Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

mardi 21 avril 2020

Unité de lieu J33




La vie est un théâtre où nous jouons un rôle parfois bon, souvent mauvais. L'action se déroule et se déplace au gré de notre fantaisie quand on a la chance d'être l'auteur, le narrateur et l'acteur du scénario. Au gré de… ici et là bas, ici et ailleurs.

Aujourd'hui, il nous faut changer tout ça, le plan, la méthode et les règles, ne conservant qu'une seule de ces trois unités qui rendait la pièce parfaite.

Ainsi nous ne garderons que l'unité de lieu. Avec quelques petites digressions vers le nécessaire, ces besoins primaires qui n'ont que faire dans les romans précieux où les romans fleuves des Anciens.

Unité de lieu, tout se joue, là, ici. L'action, le cœur du drama

Et il n'est pas question d'en déroger, sous peine de sanction. Une assignation à la résidence de la scène choisie pour vivre un temps long, qui se décompose en jours, nuits, semaines, mois peut-être ? Autant d'actes que durera cet enfermement, ce placement involontaire exigé par le décret du 23 mars 2020.

Un temps long qui s'éternise dans le même lieu, confiné dans le théâtre que nous nous sommes plus où moins choisi. Le seul où nous avons le droit d'être, d'avoir, et de faire, de jouer la comédie, de vivre la tragédie, mais aussi celui de mourir sur scène.
Tu joueras, là, tout ce que tu dois vivre, tu te joueras là sous peine de. Tu vivras ce jour comme s'il était le dernier, s'il ne l'est pas, il t'incombera de vivre l'autre mais aussi les autres, ceux à venir, ceux qui ne viendront peut-être pas. Demain sera ici et non ailleurs. Du moins pour le moment. Tu n'es plus libre de toi, de ton être, de ton aller, de tes venues.
Nous sommes enfermés.

Nous pouvons malgré tout, pour les plus chanceux changer un peu les affres du décor, vaquer à quelques mètres, être dedans et malgré tout un peu dehors.
Mais si peu !

Un unité de lieu, mais aussi quelque peu de temps. Un temps figé, un temps long, un temps qui passe  mais se ressemble, demain comme hier. Une journée qui s'organise sans trop de surprise autour des mêmes objets, des mêmes personnes, ou dans la solitude, dans le reflet de la pâle face que nous renvoie de nous même le miroir. Ce "je" que je ne saurai voir
Seul le ciel, le soleil, la lune, la pluie, les nuages ou l'orage apportent un peu de changement, un petit bouleversement parfois imprévu qui nous rappelle qu'il existe un ailleurs, un autre monde derrière le mur où nous sommes relégués.

Curieux monde que le nôtre !

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
Crédit photo @brigittedusch

lundi 13 avril 2020

Il n'y a plus de rencontre




Il n'y a plus rencontre 
il n'y a plus d'autre, 
il n'y a plus rien.

il n'y a plus que l'image, l'image de soi que nous renvoie le miroir chaque matin, chaque soir et chaque jour, et encore un jour, et un jour encore...
A l'infini ?

Il n'a plus que ça, et c'est devenu insupportable.

Il n'y a plus que la béance, impensable mais qui nous hante, nous colle à la peau, à la tête, au cœur qui s'assèche, qui se tend, qui se ferme pour ne pas sombrer, pour ne pas pleurer, pour ne pas hurler le manque. 

Tout est illusion, tout est devenu irréel, le lien tissé avec l'autre ne se fait que du bout d'un clavier, il n'y a plus de baiser, de tendresse, ni d'amour, il faut être sur ses gardes et garder ses distances. L'autre est porteur du mal, l'autre est devenu le mal, celui qu'il faut craindre, l'autre est peut-être la mort, celui qui porte la mort, qui donne la mort, en cadeau inattendu. L'autre est un ennemi qui ne le sait pas peut-être ? Encore ? Je suis un ennemi moi aussi ? Peut-être ? Sûrement ? C'est intenable !

Je, tu, il, nous, vous, ils sont peut-être la mort
La possible mort s'est invitée en chacun de nous, s'est emparée de nous à notre insu, c'est infiltrée maudite et perfide, pour distiller son poison et nous tuer à petit feu dans les pires douleurs.

