Psychanalyse Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Judit Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

samedi 21 juin 2008

Mal être

Il y a le paraitre, il y a le mal être..
Une indéfinissable manière d'être, ou de ne pas être, ou d'être un peu, pas assez, trop peut-être, mais pas comme il conviendrait d'être, comme s'il convenait d'être, de telle ou telle façon... Mais dans ce cas être sans être vraiment comme on voudrait être ou souhaiterait être.
Etre cependant et à voir mal d'être. Etre aussi en mal d'être...
Etre !
Mal être, mais malaitre, dans le sens de paraitre, malaitre est le mal être montré à voir, comme le par être !
Malaitre dans son corps, dans sa tête, dans son âme
Mal être en soi, pas tout à fait dans son corps, dans sa tête, dans son âme
A côté, comme il semble que ce ne soit pas tout à fait dedans, ni tout à fait dehors non plus.. Pas tout à fait. C'est tout à fait ça...
A côté, mais à côté de quoi ? On sait qu'il y a un corps, que nous avons un corps, une sorte d'enveloppe charnelle, un moi peau disait Anzieu, qui protége le dedans du dehors, un peu comme la membrane cellulaire, mais dans ce cas là, le dedans n'est pas vraiment dedans, il reste un peu au dehors, ou il en reste un peu au dehors, il y a quelque chose qui reste, dehors, pas dedans, qui ne peut, ou qui ne veut rentrer.
Ca coince, c'est trop grand, trop gros, mal ficelé, ça ne rentre pas, même avec des efforts, comme si l'enveloppe était trop petite, ou mal conçue, ou pas adaptée, ou mal adaptée.... Pas aux formes, pas en forme, mais en forme et à la forme de quoi ?
Est-ce formaté ? Pour que ça puisse rentrer ? Ou pas rentrer ?
Dans ce cas ne serions nous pas convenablement formaté..
Notre corps ne serait pas adapté, notre enveloppe ? A ce qu'il y a à mettre dedans ?

Mal être donc, malaitre car ça ne rentre pas, ou ça ne rentre pas tout à fait, malgré les efforts et on ne sait pas quoi faire de ce qui ne rentre pas, de ce bout là, qui ne se loge pas, qu'on ne loge pas, qui reste, qui pend, qui est en trop, mais dont on peut se défaire, car ce bout là, celui qui reste fait néanmoins partie de nous, ou pire est nous !
Inlogeable moi ! Pas la moindre faille, pas le moindre repli, recoin, trou pour le loger, le faire disparaitre...L'oublier, le zapper, l'ignorer, le noyer.... l'inonder au sein de la masse qui est montrée à voir, qui est vu et qui ne l'est plus, car elle fait partie du paysage traditionnel, où rien ne se démarque
Ce malaitre là, doit donc disparaitre, pour paraitre à nouveau et montrer à voir une sorte de bienaitre.
Mais bien naitre, n'est pas donné à tout le monde. Tout alors tournerait autour de ça 'naitre" ce n, lettre préfixe au puissant pouvoir, à la toute puissance, de changer la face du monde, la face de la vie ? La face du moi..
Tout dépendrait de ce n, minuscule consonne mais magistrale pièce de l'échiquier impitoyable de notre histoire !

N, le n de la haine, le n de n'être, de naitre, de naitre rien, de ne rien être, de n'être pas, de n'être rien..
Malaitre, contraction, condensation de mal naitre ?
De mal n'être .....

De mal d'être...
Encore faudrait-il savoir, puis s'accorder pour savoir ce que malaitre veut dire ? Signifie ?
Le sens, c'est ça, le sens à donner, à lui donner, le sens que le sujet lui donne ?
Si paraître est un verbe d'état, malaitre l'est aussi, l'état de...Mais il ne semble pas, ne donne pas l'impression, il est !

Par être, entend on le sujet ? Le sujet qui est, qui est un être. Un être humain. Le sujet qui se présente à la vue, à la vue de l'autre. Paraître à l'autre, il y a du lien dans le paraitre, l'être par, autour, au sein de....Il est visible, il est vu.
Le paraître est l'apparence. "A défaut de l'être, nous avons au moins le paraître" écrivait Gauthier, à propos des comédiens....
A défaut de l'être, du bien être, y aurait-il le malaitre... ?
la vie n'est-elle pas, pour reprendre Shakeaspeare un gigantesque théatre où chacun est un aceur et joue la comédie ?
Mais quelle comédie : That's the question ? Et pas de réponse.... Ou trop de réponses. Justement
Comédia dell'arte ? Comédia de l'être, de l'estre ? De l'être qui voudrait être, mais qui s'y prend si mal, qu'il ne peut être bien et ne peut qu'être dans le malaitre ?
Les arbres cachent la forêt, mais la forêt elle aussi, un jour ou l'autre peut se mettre en marche !

Brigitte Dusch, historienne, psychanalyste

Danse


mercredi 11 juin 2008

Chapelle

Tout au long de ma présence au sein des établissements hospitaliers, j'ai entretenu des relations particulières avec les représentants des cultes.
Leur présence en ces lieux, n'est pas à démontrer, n'est pas discutable, puisqu'elle est demandée, souhaitée par les patients, les familles.
Parfois, l'aumonier (ou l'aumonière) est la seule personne qui passe, qui rend visite au malade qui ne voit personne, qui n'a pas ou plus de famille, qui est abandonné.
Il est parfois le seul capable de recueillir des confidences, des paroles qui ne peuvent être déposées dans un autre lieu, un autre espace.
Paroles qui ne relèvent ni de la dimension psychique tout à fait, ni de la dimension physique complétement, mais paroles qui s'interrogent sur le devenir d'une âme en souffrance, en espèrance d'un avenir, d'un futur, ailleurs, dans un au delà, sur une Terre Promise qu'ils attendent et espèrent pour certains, croyants ou non....

