faut lire cependant... Pour comprendre, comprendre un monde qui n'existe plus, mais qui subsiste encore.
Pour comprendre un monde qui existe à nouveau, un monde qui s'est retrouvé.
Pour comprendre aussi, ou tenter de le faire, les méandres de l'âme humaine
Une sorte d'étude de caractères...
Oui, un livre qui ne peut laisser indifférent !
Bien sûr je ne vous raconterai pas l'histoire, je veux seulement en dire quelques mots, partager les émotions, les sentiments, ce que j'ai ressentsi, en le lisant, en le refermant.
Purge est un roman. C'est l'auteur qui le dit. Qui l'écrit. Qui nous avertit.
Les deux premières pages représentent une carte géographique, celle de l'Estonie. "L'Estonie dans l'Europe du Nord depuis 1991"
La légende nous donne déjà quelques indications sur la nature du roman, de l'histoire de ces gens, estoniens, russes, exilés...
Cette carte est importante, je dirai presque essentielle pour aller au delà de l'histoire, du roman, pour le comprendre, comprendre les personnages...
La première clé.
Puis il nous mène en 1949, et nous livre les mots de Hans... Quid ?
Nous voila aussitôt dés la page suivante plongés en Estonie Occidentale en 1992...
Va et vient entre ces années 90 et ces années d'avant guerre, de guerre, d'occupation , puis d'occupation encore...
1992 voit la fin et la chute de l'Union soviétique. L'Estonie qui a tant souffert de l'occupation des russes, fête leur départ...
Tout n'est pas si simple....
Il y a eu la guerre, et avant la guerre, l'Estonie était libre, puis ne l’a plus été.
Il est question de liberté dans ce roman, de la liberté, des libertés aussi, individuelles, singulières...
Pendant toutes ces années, difficiles, redoutables, il a fallu survivre....
Et puis c'est l'histoire de deux sœurs, d’une famille ordinaire, dans ce pays.
Une histoire loin d'être simple, surtout lorsqu'il y a un homme...
Et puis des années plus tard, le temps qui passe, et il faut survivre au temps. Survivre tout simplement. Comme on peut, et parfois à quel prix ! Le prix de la vie.
Une histoire et des histoires, celle de gens ordinaires, mais peut-on l'être à cette époque, dans ces pays ?
Dilemme ?
Une écriture simple, ferme, précise et directe qui nous plonge au coeur de ce monde, qui plante son décor dans un village, dans une ferme. Presque pittoresque.
Qui nous plonge dans une atmosphère, souvent lourde, pesante, étouffante, angoissante, suffocante.
Un roman où il y a des odeurs, des odeurs fortes de nourriture, de cuisine, de confitures, d’oignons, de savons, de sueurs, de peurs, une vieille femme qui n'en finit pas de son passé, de sa mémoire, de l'oubli.
Un roman où il y a des images, celles des jours heureux, moins heureux, désespérés..
Un roman qui nous parle de la guerre, de la collaboration, du communisme, du soviétisme, d'un peuple nié, exilé, massacré, déporté.... Pour laisser place.
Mais place à quoi ? A des lendemains qui ne chantent pas, qui n'ont jamais chantés, qui ne chanteront jamais...
Heureusement, le peuple d'Estonie pourra chanter à nouveau !
Ici il est aussi question d'identité, de l'identité d'une nation, de l'identité d'un peuple qu'on veut anéantir, lui ôter ce qu'il a de plus chers, la langue, la religion, l'hymne et le drapeau.
Un peuple qui doit se fondre dans la masse, celle de l'immense Union des Républiques soviétiques, n'être plus qu'un misérable maillon d'une gigantesque machine inhumaine, sans véritable identité, sans véritablement quelque chose qui la singularise si ce n’est l’attachement, ou la soumission aveugle à un soit disant » petit père »...
Ou la seule identité, tolérée, acceptée, revendiquée est l'identité du Parti, celle qu'un groupe de fous veut imposer à une population terrorisée
C'est aussi l'identité de deux femmes, une vieille femme et une très jeune
Et des fantômes, qui surgissent tout d'un coup de l'oubli, du passé, de la mort aussi... On ne sait ?
Identité.
C'est aussi un livre qui parle d'amour... De l'amour... Et l'amour n'est pas toujours simple, pas toujours partagé, souvent convoité, envié. Source de bonheur et de bien des malheurs, de haine, de violence
L'amour d'un homme, l'amour d'une soeur, un amour souvent proche de la haine
Et une haine qui conduit à la perte, à la destruction, au mensonge....
Une histoire qui cache des secrets, plusieurs secrets, que le lecteur devine au fil des pages, sans savoir vraiment...De lourds secrets de famille aussi, trahisons, survie, amour,
Une histoire en lien avec l'Histoire, celle de l'occupation soviétique....
Qui est vraiment qui ?
Que représentent ces quelques mots, en début de partie, écrite par Hans....
Et puis cette fin, ces rapports "top secret" où il est question "d'objet interrogé"
Objet, sujet ?
Encore...
Ustensilisation et manipulation, dépersonnalisation encore de l'individu, qui de sujet devient "objet auditionné"... Objet questionné, objet torturé...
Une description et une narration chirurgicale au scalpel, pas de pathos, de sentimentalisme, pour exprimer pourtant tant de sentiments torturés, bouleversés par les événements et les tourments de l’âme.