Attention, reculez, d'un pas, de deux, de trois, non plutôt fuyez !

Il n'y a plus de rencontre, Il n'y a plus de rendez-vous, de surprises et de fleurs offertes, il n'y a plus moi, il n'y a plus lui,
Qui suis-je et qui est-il ?

Il n'y a plus de rencontre, de rendez-vous, de ces moments fébriles, de découvertes, de complicité, d'amour, de tendresse, de baisers et de caresses. Il n'y a plus de corps, plus de rien qui fait la vie, qui fait que la vie parfois peut-être belle, merveilleuse, un ciel bleu, qui parfois laisse éclater l'orage !
Il n'y a plus ça.
Il n'y a plus la possibilité de rire, d'aimer, de vivre.
Il n'y a plus que les mots lus sur un écran, entendus au téléphone
Visages et voix, échos lointains des êtres aimés, sons déformés au prisme de la distance et des émotions. Il n'y a plus de rencontres que celles ci, misérables et tenues, maintenues, tendues, distendues et qui ne tiennent qu'à un fil, mince et tenu, pouvant se rompre, se briser d'un seul coup, de manière inattendue.
Il y a cette terreur possible de mourir loin des siens, de sa terre, sans avoir revu, dit au revoir, une mort volée confisquée, encore !
On nous vole notre vie, nos adieux, notre mort, exit.


Quelle existence se joue, se trame et se tricote ?
Il n'y a plus rien
Il y a ce jour, ce moment, ce présent auquel on s'accroche pour penser demain et regretter hier.
Il y a ce moment de détresse et de stress, de pénible douleur, de peur d'être pour ne plus être, peur de se déliter, de se diluer dans l'inconnu infini et anonyme, dans cette fosse commune de l'oubli.

Il y a l'enfermement, le confinement, le rétrécissement de soi, pour ne pas déborder les limites d'un cadre posé par ceux qui ont anéantis notre liberté
La liberté de l'âme, la liberté de quoi ?
Celle du temps ? Mais le temps imposé n'est en rien le temps espéré, alors on traine et on se traine ne sachant que faire de ce lien qui nous désunit de l'autre puis de nous même, nous abandonnant à une solitude terrible et tragique ou peut-être pire !
Il n'y a plus de rencontre, de bonjours, de mains serrées, d'accolades et de baisers, il n'y a plus de gestes d'amour et de tendresse. Il n'y aura plus.
Il n'y a plus que la peur, le silence et la mort, la détresse et le désespoir le silence et le vide de ses rues et jardins vidées de la vie. Un monde moribond terrassés par la vie avant que la mort ne vienne le prendre.

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
Crédit photo, @brigittedusch

mercredi 8 avril 2020

Les émotions confinées 1


Confinées : elles aussi ? 
Emotions, ressentis, sentiments, perceptions, tout ce qui agit et nous agit.

Alors : sont-elles confinées, renfermées, refoulées ou au contraire exacerbées ?
Sont-elles modifiées, anesthésiées, toujours les mêmes, ou différentes ?
Sommes-nous capables de contenir nos pulsions, nos envies, nos désirs, nos ressentis, nos pensées ou non ? 

Tout ce qui s'agite dans notre cerveau est-il lui aussi assigné à résidence, celle du fond du trou ? Pour ne pas se montrer à voir, exploser ? Tout ce tout peut-il être contenu ? réfréné  ? ou bien est-il libéré, sans contrainte, se laisse t-il aller à s'épancher ou au contraire à exploser enfin comme une bombe qu'on a empêché d'éclater ?
Ce Tout a t-il lâché prise lui aussi ?
Le moment est-il venu pour lui d'être libéré ? Le vernis a t-il craqué ?  égratigné déjà, et le peu qui reste peut-il encore survivre tant bien que mal pendant ce temps qui n'est plus celui de l'autre, de l'altérité mais aussi et surtout celui de l'égoïsme et de la survie ?
Chacun pour soi, et s'il en reste un peu Dieu peut-être pour tous ?