Spirituel ? Esprit ? Ame ? Dieu ? Religion ? Foi ? Croyance ? Domaine divin, dieu, église etc... Domaine limite, frontière extrément mince entre le psychisme et l'esprit, si on considère que ce n'est pas tout à fait la même chose...
Autre territoire inconnu de l'âme, qu'on ne connait pas tout à fait, terre inconnue, presque effleurée, domaine lointain qu'on sait présent, mais qu'on ne peut palper vraiment..
Qu'on n'interroge pas souvent, ou dans des conditions très particulières.

Ame ?

Il n'est pas toujours question de religion, la plupart du temps..
Il est question de réconfort souvent
Un réconfort, une écoute, une oreille attentive, différente de celle du médecin, du psychanalyste, différente, mais aussi complémentaire. Parfois, si le patient le souhaite.

Il est souvent dans ce cas, ici et maintenant, question de questions.
Questions qu'on ne se posent pas forcément ailleurs, avant, quand tout va bien, ou à peu près bien, quand l'heure n'est pas à la question justement.
La maladie, l'approche de la mort questionnent justement, intensément, angoissément cette ou ces questions ?
Qui suis je ? Sujet malade ?
Mais que vais-je devenir sujet mourant ?

La religion n'a rien à faire, ni affaire dans un travail thérapeutique, elle n'est ni de mise, ni invitée, même si elle s'invite parfois.
Le thérapeute n'est ni un confesseur, ni un prétre chargé de donner l'absolution. Il ne pardonne rien au nom de personne.
Il peut tout au mieux, accompagner le sujet qui le souhaite dans sa démarche de pardon à lui même et autres qu'ils pourraient avoir offensés
Mais qu'est ce que l'offense dans le discours de l'analyste ? De l'analysant ?
Offenser quoi, et offenser qui ? Transgression ?
On n'est pas, dans cette affaire là, dans cette transaction là, dans cette démarche là, dans cette aventure là. Pas de Méa culpa.
C'est un autre quête, qui peut être menée en parrallèle, séparément, c'est un choix, et le choix du sujet.
Il arrive pourtant que cette rencontre se fasse, ait lieu, que ces deux là soient au rendez vous, même lieu, même heure....Comme ça ! Par hasard.
Mais le hasard n'existe pas : Alors ?
Il arrive pourtant que ces rendez vous, arrivent et aient lieu, et que psychanalyste et aumonier soient impliqués. Mouillés par le patient, analysant pénitant en demande d'espèrance et de devenir meilleur. invités !
Curieux hôtes que voilà !
Le psychanalyste s'il ne promet rien, permet en revanche...Si le sujet le veut !
L'aumonier peut-il promettre que son dieu sera miséricordieux, pardonnera les péchés, et aime tous ses enfants ?
Je n'en sais rien.
Pourtant il vient, écoute, accompagne et réconforte.
L'analyste, vient, écoute et accompagne.... Quel réconfort apporte t-il ?
Confronté à la maladie, le travail analytique se fait au bord du lit, hors cadre, hors du cadre traditionnel, pas de divan, pas d'espace temps délimité pour le sujet....
On improvise, on compose, on fait avec... Ce qu'on à, ce qui est !
On invente, on crée, parfois on bricole !
Hors cadre, mais en les murs, en les murs de l'institution et de la chambre, de la chambre du dedans, d'un dedans carcan qui parfois est le dernier dedans, la dernière demeure...
Comment faire ailleurs. Il faut bien évidemment repenser, voire repanser sa clinique, sa pratique.
Si chaque rencontre est nouvelle, cette chambre est un espace pas toujours clos, où il faut pourtant lors du travail analytique préserver l'intime, et donc offrir un espace d'intimité, afin que cet intime puisse se mettre en mots.
Aider le patient à historiser cette souffrance et cette demande, sans pouvoir répondre à ses questions, ni le rassurer sur la possibilité peut-être éventuellement hypothètique d'un avenir, d'un futur, d'un devenir meilleur, ou autre, ou d'un autre monde tout court ?

Ce qu'il en est, nul ne sait... Mais ceux qui ont la foi en sont persuadés peut-être ?

Alors peut-être aussi, est-ce bon, qu'un des leurs le leur rappelle ?

L'analyste ne peut promettre le paradis, quel paradis ?
Il peut permettre la mise en mot du présent, pour penser l'avenir, mais qu'est l'avenir, quand on compte en jours et parfois en heure
Avenir quand même ! Ca j'en suis sûre....


Et puis il y a le lieu, consacré à la prière....Celle des croyants ou des incroyants, peu importe, nul besoin d'appartenir à une église pour en pousser la porte
Lieu de paix, de silence et de recueillement, cet espace est essentiel dans ce lieux de violences, de morts, de sangs, de douleurs, de souffrances...