Des vies ratées ? Peut-être pas tant que ça ? des rendez vous pas si manqués non plus, des départs, et des attentes. En vain
Mais des rencontres, inattendues ? Inespérées..
L'espoir d'un retour, l'enfer de l'exil..
Vivre et survivre prennent parfois un chemin difficile...
L'auteur, en écho à la carte géographique termine sur une chronologie : de - 9500 (fonte des glaces) à Aout 1994, où les dernières troupes russes quittent l'Estonie. Fonte des glaces ,de la glace. Là aussi.
Connaitre l'histoire de ce pays est indipensable pour donner tout son sens au roman... Savoir combien de fois l'Estonie a été libre, puis ne l'a plus été....Comprendre ce que représente la Forêt... Pour le décoder
Pas seulement un support historique, mais aussi et surtout une clé pour lire... Entre les lignes, pour comprendre la portée des mots, qui prennent alors tous leur sens, leur puissance...
Une sorte de mode d'emploi qui nous incite aussi à revenir en arrière, relire certaines pages, certaines lignes pour leur donner leur juste mesure.
Car rien n'est laissé au hasard dans ce livre. Ce qui semble le plus anodin, la recette de cuisine ou l'unité monétaire en cours signifie beaucoup..
Zara et Aliide tiennent à elle deux les rennes de l'histoire... Et puis Hans...!
Un livre que je relirai dans quelque temps...Encore
Purge, une histoire de l'Histoire, un roman estonien. un roman pour l'Estonie libre.
Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne.
Purge de Sofi Oksanen, traduit du finnois par Sébastien Cagnoli, aux éditions Cosmopolites Stock.
Un livre qui ne laisse pas indifférent, loin de là.
Un livre pas facile à lire, qui va qui vient, dont les histoires et l'histoire se mèlent s'en mèlent, s'emmelent pour se démeler enfin.
Se démeler ? Je n'en suis pas non plus certaine.
Car il nous laisse sur des questionnements, des interrogations et aussi un certain mal aise.
Un livre qu'il faut lire cependant... Pour comprendre, comprendre un monde qui n'existe plus, mais qui subsiste encore.
Pour comprendre un monde qui existe à nouveau, un monde qui s'est retrouvé.
Pour comprendre aussi, ou tenter de le faire, les méandres de l'âme humaine
Une sorte d'étude de caractères...
Oui, un livre qui ne peut laisser indifférent !
Bien sûr je ne vous raconterai pas l'histoire, je veux seulement en dire quelques mots, partager les émotions, les sentiments, ce que j'ai ressentsi, en le lisant, en le refermant.
Purge est un roman. C'est l'auteur qui le dit. Qui l'écrit. Qui nous avertit.
Les deux premières pages représentent une carte géographique, celle de l'Estonie. "L'Estonie dans l'Europe du Nord depuis 1991"
La légende nous donne déjà quelques indications sur la nature du roman, de l'histoire de ces gens, estoniens, russes, exilés...
Cette carte est importante, je dirai presque essentielle pour aller au delà de l'histoire, du roman, pour le comprendre, comprendre les personnages...
La première clé.
Puis il nous mène en 1949, et nous livre les mots de Hans... Quid ?
Nous voila aussitôt dés la page suivante plongés en Estonie Occidentale en 1992...
Va et vient entre ces années 90 et ces années d'avant guerre, de guerre, d'occupation , puis d'occupation encore...
1992 voit la fin et la chute de l'Union soviétique. L'Estonie qui a tant souffert de l'occupation des russes, fête leur départ...
Tout n'est pas si simple....
Il y a eu la guerre, et avant la guerre, l'Estonie était libre, puis ne l’a plus été.
Il est question de liberté dans ce roman, de la liberté, des libertés aussi, individuelles, singulières...
Pendant toutes ces années, difficiles, redoutables, il a fallu survivre....
Et puis c'est l'histoire de deux sœurs, d’une famille ordinaire, dans ce pays.
Une histoire loin d'être simple, surtout lorsqu'il y a un homme...
Et puis des années plus tard, le temps qui passe, et il faut survivre au temps. Survivre tout simplement. Comme on peut, et parfois à quel prix ! Le prix de la vie.
Une histoire et des histoires, celle de gens ordinaires, mais peut-on l'être à cette époque, dans ces pays ?
Dilemme ?
Une écriture simple, ferme, précise et directe qui nous plonge au coeur de ce monde, qui plante son décor dans un village, dans une ferme. Presque pittoresque.
Qui nous plonge dans une atmosphère, souvent lourde, pesante, étouffante, angoissante, suffocante.
Un roman où il y a des odeurs, des odeurs fortes de nourriture, de cuisine, de confitures, d’oignons, de savons, de sueurs, de peurs, une vieille femme qui n'en finit pas de son passé, de sa mémoire, de l'oubli.
Un roman où il y a des images, celles des jours heureux, moins heureux, désespérés..
Un roman qui nous parle de la guerre, de la collaboration, du communisme, du soviétisme, d'un peuple nié, exilé, massacré, déporté.... Pour laisser place.
Mais place à quoi ? A des lendemains qui ne chantent pas, qui n'ont jamais chantés, qui ne chanteront jamais...
Heureusement, le peuple d'Estonie pourra chanter à nouveau !