L'homme est un animal domestiqué par lui même et policé par ceux qui détiennent le pouvoir, édictent les règles et les lois, ces chefs de meute que certains, un plus vindicatifs remettent parfois en cause, car la horde se révolte, quand le chef ou les chefs sont trop autoritaires, trop injustes aussi.
Le contexte est tout autre, l'autorité, la dictature de la meute dominante est imposée ou s'impose d'elle même pour soit disant sauver la horde ou ce qu'il en reste. Car il est restera bien quelques uns : les plus chanceux, les moins vulnérables, les plus hardis, les plus débrouillards. Les autres mourront et ne coûteront plus rien dans ce nouveau monde de ruines et de désolations qui émergera de tout ça.
Qui seront les survivants de ce déluge, de cette tragédie sans nom, de ce cataclysme ? Qui seront ces malheureux chanceux ?

Les Anciens qui naïvement ou pas y auraient vu la colère des dieux, et n'ayant de cesse de l'apaiser, auraient offert des offrandes et des sacrifices.
Nos chefs de meute, ne lésinent pas et offrent le sacrifice entier de leur peuple. Ce n'est pas rien mais ça leur coûte si peu. Il semble cependant que ce soit vain leur divinité reste sourde, elle ne veut pas de sang, de cadavres, de moribonds, elle ne se gorge que d'or et d'argent, de dividendes, de rendements et de production, peu importe que le manant crève, ou mieux si cela peut lui rapporter. Misérable misère que ce monde indigne. L'actionnaire a faim, l'actionnaire a soif, et il faut l'abreuver, l'inonder de profits jusqu'à ras gueule. Immoler le gueux !

Personne n'est dupe, et pour survivre il faut bien vivre, même (et surtout) au dépens de ceux qui écoutent, qui croient et font crédit. Surtout ceux là. Chacun pour soi et tout pour soi, après moi le déluge. Les Autres ne sont-ils pas l'enfer ? Et l'homme l'a prouvé de tout temps, sans surprise il peut être à la fois et en même temps capable du pire et du meilleur.

Je propose d'analyser, de disséquer les émotions, ces soit disant "péchés capitaux" tels que le mensonge, la trahison, la vanité, la gourmandise et autres attitudes qui selon certains nous conduiraient en enfer, (qu'ils se rassurent l'enfer nous y sommes) à travers le confinement, l'épidémie, et le contexte de survie qui à présent est le nôtre pour un temps indéfini, indéterminé, un temps long, très long sûrement.

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
Crédit photo @brigittedusch

samedi 4 avril 2020

Le Présent, c'est maintenant




Présent de l'indicatif, présent de narration, pour dire, présent simple pour raconter.
Le présent n'a jamais autant pris de sens que maintenant, ce présent où nous sommes, figés, assignés sans vraiment savoir si demain sera et s'il est, comment il sera.

Etre au présent, vivre ce présent n'a jamais été aussi essentiel. 
Vivre comme si ce jour était le seul et l'unique. Le seul de notre vie, de notre humble existence.

C'est un instant, un présent celui d'une journée sans fin qui inlassablement se répète sans savoir quand il aura un jour différent.
Un présent incrusté dans un temps long, très long, sans fin peut-être, un présent permanent, une permanence de ce présent. Un  temps sans parenthèse où la seule chose certaine est son incertitude

Il faut donc faire crédit. Mais crédit de quoi et à qui ?
Il faut donc vivre dans l'attente ? Mais quelle attente et pour quoi ?
Il faut donc vivre dans l'espoir ? L'espoir que ça cesse? Mais comment ?