Combien de fois, ais je poussé, moi, qui ne crois en rien, ou en si peu, combien de fois ais je poussé cette petite porte ? Combien de fois, suis je entrée, moi, qui n'ait pas la foi, du moins cette foi là ?
Combien de fois suis je venue, non à la rencontre d'un dieu, bienveillant, malveillant, miséricordieux, vengeur, bon... car je ne sais si dieu il y a ?
Pourtant, je suis venue...
Souvent, très souvent, souvent, dans cet espace clos, je me suis retirée et reposée. Oh pas longtemps ! Le temps dans cet endroit est suspendu, n'existe pas, n'existe plus !
Toujours j'y ai trouvé la paix, le calme, le silence, ce silence que je laisse m'envelopper, m'envahir, prendre mon âme et mon esprit ! Ce silence que je gôute avec délice, une sorte de jouissance indéfinissable !
Se retrouver pour quelques minutes, quelques secondes face à soi même, face à cette solitude qui peut se révéler terrible, mais aussi terriblement rassurante.
Face à sa solitude ! J'ai écouté le silence, me suis nourri de solitude....Je ne suis pas certaine qu'un autre endroit ai pu m'offrir tout ça, d'un seul coup, en même temps..
Certains disent que c'est la maison de Dieu ou dieu, qu'il y règne cette atmosphère grâce aux prières ? Je n'en sais rien, mais ce dont je suis sûre c'est que cet endroit là, précisèment est tellement précieux ici.
Une sorte de no man's land.
Une Terre d'asile !

vendredi 6 juin 2008

Vieux

Avant, enfin, il n'y a pas encore si longtemps, on mourait chez soi, auprès des siens, dans sa maison, dans son lit, au milieu de ce qui a fait sa vie..... On naissait, on vivait et on mourait parfois dans la même maison, dans le même lit.
Avant de mourir on vieillissait, plus ou moins tranquillement, mais chez soi, auprès des siens, dans sa maison, dans son lit, au milieu de ce qui a fait sa vie.. On naissait, on vivait, et on vieillissait parfois dans la même maison, dans le même lit.

Avant, être vieux signifiait savoir, avoir une expérience, une compétence, avoir vécu...
Avoir et Etre, Etre vieux et avoir un savoir !
Etre et avoir à transmettre, à donner, à léguer, pas seulement ses terres, sa maison, son lit....
Transmettre l'histoire d'une vie, de sa vie, de sa longue vie.
Témoigner de son passage, ici, sur cette terre, dans cette maison... Auprès des siens
On était le Père, la Mère, ou le Vieux, ou la Vieille... Sans qu'il n'y ait rien de péjoratif dans ses appellations
Parfois on disait "les Anciens" . On le dit encore, dans certaines régions.
Ils étaient respectés, reconnus, interrogés...
Ils étaient l'âme et la mémoire de la Terre, du Village, de la Maison
Il savait, ce qui s'était passé avant, avant lui, et avant son père, qui le lui avait dit. Et il disait, racontait.... le soir, à la maison..
Il transmettait ce savoir là, ces histoires là qui faisaient notre savoir, notre histoire, celle que nous transmettrions nous aussi, enrichie de notre savoir, de notre histoire à nos enfants...
Avant c'était comme ça...Il y avait une mémoire, une histoire et des vieux
Les vieux cotoyaient les jeunes, les plus jeunes, les moins jeunes, les moins vieux, et les plus vieux...
Avant il y avait des vieux dans les maisons, et les plus jeunes ou les moins vieux s'occupaient d'eux. C'était comme ça !
Le vieux n'était pas si encombrants que ça, on finissait bien par lui trouver une place, des petites choses à faire, pour être utiles encore un peu..

Une place !

Je crois que c'est autour de ce simple petit mot, que tout s'articule, une place !
Il avait en effet une place, du moins il gardait une place, celle qui était la sienne, dans sa terre, dans sa maison, dans son lit

Bien sûr tout n'était pas idyllique, l'homme est un homme pour l'homme ne l'oublions pas... Il suffit de lire ou de relire Balzac, Maupassant pour s'en convaincre si on ne l'est pas encore... Mais enfin le vieux vieillissait et mourait chez lui, même si on l'aidait un peu..

Aujourd'hui : Quelle place pour le vieux ? les vieux ?

Une place ? Mais où ?

Bien évidemment on rétorque, analyses et statistiques à l'appui, que la société à changé.. C'est sûr, elle n'est plus ce qu'elle était. Tout a changé, tout s'est modifié, la société mais aussi les notions qu'elle recouvre... les notions les plus fondamentales et élèmentaires, telles que l'éducation, la famille, le couple, le travail....

La famille n'est plus la même, son concept a tellement été malmené qu'on ne sait plus très bien ce qu'il recouvre et recoupe aujourd'hui...De famille élargie à famille monoparentale, le fossé est grand, faille énorme.. Mais en tout état de cause, le vieux ne peut pas s'y engouffrer
Pas de place pour lui dans cette faille là..
Cette faille, ce trou ce vide n'en veut pas.
Il le jette, le rejette, le vomit.

Ainsi, ce nouveau visage d'une société qui ne cesse d'être en mutation serait une explication à la notion même de vieux
Mais vieux n'est pas correct, c'est indécent parfois d'être vieux, c'est faillir. Vieux c'est la faille, où nous nous engouffrerons tous un jour, même au bout de multiples liftings et d'injections de botox... On n'injecte pas les neurones... On ne diminue pas le poids des ans. La sorcellerie n'a qu'un temps et la fontaine de jouvence n'est qu'un mirage ! Dénis terribles que tout ça !

Le vieux, en tous cas n'a plus sa place, n'a plus de place dans sa maison, dans une maison... Une maison, un village où il n'y a plus personne, ou alors plus que des vieux, donc personne !

Pourtant, on se préoccupe des vieux, on s'en inquiété car c'est inquiétant. Voilà qu'ils meurent s'il fait trop chaud ! et nous n'avons rien vu... Inconséquents que nous sommes ! Inconscients et irresponsables... Ils sont morts de soif, de chaud, de froid. Bref, ils sont morts tout seuls, pas si loin de nous.. Car ils meurent près de nous, ils s'éteignent sans bruit, doucement, silencieusement, de peur de déranger, encore, on dérange quand on est vieux !