Ici il est aussi question d'identité, de l'identité d'une nation, de l'identité d'un peuple qu'on veut anéantir, lui ôter ce qu'il a de plus chers, la langue, la religion, l'hymne et le drapeau.
Un peuple qui doit se fondre dans la masse, celle de l'immense Union des Républiques soviétiques, n'être plus qu'un misérable maillon d'une gigantesque machine inhumaine, sans véritable identité, sans véritablement quelque chose qui la singularise si ce n’est l’attachement, ou la soumission aveugle à un soit disant » petit père »...
Ou la seule identité, tolérée, acceptée, revendiquée est l'identité du Parti, celle qu'un groupe de fous veut imposer à une population terrorisée
C'est aussi l'identité de deux femmes, une vieille femme et une très jeune
Et des fantômes, qui surgissent tout d'un coup de l'oubli, du passé, de la mort aussi... On ne sait ?
Identité.
C'est aussi un livre qui parle d'amour... De l'amour... Et l'amour n'est pas toujours simple, pas toujours partagé, souvent convoité, envié. Source de bonheur et de bien des malheurs, de haine, de violence
L'amour d'un homme, l'amour d'une soeur, un amour souvent proche de la haine
Et une haine qui conduit à la perte, à la destruction, au mensonge....
Une histoire qui cache des secrets, plusieurs secrets, que le lecteur devine au fil des pages, sans savoir vraiment...De lourds secrets de famille aussi, trahisons, survie, amour,
Une histoire en lien avec l'Histoire, celle de l'occupation soviétique....
Qui est vraiment qui ?
Que représentent ces quelques mots, en début de partie, écrite par Hans....
Et puis cette fin, ces rapports "top secret" où il est question "d'objet interrogé"
Objet, sujet ?
Encore...
Ustensilisation et manipulation, dépersonnalisation encore de l'individu, qui de sujet devient "objet auditionné"... Objet questionné, objet torturé...
Une description et une narration chirurgicale au scalpel, pas de pathos, de sentimentalisme, pour exprimer pourtant tant de sentiments torturés, bouleversés par les événements et les tourments de l’âme.
Des vies ratées ? Peut-être pas tant que ça ? des rendez vous pas si manqués non plus, des départs, et des attentes. En vain
Mais des rencontres, inattendues ? Inespérées..
L'espoir d'un retour, l'enfer de l'exil..
Vivre et survivre prennent parfois un chemin difficile...
L'auteur, en écho à la carte géographique termine sur une chronologie : de - 9500 (fonte des glaces) à Aout 1994, où les dernières troupes russes quittent l'Estonie. Fonte des glaces ,de la glace. Là aussi.
Connaitre l'histoire de ce pays est indipensable pour donner tout son sens au roman... Savoir combien de fois l'Estonie a été libre, puis ne l'a plus été....Comprendre ce que représente la Forêt... Pour le décoder
Pas seulement un support historique, mais aussi et surtout une clé pour lire... Entre les lignes, pour comprendre la portée des mots, qui prennent alors tous leur sens, leur puissance...
Une sorte de mode d'emploi qui nous incite aussi à revenir en arrière, relire certaines pages, certaines lignes pour leur donner leur juste mesure.
Car rien n'est laissé au hasard dans ce livre. Ce qui semble le plus anodin, la recette de cuisine ou l'unité monétaire en cours signifie beaucoup..
Zara et Aliide tiennent à elle deux les rennes de l'histoire... Et puis Hans...!
Un livre que je relirai dans quelque temps...Encore
Purge, une histoire de l'Histoire, un roman estonien. un roman pour l'Estonie libre.
Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne.
Purge de Sofi Oksanen, traduit du finnois par Sébastien Cagnoli, aux éditions Cosmopolites Stock.
jeudi 16 décembre 2010
Histoire de la fessée.
http://www.lemonde.fr/livres/article/2010/12/15/histoire-de-la-fessee-de-jean-feixas_1453724_3260.html
En lien une histoire de la fessée ! Quel programme.
Une histoire source de bien des histoires et de questionnements
Pour ou contre la fessée, le châtiment corporel ?
Châtiment infligé publiquement parfois... Encore !
Interdite dans certains pays, prônée dans d'autres, en usage en France de nos jours, elle suscite de nombreuses questions :
Doit on ? Peut-on battre, taper, corriger un enfant, son enfant ?
Dans quelle mesure et pourquoi ?
De quel droit ?
Se donne t-on ce droit ? Le prend on ?
La fessée pour punir.
Battre.... Il s'agit bien d'une violence faite à autrui, et à un enfant....
Quelle est la place de l'enfant ? A t-il son mot à dire ?
Doit-il supporter sans broncher ce châtiment.....Corporel ?
Qui touche au corps, qui blesse le corps, et dans ce cas précis, pas n'importe quelle partie du corps....
Humilation, châtiment.... Honte infligée ? Tout cela pour punir.
Mais ce livre ne traite pas que de cette fessée là, celle qui préoccupe parents et éducateurs
C'est une véritable histoire à travers les époques qui nous est racontée...
L'auteur en effet nous entraine dans l'Histoire. De l'Antiquité à nos jours et nous décrit tous les autres usages de la fessée
En passant par ses vertus thérapeutiques, ses bienfaits et ses pratiques érotiques...