Nul d'entre nous n'avons de réponse, aucune, pas plus que de certitude sur demain. Eventuel, hypothétique, possible ou impossible demain.
Ainsi notre seul trésor est ce jour, ce moment de vie, là où nous sommes, maintenant où nous respirons, pas trop mal encore pour quelques uns, sans même savoir pour combien de temps ?
Que faire alors de ce maintenant, ici ? Vivre, puisque c'est la seule possibilité qui se présente à nous ? Refuse t-on un tel cadeau ? Vivre ce temps long, sans perspective, sans véritable possibilité de se projeter, ou de s'illusionner, en pensant à ce que nous ferons, nous vivrons après ? Mais après quoi ? Y aura t-il un après, un après demain ? Et encore une fois comment sera t-il ? Et serons-nous encore là pour le voir, le déguster, le regretter ?
Le propre de l'Homme est de ne pas savoir vivre l'instant, le moment présent, celui là même qui est devant lui puis s'envole, fugace et bref qui donne et qui reprend dans le même geste.
Nous voilà figés dans ce moment, cet instant de temps long, interminable, pour une perpétuité, sans issue, sans remise de peine, avec une possible liberté, celle de faire le tour une heure durant, une heure seulement autour de notre geôle
Et là encore les inégalités se montrent à voir, explosent implacables et monstrueuses, prisons dorées pour certains, cul de basses fosses pour les autres ? Ainsi est la société. Certains rêvent à la liberté, à la fin de cette peine, d'autres pensent que la seule issue sera la mort, leur mort, seuls peut-être chez eux, puisque personne ne peut venir ? Ah cette solitude, cet abandon ! L'Humanité avance à grand pas et se saisit du futur, et peut-être même de ce présent, qu'il nous faut vivre à grand renfort de regrets.
Il convient pour quelques uns  de remplir ce vide, de combler ce creux offert et imposé par des circonstances tragiques. Ce face à face terrible avec soi même, ce rendez-vous avec rien; cette abime qu'il faut absolument masquer, remplir et se mentir. Travestir la vérité, celle de sa solitude avec des activités, télé, internet, cuisine, lecture. Un mot d'ordre est lancé : ne pas s'ennuyer ! Car l'état surveille, il faut que ses prisonniers fassent du sport et s'activent, jusque dans nos cellules, ils violent notre intimité. Intrusion toujours, même, surtout dans le malheur. La proie blessée et à terre est toujours plus vulnérable, prête au coup de grâce. Car ces gens là ne font pas de quartiers.
 Alors ? Vivre maintenant un présent simple, ne pas se retourner sur hier, qui était un autre jour, qui appartient désormais à un passé révolu, que les survivants qualifieront peut-être d'Age d'Or, eux qui ont tant incriminé ce passé, qu'ils n'ont pas su apprécier au présent. Alors tâchons de faire un effort et aimons ce présent, car demain pourra être meilleur, mais pourra aussi être pire.

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
Crédit photo @brigittedusch

mercredi 25 mars 2020

Il y eut l'insouciance



Insouciance, liberté, deux mots qui en cette fin du mois de mars prennent une autre dimension, une autre mesure.
Des mots qui semblaient la plupart du temps, banal, sans grande originalité, faisant pour la plupart d'entre nous partie de notre quotidien, de notre réel.

Mais on ne prend conscience de la valeur de ce qu'on a lorsqu'on ne l'a plus.


Ainsi, insouciance et liberté semblent à présent appartenir à un lointain passé, pourtant pas si loin.
Cette légèreté n'est plus de mise, elle est remisée derrière dans un passé proche, dans un hier dont on se demande si un jour… Un jour, des semaines, des mois..

On se demande, on se questionne, ON. Se "on" c'est nous, nous tous, baignant dans un climat d'incertitude, une vague qui nous prend et nous jette chaque jour, chaque heure devant l'Horreur, la tragédie qui tant de fois a été mise en scène dans les fictions les plus imaginatives et terrifiantes. La fin du monde, le dernier jour, les survivants…

Tout à coup, brutalement ces scenarii deviennent une réalité, et nous explosent en pleine figure. C'est brutal, d'une violence inouïe, c'est un traumatisme terrible, et comment faire face ? Notre instinct de survie, est parfois surprenant mais nous pousse aussi au pire plutôt qu'au meilleur. L'Homme se révèle dans l'adversité, la guerre, et le chaos, nous sommes tous lâches, peureux et morts de trouilles, égoïstes, mais aussi capables de générosité et d'altruisme, si l'on arrive à dépasser sa peur !