S'ils ne sont plus dans nos maisons, ils sont pourtant près de nous. un prés qui se veut loin pourtant.. Loin, étrangement loin.
A une place ! Une place spécifique, spécifiquement pour eux. Une place pour les vieux, à l'abri du regard des moins vieux, car on vit de plus en plus vieux, et il faut bien faire quelque chose, il faut bien en faire quelque chose, les mettre quelque part... à l'abri des regards et des consciences. Pour avoir sa propre conscience au repos, tranquille ou presque. Car vieux, on le deviendra, un jour ! Un jour qu'on perçoit plus ou moins loin, loin sûrement, le plus loin possible, on recule, on retarde cette pensée qui intruse notre présent, on la chasse, mais elle revient parfois au galop, quand il s'agit d'un de nos proches qui devient vieux et que finalement on n'avait jamais vu vraiment vieux, et qu'on pensait qu'il ne deviendrait pas aussi vieux, ou aussi vieux comme ça.
Ca n'arrive qu'aux autres : mais parfois les autres c'est nous, nous aussi et il faut bien faire quelque chose
"Pourvu que je ne devienne jamais comme ca ! " litanie que j'entends tant de la part des soignants que des enfants ! Que je partage parfois quand je suis face à cette violence, cette violence faite aux vieux !


"On ne peut pas le prendre à la maison, pas de place ! "
Tiens encore la place... Et cette fois, il n'y en a pas. Mais y en a t-il eu une un jour ?
Qui va s'en occuper ? on travaile
Subtile question qui est en fait une réponse...
No place !
Alors on parle de "placement" en maison, de retraite, de vieux quoi ! Avant on parlait d'hospice, d'asiles de vieillards, pour les indigents des villes, ceux qui n'avaient personnes, à la campagne il semblait plus aisé de vieillir, car on avait soit disant la place pour le garder.
Placement ! Mot terrible, qui signifiait dans leurs jeunes années, pour les plus vieux de ces vieux, le placement dans une maison, comme "bonne à tout faire" me dit une patiente agée de 95ans !

Placement ! Mot terrible qui raisonne et résonne comme une sentence ! Maison de correction, placement en maison, mais pas sa propre maison, qu'on abandonne car trop vieux pour s'en occuper, trop vieux pour s'occuper de soi, pour prendre soin de sa maison, de son chat, de soi !
Terrible aveu ! Impuissance devant une finitude certaine, mais qu'il reste à atteindre, lentement inéxorablement.
Un billet simple pour l'enfer ! Il est pavé de bonnes intentions, comme les plus luxueuses de ces maisons de retraites, asiles pour séniors friqués, car les pauvres, restent pauvres, même vieux, encore plus pauvres, surtout vieux !
L'issue de cet enfer ne peut être que le paradis ! Pas celui promis mais celui ici tant espèré, tant attendu, paradis de la délivrance, délivrance de ce purgatoire, derniere ligne droite. Le paradis est au bout du tunnel !

A tous les vieux, que je rencontre, qui se racontent, qui m'offrent une part de leur vie, de leur souffrance, de leur histoires d'amour souvent, de leur bonheur, et qui partent doucement, que je ne revois plus le lundi suivant, parce qu'ils ont "glissés" lentement vers un monde qu'ils pensent sûrement meilleur, mais surtout parce qu'ils savent qu'ici "ils ne servent plus à rien"

samedi 31 mai 2008

Enfant

Un pervers polymorphe en disait Freud... Cette toute petite phrase a fait et fait encore couler beaucoup d'encre chez qui ne sait ce que le Père pensait vraiment, ou voulait dire vraiment...
Mais qui le sait vraiment ?
Chez qui ne sait ce que le mot pervers signifie, en psychanalyse..
Pervers polymorphe, par opposition à l'adulte, pervers tout court, car l'enfant est un être en devenir !
Pourtant....

Je n'ai affaire et à faire que très peu et très rarement aux enfants
Il y a fort longtemps, au début de ma carrière, à l'hopital psychiatrique (on disait centre hospitalier spécialisé, euphémisme déjà !)j'ai travaillé dans un service de pédo psychiatrie, et je n'aimais pas vraiment ça.
Lourd très lourd, trop lourd, des cris, des hurlements, une odeur et une saleté parfois insoutenable... Je me demandais ce que je pouvais faire, pour ces enfants....
Ce que je pouvais leur apporter : Du réconfort ? De la bienveillance ? Une écoute ?
Pas de langage pour communiquer. Ils ne parlaient pas, moi si, alors je leur parlais, j'étais (et je le suis toujours) persuadée qu'ils comprenaient.
Peu à peu, j'ai appris à les apprivoiser, et à apprivoiser ma peur. Car c'était bien de peur qu'il s'agissait, j'ai appris simplement à les regarder.... Nous parlions ainsi à travers le regard.. J'ai encore en mémoire les grands yeux pleins de souffrance de certains d'entre eux.
Un regard insoutenable aussi, douloureux, suppliant mais de quoi ?
Un regard terrible !
Un regard qui disait...Mais qui disait quoi ? Un regard qui en disait long ? Peut-être ?
Qu'il nous fallait interpréter ? Décoder ? Traduire ?
Intuition....Ecoute : Oui, écouter ce regard et le laisser parler, le laisser associer, librement, associer les mots, dire les mots avec les yeux.

Un autre langage, mais un langage...

Si en arrivant là, je me suis demandée ce que je pouvais vraiment faire ?

J'ai appris peu à peu que je pouvais faire, un peu, tellement peu ! Aussi pour leur famille !