A lire donc, pour s'instruire, pour comprendre et pour s'interroger sur cette pratique singulière qui fait couler des larmes et de l'encre.
En lien une histoire de la fessée ! Quel programme.
Une histoire source de bien des histoires et de questionnements
Pour ou contre la fessée, le châtiment corporel ?
Châtiment infligé publiquement parfois... Encore !
Interdite dans certains pays, prônée dans d'autres, en usage en France de nos jours, elle suscite de nombreuses questions :
Doit on ? Peut-on battre, taper, corriger un enfant, son enfant ?
Dans quelle mesure et pourquoi ?
De quel droit ?
Se donne t-on ce droit ? Le prend on ?
La fessée pour punir.
Battre.... Il s'agit bien d'une violence faite à autrui, et à un enfant....
Quelle est la place de l'enfant ? A t-il son mot à dire ?
Doit-il supporter sans broncher ce châtiment.....Corporel ?
Qui touche au corps, qui blesse le corps, et dans ce cas précis, pas n'importe quelle partie du corps....
Humilation, châtiment.... Honte infligée ? Tout cela pour punir.
Mais ce livre ne traite pas que de cette fessée là, celle qui préoccupe parents et éducateurs
C'est une véritable histoire à travers les époques qui nous est racontée...
L'auteur en effet nous entraine dans l'Histoire. De l'Antiquité à nos jours et nous décrit tous les autres usages de la fessée
En passant par ses vertus thérapeutiques, ses bienfaits et ses pratiques érotiques...
A lire donc, pour s'instruire, pour comprendre et pour s'interroger sur cette pratique singulière qui fait couler des larmes et de l'encre.
lundi 29 novembre 2010
S'aimer.
Suite aux deux articles sur cette impossible désir de perfection, je me suis demandée comment faire, pour vivre sans se sentir obligé de ressembler à un invraisemblable modèle, résister à ces injonctions diverses, sans pour autant se laisser aller.
Etre, vivre en respectant les autres, ce et ceux qui nous entourent, en nous respectant nous-mêmes.
En restant simples, modestes, libres, heureux, acteurs, du mieux que l’on peut.
En essayant de faire de vivre ce passage sur terre en harmonie , en ayant des ambitions, des objectifs, des rêves, des soucis…
Tout cela en restant honnêtes, convenables..
En essayant de trouver ce juste milieu cher aux philosophes grecs, le juste comme il faut, cette sorte d’homéostasie psychique..
Alors j’ai relu Voltaire encore une fois.
"Cultivons notre jardin"
C'est la conclusion de Candide à la fin de son périple, de sa découverte du monde, là où tout n'est pas le meilleur dans le meilleur des mondes....
Je suis tentée de dire la même chose pour répondre et mettre un terme à toutes ces injonctions permanentes et culpabilisantes dont on nous abreuve à longueur de temps !
"Soyez heureux, gais, épanouis, positifs, ambitieux, bronzés, jeunes, minces en forme, optimistes, gentils, sympas...."
Mais voilà même au prix de grands efforts, en y consacrant toute son énergie, parfois aux dépends de soi même, on n'y arrive pas !
Personne, encore une fois, et heureusement, personne n'est parfait ! Ouf ! Ca fait du bien de le dire, de l'entendre, de le savoir.
Et de s'en convaincre...
Pourtant....
Ce n'est pas aussi simple !
Cessons une fois pour toute de culpabiliser, d'avoir des regrets, des remords, de se dire : "j'aurai du, j'aurai pas du.."
Cessons de s'efforcer de devenir ce qu'on ne sera jamais, parce qu'on n'est pas fait pour ça, ce qu'il est impossible d'être !
A chercher l'impossible, l'inaccessible on erre et on s'égare, au risque de ne jamais rien trouver.
On perd son chemin, sa route, on oublie l'essentiel.
On s'oublie, on renonce...
On s'épuise et on est malheureux.
Alors :
Essayons de voir les choses autrement, les voir en face, vraiment, telles qu'elles sont.
Soi tout d'abord : Qui suis-je ?
Essayons aussi et surtout de se regarder tel qu'on est, de se comprendre, de s'estimer, de se pardonner, de ne pas se maltraiter, de s'aimer, du moins un peu...
Les autres : Qui sont-ils ?
Ils ne sont pas parfaits non plus, et heureusement, choisir ses amis, les accepter comme ils sont, pour ce qu'ils sont, ne pas vouloir faire de ceux qu'on aime, ce que nous voudrions qu'ils soient
Ne pas instrumentaliser l'autre, ni se laisser instrumentaliser, savoir dire non et trouver la juste mesure, entre ce que je peux faire, laisser faire ou dire sans en souffrir, et ne pas blesser l'autre.
Recevoir et donner... Comme il faut, juste ce qu'il faut.
S'estimer, pour estimer l'autre et les autres, s'affirmer comme il se doit, sans agresser, avoir confiance en soi.
Accepter enfin que nous vivons dans un monde qui lui aussi n'est pas parfait, que la vie, n'est pas comme dans la publicité, dans les séries TV, les magazines, les films, que si nous ne sommes pas des super héros, nous sommes le héros de notre histoire, et que vivre au quotidien est bien plus compliqué que de sauver le monde...
La vie, la vraie vie, celle de chacun de nous.. Le réel. Cette réalite de tous les jours, celle de chacun d'entre nous, avec ses joies, ses peines, ses bonheurs, ses souffrances...