La peur toujours elle, toujours présente, ancrée au plus profond de nous et qui ne demande qu'à surgir telle la lave du volcan jamais tout à fait éteint

Alors il va falloir trouver, bricoler, ajuster, pour vivre dans la peur, la peur terrible qui confronte chacun de nous à la pire des angoisses, l'Originelle, celle de la Mort, la nôtre et celle de l'autre. Il va falloir vivre dans la crainte, le déni parfois pour se protéger, faire des actes fous car finalement "à quoi ça sert de rester enfermer puisqu'on ne sait rien ?" Fous, folie...
Il va falloir et c'est le plus compliqué accepter, trouver la possibilité de vivre sans pouvoir donner du sens à ce qui nous arrive, car c'est impossible.
Il va falloir même si on le sait déjà vivre dans le mensonge, le mensonge d'état, pour le bien du Gueux que nous sommes, être spectateur passif devant les clivages et les passe-droit que ces élites s'octroient;

Mais peut-on demander à la populace que nous sommes, à a la piétaille d'être les nouvelles chairs à canon de ces nouveaux Nivelle ? Ont-ils ce droit ?

La rage et la colère ne sont pas bonnes, mais je vais cette fois encore penser à l'ami de mon grand père, à mon père, aux Miens, aux demoiselles H, qui ont bercé mon enfance, ces deux sœurs que Papy étaient allé rechercher il y a bien des années au Lutécia, après la Tragédie.

La rage et la colère sont des jumelles qui permettent de tenir parfois dans les situations extrêmes, car il nous faudra témoigner, car il faudra leur demander des comptes, car il devront rendre des comptes. Tenons bon aussi pour ça.

Prenez soin de vous, chers lecteurs de tous pays qui me lisez, écrivez, témoignez ! Les commentaires sont ouverts et vous pouvez rejoindre le groupe Facebook crée pour se retrouver et parler : https://www.facebook.com/groups/529390241290856/"restez chez vous et parlons ensemble"

Brigitte Dusch, historienne et psychanalyste
Crédit photo @brigittedusch

mercredi 4 mars 2020

Archéologie


Les souvenirs reviennent, sans vraiment savoir pourquoi. Des souvenirs lointains, ceux d'une vie cassée, ceux d'une vie volée, d'un futur confisqué, arraché.
Les souvenirs reviennent, sans trop savoir comment.
Black out. Total. Vide. Parenthèse. Gouffre vertigineux qui n'a laissé aucune trace. Rien. Tabula rasa.
Champ de ruines abandonné, une friche, un urbex. Il ne reste rien ou presque, quelques lambeaux qu'on ne peut assembler, il en manque trop ! on ne peut rien assembler, rien tisser, et ce qui reste est si fragile qu'il peut se casser à nouveau et détruire encore la mince trame qui nous relie à cet avant.
Que faire ?
Laisser tout en état, en état de guerre, une sorte de no man's land où personne n'ose s'aventurer, ni le sujet blessé ni l'autre qui voudrait le réparer.
Et pourtant, il y a eu un ciel, un ciel bleu de la lumière et un soleil, et puis brutalement : plus rien. Tout s'est arrêté, brisé net, cassé. Rupture.
Un trou noir, plus rien, absence. Vide, gouffre, ailleurs, plus rien. Zéro, néant !
Le temps passé ne se mesure pas, il n'existe pas, il n'y a plus le temps du temps ; hier ou tout à l'heure, ça n'a pas d'importance. La mémoire s'en est allée, partie, raptée, disparue.
Elle s'est peut-être enfuie, s'est enfouie au plus profond de cet océan qu'est notre inconscient. Toujours là ? Peut-être ? Il va falloir chercher : Peut-être ou à quoi bon ?
On se demande parfois s'il faut continuer de creuser, s'acharner à trouver, retrouver les brisures et les tessons d'une mémoire fichue, coincés au creux d'une faille ? Mais pourtant s'ils sont loin, plane toujours leur ombre funeste sur notre jour d'hui, notre vie de tous les jours, empêchée, vécue à demi. Nos pas maladroits s'aventurent sur un chemin semé d'embuches, de manques et de trous, qui nous font trébucher.
Marche droit ? Mais ce n'est pas possible, il nous faut alors emprunter des chemins de traverse non pour satisfaire notre curiosité, mais pour nous protéger, contourner le danger. Celui ci est partout, il est où je suis et où je ne suis pas !
Champ de ruines, laissé là, reconstruit un peu ailleurs avec quelques pierres d'avant, de l'histoire d'hier, pour tenter de rafistoler celle d'aujourd'hui, tout en sachant qu'elle s'écroulera demain.
Il y a l'origine, la nôtre que nous avons déplacée, car les ressources ne sont plus suffisantes pour nous y maintenir, ou elle est trop délabrée. Nous avons quand même pu emporter quelques bagages, témoin d'une âge d'or, bribes pas trop encombrantes pour tenter de rebâtir quelques mètres plus loin où l'herbe semble plus verte. Mais les ruines sont là, sont là bas, et ce là bas nous obsède. Il y reste un morceau de soi, abandonné. Mais quoi ?
Les souvenirs partis, ensevelis sous la lave du chagrin et de la souffrance, d'une douleur qui hurle tellement fort que rien n'y fait. Archéologie ? Pour quoi et pour qui ? Resterons-nous alors figés pour l'éternité dans un champ de douleur ?