Puis j'ai rencontré d'autres enfants, physiquement moins atteints, mais psychologiquement tellement mal !
Rapidement j'ai su que je n'avais pas vraiment ma place auprès de ces enfants....
Que quelque chose "coincait" dans mon approche de cette enfance là, de ces êtres en devenir, mais pour lesquels ce devenir était déjà si sombre, où les promesses d'un avenir n'étaient pas vraiment au rendez vous...
C'était ça peut-être qui me faisait mal alors...
Cette abime là, ces êtres jeunes en souffrances, déjà si abimés par une vie à peine commencée.
Un sentiment d'injustice ? Mais de justice par rapport à quoi ?
La justice n'est qu'une invention et une création de l'homme pour sortir la tête à peu près haute, de la horde, pour ne pas sombrer dans le chaos !
Alors de quelle justice on parle ?
Justice ne va pas ! Quelle explication alors ? Si tant soit peu qu'il en faut une ? Mais peut-on tout expliquer ? Ne sommes nous pas ici confrontés au roc infranchissable de la compréhension.
Bien sûr les dossiers médicaux regorgeaient d'informations, d'explications... Mais ce n'est pas ça qui peut expliquer tout ça.
Ce n'est pas ça qui peut justifier.... Car rien ne justifie !
Sans cesse je me demandais : Que faire ? Comment faire ? Et pourquoi cette sorte de mal aise, de géne ?

Des années de pychanalyse plus tard j'ai compris pourquoi..

Ainsi l'essentiel de ma pratique, de ma clinique, la plupart de mes rencontres s'est organisée auprès des adultes, des adolescents, des couples, des familles...
En thérapie systèmique ou familiale... l'enfant, mais plus souvent l'adolescent est là
Le jeune adulte peut-être, comme ces lycéens plus tout à fait enfants, ados, et pas encore vraiment adultes... en mal d'être, en mal de devenir, qui passent à l'acte, alcool, drogue, médicaments, tentatives de suicides pour hurler leur désespoir !
Qui n'ont plus de désir, ou tellement de désir que leur seul moyen de le dire, de le crier, de le hurler est de mettre en acte cette souffrance....
Acter, pour que l'autre s'y arrête, y prenne garde.
S'interresse, s'y interresse...
Mise en acte et passage à l'acte, pour qu'on puisse acter nous aussi et mettre en acte quelque chose, mettre en acte cette adresse de la souffrance dont il ne sait quoi faire, dont il ne peut faire, qui est trop, qui est en trop, qui est de trop
Une sorte de saignée psychique, pour laisser couler, laisser aller....
SOS, bouteilles à la mer, bouteille à la mère !
Désir de mort pour dire à quel point on voudrait vivre, mais qu'on ne sait pas, qu'on ne sait plus, et que finalement on voudrait qu'on nous y aide, ou qu'on nous apprennent !

Ces rencontres là, dans un service d'urgence souvent, suite à l'appel tout aussi desespérée d'une équipe épuisée déjà, s'efforçant de ramener à la vie celui qui n'en voulait plus, qui voulait en finir, ou qui s'abimait tant et tant qu'il n'y avait plus d'autre solution que d'être amené là.

Ces rencontres là derrière le rideau d'un box, puis dans la chambre, parfois dans le jardin, sur la pelouse de l'hôpital, car les murs enferment, car les murs sont de trop, étouffent, insupportent, empêchent de vivre, empêchent de dire, ces rencontres là ne s'oublient pas...

L'enfant je l'ai rencontré aussi après l'école, plus particulièrement aux prises avec l'école, quand il lachait prises, ou qu'il l'avait lachée depuis longtemps
Cassés, dénigrés, méprisés souvent, par un corps enseignant démissionnaire, malade de lui même, par un entourage qui ne se reconnait pas dans ce vilain petit canard en qui il plaçait tant d'espoir. Qui devait réussir là où lui avait échoué..
Cet enfant là, paumé, perdu, largué à des millions de km, sur une autre planète, arrivait là avec un sacré bagage, un lourd fardeau qu'il lui faut trainer parfois depuis et pour encore bien des années : "difficultés scolaires, ne comprend rien, ,ne fait aucun effort, débile, limité...." A la ramasse, à la godille !
Cet enfant là, doué, plus que doué parfois, mais pas doué comme il faut pour subir le lavage de cerveau énesquement correct ! Pa structuré cognitivement pour comprendre, assimiler la bouillie infâme des programmes scolaires
Cet enfant là qui ne voyait plus qu'en l'école qu'un gigantesque bourreau, infatigable tortionnaire qui lui imposait d'avaler et de digérer des matières, qu'il jugeait lui même fécales !

Rencontres ordinaires mais si extraordinaires, d'une richesse et d'une émotion singulière. Longs cheminements aussi, création et imagination, pour pouvoir sortir de cette ornière, retrouver dignité et estime de soi, retrouver le désir !
Rendre un sens au mot aimer, s'aimer.
Mettre du sens et historiser...Mettre en mots, faire des liens, restaurer les liens, retricoter, ramailler.
Et pour ça trouver le point d'ancrage, la maille pas trop lache, pas trop déchirée, sur laquelle s'appuyer, pour pouvoir crocheter ou tricoter les fils de la résilience.
Puis après, seulement après, enfin après parler école, matière scolaire, programme et examen...
Broder sur le tricotage, mais broder autrement aussi, avec d'autres aiguilles, avec d'autres navettes, qui vont qui viennent !
Dire que c'est possible, montrer que c'est possible, prouver que c'est possible ! Rendre possible
Permettre le possible !
Permettre, sans promettre !

Ce n'est que dans ces contextes, particuliers et singuliers que j'ai affaire à l'enfant...