Accepter les difficultés rencontrées réellement, sans les nier, les maximiser ou les minimiser
La vie, tout simplement
Soyons vrais, authentiques, humains...Acceptons et vivons.
Simplement, honnêtement, justement.
Et voyons comment nous pouvons nous y prendre..
Il ne s’agit pas non plus d’être sage, tout, le temps, trop sage. S’il faut de la sagesse, il faut aussi un peu de folie.
La vie serait trop triste sans imprévu, sans tout ce qui met un peu de surprise, de gaîté… Qu’il faut également savoir accueillir sans trop d’anxiété !
Etre, vivre en respectant les autres, ce et ceux qui nous entourent, en nous respectant nous-mêmes.
En restant simples, modestes, libres, heureux, acteurs, du mieux que l’on peut.
En essayant de faire de vivre ce passage sur terre en harmonie , en ayant des ambitions, des objectifs, des rêves, des soucis…
Tout cela en restant honnêtes, convenables..
En essayant de trouver ce juste milieu cher aux philosophes grecs, le juste comme il faut, cette sorte d’homéostasie psychique..
Alors j’ai relu Voltaire encore une fois.
"Cultivons notre jardin"
C'est la conclusion de Candide à la fin de son périple, de sa découverte du monde, là où tout n'est pas le meilleur dans le meilleur des mondes....
Je suis tentée de dire la même chose pour répondre et mettre un terme à toutes ces injonctions permanentes et culpabilisantes dont on nous abreuve à longueur de temps !
"Soyez heureux, gais, épanouis, positifs, ambitieux, bronzés, jeunes, minces en forme, optimistes, gentils, sympas...."
Mais voilà même au prix de grands efforts, en y consacrant toute son énergie, parfois aux dépends de soi même, on n'y arrive pas !
Personne, encore une fois, et heureusement, personne n'est parfait ! Ouf ! Ca fait du bien de le dire, de l'entendre, de le savoir.
Et de s'en convaincre...
Pourtant....
Ce n'est pas aussi simple !
Cessons une fois pour toute de culpabiliser, d'avoir des regrets, des remords, de se dire : "j'aurai du, j'aurai pas du.."
Cessons de s'efforcer de devenir ce qu'on ne sera jamais, parce qu'on n'est pas fait pour ça, ce qu'il est impossible d'être !
A chercher l'impossible, l'inaccessible on erre et on s'égare, au risque de ne jamais rien trouver.
On perd son chemin, sa route, on oublie l'essentiel.
On s'oublie, on renonce...
On s'épuise et on est malheureux.
Alors :
Essayons de voir les choses autrement, les voir en face, vraiment, telles qu'elles sont.
Soi tout d'abord : Qui suis-je ?
Essayons aussi et surtout de se regarder tel qu'on est, de se comprendre, de s'estimer, de se pardonner, de ne pas se maltraiter, de s'aimer, du moins un peu...
Les autres : Qui sont-ils ?
Ils ne sont pas parfaits non plus, et heureusement, choisir ses amis, les accepter comme ils sont, pour ce qu'ils sont, ne pas vouloir faire de ceux qu'on aime, ce que nous voudrions qu'ils soient
Ne pas instrumentaliser l'autre, ni se laisser instrumentaliser, savoir dire non et trouver la juste mesure, entre ce que je peux faire, laisser faire ou dire sans en souffrir, et ne pas blesser l'autre.
Recevoir et donner... Comme il faut, juste ce qu'il faut.
S'estimer, pour estimer l'autre et les autres, s'affirmer comme il se doit, sans agresser, avoir confiance en soi.
Accepter enfin que nous vivons dans un monde qui lui aussi n'est pas parfait, que la vie, n'est pas comme dans la publicité, dans les séries TV, les magazines, les films, que si nous ne sommes pas des super héros, nous sommes le héros de notre histoire, et que vivre au quotidien est bien plus compliqué que de sauver le monde...
La vie, la vraie vie, celle de chacun de nous.. Le réel. Cette réalite de tous les jours, celle de chacun d'entre nous, avec ses joies, ses peines, ses bonheurs, ses souffrances...
Accepter les difficultés rencontrées réellement, sans les nier, les maximiser ou les minimiser
La vie, tout simplement
Soyons vrais, authentiques, humains...Acceptons et vivons.
Simplement, honnêtement, justement.
Et voyons comment nous pouvons nous y prendre..
Il ne s’agit pas non plus d’être sage, tout, le temps, trop sage. S’il faut de la sagesse, il faut aussi un peu de folie.
La vie serait trop triste sans imprévu, sans tout ce qui met un peu de surprise, de gaîté… Qu’il faut également savoir accueillir sans trop d’anxiété !
lundi 22 novembre 2010
Difficultés scolaires
Des articles sur le sujet sur le blog de mon cabinet professionnel : Actuthérapies
Si cela vous interresse :
http://actutherapies.blogspot.com
Bonne lecture à tous !
Si cela vous interresse :
http://actutherapies.blogspot.com
Bonne lecture à tous !
lundi 8 novembre 2010
Ainsi fut fait
Je viens de terminer "Ainsi fut fait" un livre que je ne connaissais pas il y a quelques mois encore
Un livre que m'a fait découvrir son auteur Nathalie Gendreau, lors de notre rencontre en septembre, à Pons...