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
Crédit photo @brigittedusch

jeudi 13 février 2020

Il y a... Le deuil des vivants



Et il y a le deuil des vivants……………………………………..

D'ordinaire on pleure les morts, les disparus, ceux qui ne sont plus. On dit pudiquement "ceux qui nous ont quittés" on ajoute parfois "trop tôt"

Il est toujours trop tôt pour la perte, le deuil, la mort

Car c'est de la mort dont on parle alors, celle d'un être cher, d'un proche, d'un parent, d'un aimé.
La mort. Mourir c'est partir à jamais, pour toujours, sans aucun espoir de revoir un jour celui qui n'est plus de ce monde. Le deuil c'est ça. Admettre ce "plus jamais". Ce définitif, ce pour toujours.

Mais le deuil des vivants ? Comment peut-on renoncer à celui, ceux qui sont encore de ce monde, parmi les vivants, mais plus pour nous. Renoncer définitivement à l'être cher, le parent, l'enfant qui nous a quitté, abandonné, qui ne veut plus nous voir, qui ne veut plus de nous, qui nous a rejeté ?
Comment vivre malgré tout, malgré ça, malgré le chagrin, malgré le vide ? Malgré
Mais vivre ? On ne sait jamais vraiment le mal subi, les dommages causés, les traumatismes ? On n'évalue jamais vraiment le chagrin, les insomnies, les larmes, la colère, la peine, la douleur, la souffrance. Aucune échelle de stress ne peut en donner une indication. C'est indécent !

Pourtant il faut vivre. Vivre ce deuil, celui du vivant.
Admettre qu'il a choisi d'être mort pour nous. Qu'il a choisi ça.
Admettre qu'il faut vivre sans lui, et surtout se protéger, s'éloigner. Accueillir cette douleur pour ne plus souffrir. Vivre sans, vivre avec l'absence. Ne pas se laisser envahir par ces pensées intrusives qui dévaste le corps, l'âme et le cœur. Laisser tomber, lâcher, laisser aller…. Se laisser aller à soi, et rien qu'à soi, car on peut être soi sans l'autre, sans cet autre qui a choisi le chemin sans nous.
Vivre c'est ça, car la vie n'est pas forcément avec cet autre, pas mort, vivant mais absent et qui fait le mort car la plupart du temps il n'ose affronter la vérité, sa vérité, ses mensonges et ses fantômes. Ces ombres qui le hantent, mais qu'il déleste avec aisance pour se sentir plus léger, ces spectres qu'il rencontre au hasard de ses insomnies quand sa conscience sonne à sa porte quelque fois… C'est peut-être ce qui nous rassure ? Mais ne nous guérit pas, c'est pourtant l'indicateur que nous sommes sur la bonne voie
Je ne crois pas à la vengeance, elle ne nous appartient pas, mais la vie se charge bien souvent de rappeler l'ingratitude.
Laisser, lâcher, n'est pas oublier. Et laisser aller le visage, la voix de celui qui a choisi d'être mort, de divorcer de notre vie. Laisser s'en aller la colère, et la peine, car ça n'en vaut pas la peine.
Vivre est un cadeau et il faut choisir la vie. Vivre dans l'espace des vivants, ceux qui le sont pour nous et ceux qui ont envie de l'être pour nous. L'espace des morts loin de la Cité, la nôtre, celle de notre espace intérieur.

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne
crédit photo @brigittedusch
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Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
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Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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