Alors pourquoi en parler ? Qu'en dire ?
Que dire de l'enfant, de l'adolescent, en génèral, dans la vie de tous les jours, pas seulement au décours des consultations, ou des scéances de thérapie ?
Si j'entends régulièrement la plainte des parents, ne sachant plus comment faire, ou ne sachant pas faire du tout. Je suis également interpellée par les articles qui envahissent les magazines, et les quotidiens..
L'enfant objet de toutes les attentions, objet d'amour...Enfant roi est à présent l'enfant tyran..
Objet. Pas sujet...
C'est là que tout ce tient, ou ne se tient pas justement !
La fin du siècle précédent et le début de celui ci, a vu naître l'époque de l'enfant ! l'ére de l'enfant
L'enfant tout...
L'enfant à qui on doit tout !
Tout est du ! Tout lui est du ! L'injonction vient de où ? De qui ? Pour déculpabiliser qui ? Et quoi ? Pour déculpabiliser de quoi ?
De quoi faut-il, est-il nécessaire de s'acquitter pour en arriver là ?
Quelle culpabilité ? Quelle manque ? Quelle absence ? Quel ratage ? veut on se faire pardonner..
Tout donner, tout permettre, no limit n'est pas aimer, élever, éduquer....
Peur de mal faire, ne plus savoir quoi faire, que faire et à qui s'adresser. A qui demander ?
Il y a encore quelques années, ce savoir là, ce savoir faire là, se transmettait de mère en fille, de grand'mère en petite fille. Il y avait toujours une ainée, une qui savait, ou était sensée savoir...Un peu plus, si ce n'était pas tout..
Puis ce savoir là, a été décrété mauvais, pas bon, emprunt de morale ou de valeur "réactionnaire"
Le fils s'était rébellé contre le père, la fille renie la mère ! Il faut tuer le père, pourquoi ne pas tuer la mère. Valeur refuge, les parents, la famille devient une valeur ringarde, une valeur pour les nuls, dont ils faut au plus vite s'affranchir
Et faire confiance à d'autres supposés savoir.. D'autres supposés savoir ce qu'éduquer veut dire, ce qu'élèver veut dire. Cette notion, ce concept, s'apprend maintenant à l'université, et est couronné par des diplômes.
Et voici donc, que certains jeunes gens sans rien avoir fait, sans rien avoir rien connu, sans même avoir vécu quelques expériences que la vie ne manque pas de réserver, promus au rang d'éducateurs !
Conseiller en éducation, psychologue, pycho machin chose.... spécialistes de l'enfance, des" qui savent" ! des qui saventcommentonéduquelesenfantsdesautresmaisquinesontsurtoutpaslessiens !
Parce que :
Pour les siens il préfèrent s'adresser ailleurs. Ce qui finalement semble sage !
Alors on voit fleurir, tas de magazine, livres, émissions télé, qui mettent en garde ! qui disent aux parents ou futurs parents ce qu'il ne faut pas faire, comment coucher son bébé, comment le laisser pleurer ou non, ce qu'il faut faire, le laisser s'exprimer, tout lui dire, ne rien lui cacher..
Utiliser un langage vrai, de vérité.
Rien ne doit avoir de secret, la vie, la mort, le sexe, la bouffe, l'alcool
Il faut expérimenter, la vie est un gigantesque laboratoire, tout voir, tout lire, tout entendre, de manière à se faire une idée. Mais une idée de quoi ?
Si je ne suis pas franchement opposée à cette manière d'appréhender l'éducation, à utiliser le parler vrai, à expérimenter, à être confronté aux situations aussi pénibles soient-elles. Encore faut-il que ces expériences là, ces événements là soient parlées, expliquées, dites, que l'éducateur, parent mettent des mots, mettent en mot.
Et pour ce faire, qu'il soit là, présent. Présentement présent, en chair et en os....
Eduquer n'est pas seulement nourrir, mais c'est donner une éducation, transmettre des valeurs, des compétences, des expériences, parler, jouer, échanger. Transmettre, apprendre... Que chacun puisse apprendre de l'autre.

Pourquoi donc parlons nous après avoir tant encensé l'enfant roi d'enfant tyran ?
Il semble que le langage ordinairement parlé ne soit plus pertinent....
Quel sorte de langage faut-il alors inventer ?

mercredi 28 mai 2008

Non espoir

J'ai mis beaucoup de temps, des années, beaucoup d'années avant de comprendre que le contraire d'espoir n'était pas nécessairement le désespoir.

Pas forcément.
Que ce préfixe privatif, n'enlevait rien, mais changeait le sens de ce mot, lui donnait une signification différente
Etre désespéré ne signifie pas ne pas avoir d'espoir. On peut être désespéré et avoir de l'espoir, perdre espoir, sans être désespéré...

Ce n'est pas facile à comprendre, à admettre, à mettre en sens.
Ce n'est pas si simple, pas aussi simple, d'en comprendre, d'en saisir les subtiles nuances... Subtilités infinies et infimes du langage qui font du signifiant nul signifié ou qui affuble le contenant de nul contenu !

Le non espoir, c'est une sorte de no man's land, une sorte de terra incognita, un territoire désert, inculte peut-être, où on ne se risque pas, ou pas trop, où l'on se retrouve parfois plongé sans trop savoir pourquoi. Ni comment
No comment !
Le non espoir est une vue de l'esprit, une représentation temporo spatiale virtuelle, profonde et intime dans laquelle notre moi, peut se perdre. Se perdre sans s'y retrouver, sans se retrouver, s'il a perdu le lien. Cette sorte de fil d'Ariane, qui lui indique l'issue du labyrinte. L'issue, une des issues, un des possibles, mais sûrement pas le seul !
Peut-on se perdre dans le labyrinte ? Peut-on s'y retrouver ? Et trouver l'issue est-il l'unique solution ?
Qui sait ? Et qui peut savoir ? Et qui veut savoir ?