Une belle rencontre, innattendue et tellement agréable ! Je lui fis part alors de toute mon admiration, des émotions ressenties lors de la lecture de son roman "la peau d'Anna".
Je lui dit combien j'ai aimé sa manière d'écrire, de dire, de raconter cette histoire là, je lui ai dit tout ça.
Je crus qu'Ainsi fut fait, était son dernier livre, non, c'était le premier..
Je parcourus... Et le reposais.
Non, je n'étais pas prête, je ne me sentais pas capable, pas en mesure de lire ça, d'affronter ça.. Même si j'ai fait du chemin dans cette voie là..
Mais là non c'était trop difficile, trop compliqué
Je repartis cependant avec un marque page... Avec le résumé de ce premier roman sur le recto, et celui de la Peau d'Anna, au verso, ou le contraire.
Il est là, prés de moi, encore au moment où je rédige ces lignes.
Une histoire ? Non, pas seulement, un témoignage, une reconstruction, un passé meurtri...
Non, pas pour moi, pas encore..
Puis, je me procure le livre... le laisse, le range dans la bibliothèque, je n'y touche pas, je ne le lis pas..
Comme si nous cherchions à nous apprivoiser, mutuellement, lui et moi, avant de se rendre au rendez-vous..
Avant cette rencontre...
Puis je le sors, le laisse sur mon bureau, mon fils, le regarde....Le repose, grâve, me regarde..
je me décide enfin.. En fin...
Comme pour la Peau d'Anna, il m'est difficile de le quitter, de le poser, mais c'est différent... C'est difficile.
Je le lis en quelques jours, pas tout d'une traite, je ne peux pas.
La nuit dernière j'ai fais des cauchemars, j'ai révé de la guerre, des allemands, des camps... De tout ça, pas du livre, pas seulement.
Puis j'ai terminé le livre...
J'ai lu, avide, dévoré les mots, les larmes aux yeux, puis qui coulaient lentement le long de mes joues...Les larmes d'une mère sans doute, les larmes du désespoir aussi, de l'inhumanitude... Parce qu'on ne peut parler ni d'humanité, ni d'inhumanité. Alors faut-il user d'un néologisme pour rendre compte de l'inacceptable ?
Les mots restent indicibles, superflus, de trop.
Ecrit sans pathos, écrit simplement, écrit terriblement
Des lettres, celles de l'auteur, Samuel Szajner, Robert... Des réponses... Seulement des réponses, une seule partie de cette correspondance échangée avec l'auteur.
Des lettres écrites aujourd'hui (2005 et 2006) où le viel homme revisite son passé, se confie, se raconte, livre l'histoire de l'adolescent qu'il était alors, d'une jeunesse qui n'en n'est pas une, ou les jours passent dans l'horreur de se demander s'il y aura un demain.
Il explore l'âme humaine dans ses moindres recoins, découvre l'homme, le meilleur et le pire de lui même.
M. Cyrulnik parle de résilience, je parlerai ici de résistance, d'une farouche volonté de vivre, de ne pas plier, même si l'échine est courbée pour mieux supporter les coups et l'humiliation des SS.
Samuel fait semblant. Semblant d'être un autre, un Robert, qui cache le Samuel qui n'a plus le droit d'ête, le Samuel interdit qui n'a pas le droit d'être, le Samuel dénié. Un Robert qui garde Samuel en vie.
Il prend la peau d'un autre, une sorte de peau d'âne là aussi, une bête de somme, pour se tenir debout et être vivant, revoir les siens, revoir sa mère...
L'histoire d'une vie, mais aussi et surtout d'une quête, celle d'un passé, d'une rencontre avec ce jeune homme là, ce passé non pas oublié ni refermé, mais laissé de côté. Il lui en a fallu sûrement du courage à ce vieil homme pour partir à la rencontre de ce jeune garçon...Il ne le voulait pas, mais c'est laissé gagné par cette jeune femme aussi têtue que lui, à la recherche de son passé elle aussi. A la recherche d'une grand mère, une femme, qui les lie, les relie, qui fait qu'ils ont quelque chose en commun, quelque chose à se dire, à s'apprendre aussi l'un de l'autre.
Qu'ils sont fait pour se rencontrer un jour...
Ils se livrent mutuellemement, se parlent et se confient au fil des échanges épistolaires, ils se construisent aussi, se reconstruisent peut-être... Sûrement
Comme si l'histoire de l'un allait à la rencontre de celle de l'autre !
Affronter l'indicible ! Affronter ce qu'on a depuis toujours empêché d'arriver à la mémoire, de revenir hanter le présent, mais laissé en friches dans le vaste continent noir de notre inconscient; Par peur, angoisse, peut-être, pour se protéger sans nul doute.
Mais se protéger de quoi ? De la peine, des larmes et de la souffrance ? Sa propre souffrance, éviter de verser des larmes sur soi ? Honte ? Peur ? crainte ?
Insomnies.. Cauchemar..
Peur de rencontrer ce réel cette réalité qui fait mal tellement elle est vraie
Peur de rencontrer ses fantômes, peur de les affronter, peur de leur faire la peau...
J'ai lu ce livre, il ne m'a pas réconciliée avec les hommes, avec l'humanité, il est vrai que parfois je n'ai plus guère d'illusion, l'actualité ne m'y aide guère.