Le non espoir ? Comment pourrait-on tenter un essai de définition, un essai de savoir, un essai de représentation ?
Comment mettre du sens ? Comment mettre en sens, ce concept sans dessus dessous, sans aucun sens peut-être, mais pas à sens unique...

Le non espoir... Ma première rencontre, du moins celle qui m'a interpellée, car des rencontres il y en a à chaque instant, seulement on ne les vit pas, on ne les voit pas comme telles, on n'en tire pas toujours la substantifique moëlle... ma première rencontre avec lui le fut lors d'un entretien avec un patient ! Encore et encore ! Oui, mais ils m'ont tant enseigné, ils m'ont tant apporté, ils m'ont tant donné !

Rencontre triangulaire ! Le tiers n'est pas toujours celui que l'on croit, et dans cette histoire, nous le fîmes et le firent chacun notre tour, à des moments différents, parfois en même temps. Mais ce tiers était là, toujours au milieu d'une relation qui se veut duelle, d'une thérapie qui ne met en scène que deux sujets..
En plus du transfert, il était là, comme une ombre, pas un fantôme, ni bienveillant, ni malveillant.. Mais là, présent, collant...Ce genre de présence qu'on sent, qu'on ressent... Le non espoir !

Ce patient malade attendait la mort, comme si on peut attendre la mort ?
Il me plait de croire que c'est elle qui nous attend, que nous la faisons attendre... Parfois..

Nous l'attendons tous, sans trop savoir quand elle viendra nous surprendre. Drôle de rendez vous que celui là, où l'autre n'est jamais à l'heure, du moins à l'heure qu'on voudrait.. Souvent trop tôt, des fois trop tard !

Mourant, il n'était pas, mais mortellement atteint. S'il le savait ? Ce jour là, je n'en sais rien, moi je ne le savais pas. Je le vis donc ainsi, sans savoir, sauf qu'il n 'allait pas ! qu'il n'allait pas bien dans son corps, mais dans sa tête aussi, c'est pour cela qu'on me demandait de le voir
Et je le vis donc ! Et nous fimes plus que de nous voir !
Il me demanda immédiatement "si j'avais du temps" comme si lui n'en n'avait pas, ou que le sien était compté. Le nôtre, nous ne le savons pas, est aussi compté...
Il me parla de lui, de sa vie, puis de sa maladie. Me questionna... Voulais savoir, ou ne voulait pas. Faisait les demandes et les réponses, s'inquiétait et se rassurait.. Pour finalement conclure. "Je ne peux pas mourir je n'ai pas fini, j'ai plein de choses encore à faire... Vous comprenez "
Si je comprenais ? Bien sûr que je comprenais, nous avons tous plein de choses à faire, et pas forcément envie de mourir, du moins en ce moment M, peut être avions nous envie hier, tout à l'heure, ou demain, mais pas forcément à l'instant.

Ce n'est qu'après, après être sortie de sa chambre, où je venais de passer presque une heure et demi, où j'avais entendu cet homme se raconter, se livrer, se dire ses espoirs, son espoir, son espoir de vie, de vivre, de continuer... Que je reçus le diagnostic et le pronostic en pleine figure.

"Trois mois"...

Je ne sais ce qui se brisa chez moi, à ce moment là ? L'espoir ?

Je ne sais ce que je ressentis au plus profond de moi ? Le désespoir ?

J'avais envie de pleurer, les larmes montaient et je les sentais au bord de mes yeux.... Même si depuis des années, je voyais, j'accompagnais les gens vers leur ultime destination.
J'étais bouleversée, je le suis à chaque fois, le serai toujours depuis toutes ces années, nous le sommes tous, intérieurement, intimement, même si le soignant, le médecin ne le montre pas, le cache au plus profond de lui, il l'est. Et c'est humain de l'être ! Et c'est bon de l'être !

Cet homme venait de me dire son espoir, son espérance, mais son espoir de vivre, de vie. Son espoir de guérir...De continuer, de faire, de vivre encore des choses, d'aimer, de travailler...
Et deux mots, deux simples mots, annulaient, brisaient, an-hilaient ce désir, cette pulsion de vie.. Cet espoir ...

Non espoir. . Il n'y a rien à attendre..
Pas de happy end, de fin hollywoodienne, de guimauve sucrée, où le miracle se produit. Pas de docteur House pour démontrer à ses assistants qu'ils se sont lamentablement plantés dans le diagnostic..Et que forcément il y a autre chose et que ça va aller mieux..

Nous sommes dans un des meilleurs services du meilleur hopital européen, voir mondial, pas dans une série télé, à l'eau de rose ! Pas de beau gosse en blouse blanche et l'air ténébreux pour trouver une solution, un remède ou une intervention miracle.

What else ?

Pas de deus ex machina !

Nothing at all...
Alles ist nicht geht !

Mon patient allait mourir.... il faudrait le lui dire.
Mais avant de mourir, il devra souffrir, de sa maladie, des traitements de cette maladie, qui ne le guériront pas, ne le prolongeront pas..
Il se verra mourir, lentement, pire verra la vie quitter son corps, sentira la mort s'en saisir, verra son corps mourir
Alors espèrer quoi ?
L'espoir ici ne serait pas décent... Indécent peut-être pas ? Mais pas décent.

Espoir ? Mais en quoi ? En quoi et en qui faudrait-il espérer
L'espoir alors c'est pour qui ?
On se trompe à ce point quand on dit qu'il faut espèrer, que c'est le moteur de la vie, de la pensée, que l'espoir est essentiel, fondamental...
Là il est en effet essentiel... Le non espoir !