Mais là ? je n'ai pu m'empecher de penser à mon père..Mon père qui ne parlait pas, qui n'en parlait pas. Mon père sur son quai de gare? C'est peut-être pour lui, ou à cause de lui, pour ce petit garçon que j'ai peur, pour cette jeunesse perdue, cette insouciance confisquée ?
Confisquée, volée, ravie, à tout jamais..
Misérable pécule donné aux déportés... Cette misérable somme qu'on donne à Robert, pour compenser cette terrible parenthèse, cette folie des hommes...Le prix de cette mort là, de la mise en sommeil de la vie ? Le prix du sacrifice, du sang des hommes ? De la folie des bourreaux cautionnnée par le silence et l'aveuglement des autres ? De ceux qui n'ont rien vu, ni voulu voir ?
Misèrable pécule en échange de quoi ? De la peau de l'autre ?
Et puis l'écoeurement me saisit, une vague envie de vomir, la nausée de cette humanité là...
Samuel parle de Buchenwald...
Ces images résonnent ! Les images des forêts qu'il a traversé, sans doute, à pieds, usé, épuisé avec ses camarades d'infortune dansent devant mes yeux, il était là, avait foulé des années plus tôt, le même sol que moi.
Je revois le clocher de Wiemar... Thuringerwald..
Et je me mets à detester la langue allemande, langue dans laquelle souvent je penee, souvent je rêve, je pense alors à Margurite/Léa ma grand'tante, qui ne la parlait plus ces années là...
Je revois mes démons, les diables qui m'agitent,qui pendant des années, m'ont empechés d'ouvrir ces tiroirs là, m'ont empechés de voir clair dans ces ténébres la... Diables et démons seigneurs des enfers ?
Ce qui jusqu'ici m'avait empéché d'ouvrir ce livre là...
Pourtant je sais depuis longtemps que cette histoire n'est pas la mienne, pourtant... Je sais pour toujours que nous portons à jamais au plus profond de nous les stigmates de ces plaies, cicatrices jamais fermées, plaies béantes de l'histoire la plus sombre de l'humanité.
Merci à Nathalie Gendreau d'avoir avec tout le talent qui est le sien raconté cette histoire, celle d'un homme mais pas seulement, d'avoir mis des mots et mis en mots cette reconstruction. De nous avoir permis d'exhorciser ces maux terribles.
Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
A Nathalie Gendreau...
A mon père et aux autres...
Nathalie Gendreau, Ainsi fut fait. D'aprés la vie de Samuel Szajner, éditions Jean-Claude Gawszwitch, 260 p. 19,90 E
Un livre que m'a fait découvrir son auteur Nathalie Gendreau, lors de notre rencontre en septembre, à Pons...
Une belle rencontre, innattendue et tellement agréable ! Je lui fis part alors de toute mon admiration, des émotions ressenties lors de la lecture de son roman "la peau d'Anna".
Je lui dit combien j'ai aimé sa manière d'écrire, de dire, de raconter cette histoire là, je lui ai dit tout ça.
Je crus qu'Ainsi fut fait, était son dernier livre, non, c'était le premier..
Je parcourus... Et le reposais.
Non, je n'étais pas prête, je ne me sentais pas capable, pas en mesure de lire ça, d'affronter ça.. Même si j'ai fait du chemin dans cette voie là..
Mais là non c'était trop difficile, trop compliqué
Je repartis cependant avec un marque page... Avec le résumé de ce premier roman sur le recto, et celui de la Peau d'Anna, au verso, ou le contraire.
Il est là, prés de moi, encore au moment où je rédige ces lignes.
Une histoire ? Non, pas seulement, un témoignage, une reconstruction, un passé meurtri...
Non, pas pour moi, pas encore..
Puis, je me procure le livre... le laisse, le range dans la bibliothèque, je n'y touche pas, je ne le lis pas..
Comme si nous cherchions à nous apprivoiser, mutuellement, lui et moi, avant de se rendre au rendez-vous..
Avant cette rencontre...
Puis je le sors, le laisse sur mon bureau, mon fils, le regarde....Le repose, grâve, me regarde..
je me décide enfin.. En fin...
Comme pour la Peau d'Anna, il m'est difficile de le quitter, de le poser, mais c'est différent... C'est difficile.
Je le lis en quelques jours, pas tout d'une traite, je ne peux pas.
La nuit dernière j'ai fais des cauchemars, j'ai révé de la guerre, des allemands, des camps... De tout ça, pas du livre, pas seulement.
Puis j'ai terminé le livre...
J'ai lu, avide, dévoré les mots, les larmes aux yeux, puis qui coulaient lentement le long de mes joues...Les larmes d'une mère sans doute, les larmes du désespoir aussi, de l'inhumanitude... Parce qu'on ne peut parler ni d'humanité, ni d'inhumanité. Alors faut-il user d'un néologisme pour rendre compte de l'inacceptable ?
Les mots restent indicibles, superflus, de trop.
Ecrit sans pathos, écrit simplement, écrit terriblement
Des lettres, celles de l'auteur, Samuel Szajner, Robert... Des réponses... Seulement des réponses, une seule partie de cette correspondance échangée avec l'auteur.