Alors l'espoir c'est pour les riches, les riches de la santé, quelle richesse que celle ci, elle vaut des millions de dollars ! Plus même ! Elle n'a pas de prix !
Ou bien faut-il interpréter autrement, postuler qu'espèrer serait la richesse du pauvre, la richesse du nul ? Du simple d'esprit... De celui qui n'a pas, qui n'a jamais vraiment eu...mais qui espère avoir, un jour peut-être ?
Qui gratte une grille de bingo, et joue au loto.... pas au tiercé, trop rationnel. Pas au poker non plus, il faut de l'art et de la chance..

Mais le loto, le jeux de hasard rendrait alors justice, celle d'une autre répartition, d'une autre solidarité, celle du hasard ? Bien heureux hasard qui reconnait ses enfants ?
Espoir à l'eau de rose, ou à l'eau de Selz ?
Gout sucré ou salé... Boire la coupe jusqu'à la lie, la lie de l'espoir, au gout amer, au gout sucré et mensonger de ceux qui croient encore qu'en l'homme il y a du bon, qu'en chaque chose il y a du positif, de l'espoir, et qui s'accrochent, qui tiennent bon pour ne pas renoncer..
Qui se retrouvent suspendus.. à l'espoir ? Au bon vouloir de l'espoir ?

Sinon à quoi bon vivre ? Mais est-il bon de vivre ? Fait-il bon de vivre ? Fait-il bon vivre ?
Une vie sans espoir peut-elle être vécue ?
On ne peut pas espèrer ne pas mourir. L'idée de la mort si elle est toxique est néanmoins la seule vérité, le seul espoir de l'homme, le seul qui se réalisera. Le non espoir est de ne pas savoir quand. Et encore ?
La mort empoisonne notre quotidien, il faut vivre avec ça, pas d'autre posologie, la vie n'est qu'un soin palliatif. Soyons sérieux une fois, vivre ne guérit pas de mourir, au contraire vivre nous rapproche chaque jour un peu plus de l'issue fatale !
Nous y allons allègrement chaque jour, sans y penser vraiment. Inconscients que nous sommes !

Non espèrer n'est pas non plus renoncer. C'est peut être admettre qu'il n'y a pas de lendemain qui chantent mieux qu'hier ou aujourd'hui.
Non espèrer c'est peut-être tout simplement vivre. Vivre ici et maintenant, l'heure et le moment présenst. Comme a fait ce patient, comme nous avons fait ensemble. Comme nous avons pu faire de ces moments, des moments uniques conjugués seulement au présent, même s'ils parlaient du passé et de l'avenir.
Ce présent constitué par le non espoir a permis d'envisager le passé sans le réécrire forcément, et d'envisager l'avenir comme une possibilité d'après. Mais d'après quoi ?

D'envisager sereinement autant que ce fut possible ce présent là pour penser un avenir improbable, mais du moins d'y mettre de l'ordre. Mettre en ordre, ranger ses affaires, ses papiers, sa vie avant de partir. Pour où, on n'en sait rien. Et sans espoir de retour, du moins dans cet ici et maintenant là.
Apprendre à vivre au jour le jour, en préparant son départ, en mettant en scéne sa sortie et ses adieux. Chaque jour étant comme un rappel du public, un de ces bravos, où on vous demande de chanter encore une chanson, de danser une dernière danse, sans vraiment savoir, si elle sera la dernière...
Mais les fausses sorties finissent par lasser, le meilleur acteur, et le meilleur public.
Parfois on se dit qu'il faut enfin une fois pour toute en finir, et en finir pour de bon !
Pas de réssucitation... On ne succite pas ça ! On n'y croit d'ailleurs pas, même dans les contes de fées ça n'existe pas...
Dans de mauvaises séries, peut-être qui continuent à alimenter certaines croyances ?

Partir pour toujours, doucement, sur la pointe des pieds, dans la souffrance de tout laisser, mais surtout dans la douleur, et dans le non espoir de rencontrer ou de trouver quelque chose derrière, de l'autre côté de la vie, de l'autre côté du mur.
Espèrer qu'il y aurait autre chose ?
Quel fou peut espèrer cela ?

Partir et réaliser qu'on aurait pu mieux faire peut-être, avec les autres, avec soi même. Mais que nul espoir de mettre à jour, de mettre au propre ce qu'on considére comme un brouillon
C'était pour de vrai !
Je n'en n'espèrais pas tant... A vrai dire je n'espèrais rien....

Mais cette rencontre, du non espoir a été pour moi, une de mes plus belles rencontres..
Ne plus rien espèrer, ne rien espèrer est peut-être la seule véritable liberté. Celle qui fait que nous ne sommes plus attachés pieds et poings liés à une réalité....

Le non espoir, comme une sorte de lacher prise, de prise de conscience, sur la non prise, la non violence qu'on se fait à soi même. L'abandon de soi. La seule confiance qu'on peut mettre en soi...
L'espoir ne fait pas vivre alors, il empêche de vivre, en limitant les possibilités, les rencontres, les potentialités.. L'espoir limite, encadre et enferme toute forme de vie...
Il nous rend sourd, aveugle et nous maintient dans nos peurs, nos craintes ?
Privé de sens, il nous prive de nos sens à ce point ?
Le non espoir libérateur, sauveur.... ? Qui nous enseigne alors que tout est possible ?


A Jean, que je n'oublie pas, que je n'oublierai pas, qui m'a tant appris, tant donné, avec qui j'ai fait un petit bout de chemin, qui m'a offert de partager le dernier bout de son chemin. A notre rencontre, à nos larmes, à nos rires, à ce que nous avons construit pendant ce temps, cette inter mède entre la vie et la mort. Un rendez vous qui n'a pas été manqué. Une belle ré -création. Merci
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