Des lettres écrites aujourd'hui (2005 et 2006) où le viel homme revisite son passé, se confie, se raconte, livre l'histoire de l'adolescent qu'il était alors, d'une jeunesse qui n'en n'est pas une, ou les jours passent dans l'horreur de se demander s'il y aura un demain.
Il explore l'âme humaine dans ses moindres recoins, découvre l'homme, le meilleur et le pire de lui même.
M. Cyrulnik parle de résilience, je parlerai ici de résistance, d'une farouche volonté de vivre, de ne pas plier, même si l'échine est courbée pour mieux supporter les coups et l'humiliation des SS.
Samuel fait semblant. Semblant d'être un autre, un Robert, qui cache le Samuel qui n'a plus le droit d'ête, le Samuel interdit qui n'a pas le droit d'être, le Samuel dénié. Un Robert qui garde Samuel en vie.
Il prend la peau d'un autre, une sorte de peau d'âne là aussi, une bête de somme, pour se tenir debout et être vivant, revoir les siens, revoir sa mère...
L'histoire d'une vie, mais aussi et surtout d'une quête, celle d'un passé, d'une rencontre avec ce jeune homme là, ce passé non pas oublié ni refermé, mais laissé de côté. Il lui en a fallu sûrement du courage à ce vieil homme pour partir à la rencontre de ce jeune garçon...Il ne le voulait pas, mais c'est laissé gagné par cette jeune femme aussi têtue que lui, à la recherche de son passé elle aussi. A la recherche d'une grand mère, une femme, qui les lie, les relie, qui fait qu'ils ont quelque chose en commun, quelque chose à se dire, à s'apprendre aussi l'un de l'autre.
Qu'ils sont fait pour se rencontrer un jour...
Ils se livrent mutuellemement, se parlent et se confient au fil des échanges épistolaires, ils se construisent aussi, se reconstruisent peut-être... Sûrement
Comme si l'histoire de l'un allait à la rencontre de celle de l'autre !
Affronter l'indicible ! Affronter ce qu'on a depuis toujours empêché d'arriver à la mémoire, de revenir hanter le présent, mais laissé en friches dans le vaste continent noir de notre inconscient; Par peur, angoisse, peut-être, pour se protéger sans nul doute.
Mais se protéger de quoi ? De la peine, des larmes et de la souffrance ? Sa propre souffrance, éviter de verser des larmes sur soi ? Honte ? Peur ? crainte ?
Insomnies.. Cauchemar..
Peur de rencontrer ce réel cette réalité qui fait mal tellement elle est vraie
Peur de rencontrer ses fantômes, peur de les affronter, peur de leur faire la peau...
J'ai lu ce livre, il ne m'a pas réconciliée avec les hommes, avec l'humanité, il est vrai que parfois je n'ai plus guère d'illusion, l'actualité ne m'y aide guère.
Mais là ? je n'ai pu m'empecher de penser à mon père..Mon père qui ne parlait pas, qui n'en parlait pas. Mon père sur son quai de gare? C'est peut-être pour lui, ou à cause de lui, pour ce petit garçon que j'ai peur, pour cette jeunesse perdue, cette insouciance confisquée ?
Confisquée, volée, ravie, à tout jamais..
Misérable pécule donné aux déportés... Cette misérable somme qu'on donne à Robert, pour compenser cette terrible parenthèse, cette folie des hommes...Le prix de cette mort là, de la mise en sommeil de la vie ? Le prix du sacrifice, du sang des hommes ? De la folie des bourreaux cautionnnée par le silence et l'aveuglement des autres ? De ceux qui n'ont rien vu, ni voulu voir ?
Misèrable pécule en échange de quoi ? De la peau de l'autre ?
Et puis l'écoeurement me saisit, une vague envie de vomir, la nausée de cette humanité là...
Samuel parle de Buchenwald...
Ces images résonnent ! Les images des forêts qu'il a traversé, sans doute, à pieds, usé, épuisé avec ses camarades d'infortune dansent devant mes yeux, il était là, avait foulé des années plus tôt, le même sol que moi.
Je revois le clocher de Wiemar... Thuringerwald..
Et je me mets à detester la langue allemande, langue dans laquelle souvent je penee, souvent je rêve, je pense alors à Margurite/Léa ma grand'tante, qui ne la parlait plus ces années là...
Je revois mes démons, les diables qui m'agitent,qui pendant des années, m'ont empechés d'ouvrir ces tiroirs là, m'ont empechés de voir clair dans ces ténébres la... Diables et démons seigneurs des enfers ?
Ce qui jusqu'ici m'avait empéché d'ouvrir ce livre là...
Pourtant je sais depuis longtemps que cette histoire n'est pas la mienne, pourtant... Je sais pour toujours que nous portons à jamais au plus profond de nous les stigmates de ces plaies, cicatrices jamais fermées, plaies béantes de l'histoire la plus sombre de l'humanité.
Merci à Nathalie Gendreau d'avoir avec tout le talent qui est le sien raconté cette histoire, celle d'un homme mais pas seulement, d'avoir mis des mots et mis en mots cette reconstruction. De nous avoir permis d'exhorciser ces maux terribles.
Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
A Nathalie Gendreau...
A mon père et aux autres...
Nathalie Gendreau, Ainsi fut fait. D'aprés la vie de Samuel Szajner, éditions Jean-Claude Gawszwitch, 260 p. 19,90 E
Inscription à :
Articles (Atom)
Nota bene
Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.
Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.
Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.